Centres jeunesse et lutte contre le proxénétisme: l’opposition s’impatiente

QUÉBEC – Contrer l’exploitation sexuelle des femmes n’est pas une priorité pour le gouvernement Couillard, selon l’opposition péquiste, qui s’impatiente de le voir annoncer enfin un plan d’action, alors que les fugues de jeunes filles placées en centre jeunesse se multiplient.

La sortie péquiste a piqué au vif le gouvernement, qui a multiplié les points de presse au cours de la journée, mercredi, en vue de passer le message contraire, affirmant que tout se mettait lentement en place pour présenter un plan d’intervention globale, qui inclurait la lutte contre le proxénétisme, l’exploitation sexuelle des jeunes filles et le sort réservé aux femmes autochtones.

Le gouvernement voulait «englober toutes les questions», a justifié en point de presse l’ex-ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, mutée à la Condition féminine, d’où les longs délais et les nombreuses consultations justifiant le fait qu’aucun plan d’action ne soit encore en vigueur, après presque deux années de gouvernement libéral.

Québec devrait être en mesure de présenter son plan d’action ce printemps, a-t-elle promis.

Plus tôt, dans la foulée des fugues survenues dans les centres jeunesse, le député péquiste de Rosemont, Jean-François Lisée, était revenu à la charge pour revendiquer des actions immédiates visant à contrer l’attrait des adolescentes pour la prostitution et les gangs de rue.

Pour s’attaquer à ce problème, l’opposition péquiste exhorte aussi Québec à resserrer l’encadrement dans les centres jeunesse et à augmenter les effectifs policiers disponibles pour lutter contre le proxénétisme.

«Ça prend une action rapide et efficace», a-t-il affirmé en point de presse.

Il a cité le contenu d’un document de travail produit en 2013 et 2014, jamais rendu public, préparé par un comité gouvernemental et concluant que les centres jeunesse étaient des lieux privilégiés par les gangs de rue pour recruter des jeunes filles mineures appelées à se prostituer.

Selon M. Lisée, le gouvernement a mis de côté ce document et a choisi de dissoudre le comité interministériel qui travaillait sur ce dossier, une décision politique qu’il juge inacceptable.

«Quelqu’un a pris la décision politique de dire: ce n’est pas une priorité la traite des jeunes femmes au Québec. Ce n’est pas une priorité l’exploitation sexuelle des femmes. Qui a pris cette décision politique?», a demandé le député.

Interpellée, la ministre responsable des centres jeunesse, Lucie Charlebois, a dit qu’au contraire le travail s’était poursuivi ces dernières années, sans toutefois donner de détails. Elle a ajouté que la prostitution, de même que les gangs de rue, n’étaient pas des phénomènes nouveaux.

«Tout le monde sait que la prostitution existe depuis toujours, qu’il y a des gangs de rue depuis toujours, que le crime organisé existe depuis toujours. Est-ce que je vais parler du passé toute la journée?», a commenté la ministre Charlebois, refusant de valider le contenu du document en question, réduit à un simple «résumé de consultations».

«C’était un comité de fonctionnaires qui était à la recherche de solutions», a renchéri Lise Thériault, pour minimiser l’importance du document.

La ministre Charlebois s’en est tenue à ce qu’elle avait dit la veille, à savoir que le gouvernement va traiter la question en se concentrant sur un plan en trois points: nommer un vérificateur au centre jeunesse de Laval, où il y a eu plusieurs fugues dernièrement, mener une consultation auprès des experts pour voir s’il y a lieu de resserrer l’encadrement des jeunes des centres jeunesse en imposant des limites à leur totale liberté de mouvement, et enfin, préparer un plan d’intervention globale de lutte contre les gangs de rue et le proxénétisme.

Depuis deux semaines, au centre jeunesse de Laval, on a répertorié cinq cas de fugues d’adolescentes. Certaines fuguent à répétition, augmentant d’autant le risque de s’acoquiner aux gangs de rue à la recherche de recrues pour leur réseau de prostitution.

Mercredi, Québec a confié à un vérificateur indépendant, André Lebon, un consultant du secteur de la santé et des services sociaux, la tâche d’examiner si les règles d’encadrement présentement en vigueur ont été observées au centre jeunesse de Laval. Il a un mois pour présenter son rapport à la ministre Charlebois.

L’ex-ministre de la Condition féminine, Stéphanie Vallée, en poste jusqu’à tout récemment, a nié de son côté s’être croisé les bras. Elle a dit que plusieurs gestes avaient été faits depuis deux ans et que les policiers, comme les procureurs, avaient poursuivi leur travail.

«Il convient d’agir de façon globale parce que l’exploitation sexuelle et la traite des femmes est un phénomène complexe, mondial, qui est très large», a fait valoir Mme Vallée, lors d’un second point de presse.

Quant à elle, la Coalition avenir Québec a jeté le blâme à la fois sur le gouvernement actuel et l’ancien gouvernement péquiste pour leur inaction. «On est en face de deux vieux partis qui n’ont rien fait pour protéger nos enfants et qui étaient au courant de cette traite de personnes depuis 2014», a déploré la députée caquiste Nathalie Roy, plaidant elle aussi pour une action immédiate pour mieux protéger les jeunes filles des centres jeunesse.