Certains bénéficiaires de la PCU auraient pu s’en passer, dit une étude

MONTRÉAL — Certains ménages qui ont demandé la Prestation canadienne d’urgence (PCU) auraient peut-être pu s’en passer, par exemple en pigeant dans leurs économies, si les règles avaient été différentes, conclut une étude menée par un chercheur du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO).

Si la PCU a été utilisée davantage par les ménages moins fortunés, écrivent le professeur Pierre-Carl Michaud et ses collègues, «elle a aussi été reçue par des ménages qui avaient des économies substantielles qui auraient pu servir à financer les dépenses de consommation durant la période de turbulence».

«On voit d’un côté (que les ménages un peu plus fortunés) avaient suffisamment d’épargnes pour couvrir 8000 $, l’équivalent de ce qu’on peut obtenir de la PCU sur quatre mois», a dit M. Michaud, qui est également professeur à HEC Montréal. Mais d’un autre côté il y a peut-être des ménages là-dedans qui ont un train de vie qui est très élevé par rapport à leurs revenus.»

Environ le quart des participants ont indiqué qu’ils auraient été prêts à puiser dans leurs réserves, si ce retrait avait été non-imposable.

De plus, le montant moyen que les participants à l’enquête auraient été prêts à retirer atteignait 8187 $, soit essentiellement l’équivalent des 8000 $ reçus par ceux qui profitent de la PCU pendant seize semaines.

«Ça peut être une option à envisager qui ne coûte rien en termes fiscaux aujourd’hui», a dit M. Michaud.

Bien sûr, écrivent les auteurs de l’étude, cette analyse n’indique pas s’il aurait été recommandable pour tous ces individus de financer les dépenses de consommation par l’épargne privée, «mais ceci donne une indication de la marge de manœuvre des ménages si la PCU n’avait pas existé».

L’équipe de M. Michaud a mené son enquête en ligne auprès d’un échantillon aléatoire, mais non probabiliste de 3009 répondants québécois âgés de 25 à 64 ans, entre le 8 et le 20 mai 2020. Les résultats ont été pondérés à l’aide du Recensement de 2016 de Statistique Canada.

Objectif atteint

La PCU semble malgré tout avoir principalement profité à ceux qui en avaient le plus besoin.

«Les gens qui en avaient besoin et qui ont perdu leur emploi, en particulier les gens qui avaient des revenus de travail assez faibles avant la pandémie, ont été très nombreux à demander la PCU», a dit M. Michaud.

Les chercheurs ont d’ailleurs constaté que les bénéficiaires de la PCU avaient un revenu mensuel moyen en 2019 plus faible que ceux ne la recevant pas.

Cela étant dit, les travaux de M. Michaud et de ses collègues tracent deux pistes qui pourraient être explorées dans l’éventualité où la PCU serait reconduite, à commencer par un rapprochement avec le fonctionnement du système d’assurance-emploi.

«Le système d’assurance-emploi réduit la prestation en fonction des revenus d’emploi d’une manière qui ne décourage pas trop le travail, a rappelé M. Michaud. On pense que calquer les critères de l’assurance-emploi sur la PCU devrait aider à mieux cibler et diminuer le coût de la mesure.»

Il suggère aussi d’examiner des mesures d’incitation à l’intention de ceux qui voudraient et pourraient piger dans leur REER pour subvenir à leurs besoins.

«Soit libre d’impôt, ce qui est quelque chose qu’on a jamais fait historiquement, ou de le faire sous la forme de quelque chose comme le Régime d’accès à la propriété, où on permet aux gens de sortir un certain montant, mais ensuite ils doivent le rembourser sur quelques années», a précisé M. Michaud.

Ces mesures complémentaires, croit-il, pourraient cibler aussi bien «les gens à plus faible revenu qui ont besoin (de la PCU) et les gens qui ont des revenus plus substantiels et qui pourraient peut-être vouloir utiliser ces autres autres mécanismes-là».

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