« Je suis allé en enfer pour protéger les gens dans cette salle »

Quatre policiers ont offert aux enquêteurs de la Chambre des représentants un récit émotif, parfois colérique, de l’attaque sur le Capitole pendant laquelle ils ont été battus et insultés par des partisans de Donald Trump.

Brendan Smialowski / Pool / AP Photo / La Presse Canadienne

WASHINGTON — « C’est comme ça que je vais mourir, en défendant cette entrée. » Un policier du Capitole des États-Unis, Aquilino Gonell, a raconté mardi aux enquêteurs de la Chambre des représentants qu’il a senti qu’il commençait à manquer d’oxygène pendant qu’il était écrasé par les émeutiers – des partisans de l’ancien président Donald Trump – alors qu’il défendait le Capitole lors de l’insurrection du 6 janvier.

Un policier de la ville de Washington, D.C., Michael Fanone, qui s’est précipité sur place, a quant à lui raconté avoir été « agrippé, battu, électrocuté, pendant qu’on me traitait de traître à mon pays ». Des médecins lui ont ensuite annoncé qu’il avait subi une crise cardiaque.

Son confrère Daniel Hodges s’est souvenu de l’écume qui s’est formée à ses lèvres pendant que les émeutiers l’écrasaient entre deux portes et le frappaient avec sa propre arme, le blessant à la tête. Les images de son agression, qui témoignent de sa détresse et de sa douleur, ont fait le tour du monde.

« J’ai fait la seule chose que je pouvais faire, j’ai crié à l’aide », a dit M. Hodges.

L’officier Harry Dunn, de la police du Capitole, a raconté qu’un groupe d’une vingtaine d’émeutiers lui a lancé des insultes racistes parce qu’il essayait de les empêcher d’entrer.

Les quatre policiers ont offert un récit émotif, parfois colérique, de l’attaque pendant laquelle ils ont été battus et insultés par les partisans de Donald Trump. Les émeutiers, nettement plus nombreux, ont défoncé portes et fenêtres pour empêcher la confirmation de la victoire présidentielle de Joe Biden.

Le nouveau comité qui a été constitué pour enquêter sur l’insurrection a décidé de tout d’abord entendre les policiers qui ont tenté de protéger les législateurs, dans l’espoir de donner un visage humain à la violence du 6 janvier.

La tension au Capitole s’est seulement avivée depuis ce moment. Plusieurs républicains tentent de minimiser, quand ils ne nient pas entièrement, ce qui s’est passé, et affirment que l’enquête lancée par les démocrates n’est qu’une affaire politique. Les démocrates espèrent se mériter l’appui de la population en lui rappelant la brutalité de l’attaque et les blessures infligées par les émeutiers aux policiers qui avaient juré de protéger le Capitole.

Les policiers ont détaillé l’horreur de ce qu’ils ont vécu, leurs blessures et le traumatisme qu’ils portent toujours, en suppliant les législateurs de faire la lumière sur l’attaque. Ils ont essuyé leurs larmes et fait plusieurs pauses pour reprendre leurs esprits pendant leurs témoignages.

Ripostant aux républicains qui s’opposent aux audiences, le policier Fanone a dit : « J’ai l’impression que je suis allé en enfer, aller-retour, pour protéger les gens dans cette salle ».

Frappant du poing la table devant lui, il a ajouté : « Ils sont trop nombreux à me dire aujourd’hui que l’enfer n’existe pas ou que l’enfer n’était pas si pire que ça. L’indifférence qui nous est montrée, à mes collègues et moi, est honteuse. »

Le président du comité, le représentant Bennie Thompson du Mississippi, a fait jouer des images de l’insurrection et dit aux policiers : « L’histoire se souviendra de vos noms ». Il a poursuivi : « Les émeutiers sont arrivés prêts à se battre, et ils ont failli réussir ».

Une représentante du Wyoming, Liz Cheney, une des deux républicaines membres du comité, a pris la parole après le discours d’ouverture de M. Thompson — une tentative de la part des démocrates pour paraître le plus bipartisans possible. Elle a exprimé sa « reconnaissance profonde pour ce que vous avez fait pour nous sauver » et a assuré qu’ils ne seront pas oubliés.

Républicains et démocrates se querellent, s’insultent et se menacent depuis plusieurs jours, voire plusieurs semaines, au sujet de ces audiences. La semaine dernière, le chef des républicains à la Chambre des représentants, Kevin McCarthy, a annulé la participation d’autres républicains quand la présidente démocrate de la Chambre, Nancy Pelosi, a rejeté deux candidatures de législateurs jugés trop proches de M. Trump, et donc peu crédibles.

M. McCarthy, qui ne s’est pas distancé de M. Trump depuis l’insurrection, a menacé de punir tout républicain qui participerait à l’enquête. Il a dénigré Mme Cheney et Adam Kizinger, un représentant républicain de l’Illinois qui siège aussi au comité d’enquête. Mme Cheney, la fille de l’ancien vice-président Dick Cheney, lui a rendu la monnaie de sa pièce.

M. Thompson a dit que l’audience examinera également les failles de sécurité qui ont permis à des centaines de personnes d’entrer dans le Capitole, forçant les législateurs à s’enfuir. Certains émeutiers voulaient apparemment s’en prendre à Mme Pelosi et au vice-président Mike Pence, qui se terrait à quelques mètres de la foule en colère.

Peu après l’insurrection, pratiquement tous les républicains ont dénoncé la violence. Certains ont même critiqué le président Trump, qui avait demandé à ses partisans de se « battre comme des démons » pour renverser sa défaite. Plusieurs ont grandement adouci leur position au cours des dernières semaines et des derniers mois.

Certains sont allés encore plus loin. Un représentant de la Géorgie, Andrew Clyde, a dit qu’une vidéo des émeutiers ressemble «à une visite normale de touristes» et son collègue Paul Gosar, de l’Arizona, a répété qu’une femme qui a été abattue par les policiers en tentant d’entrer dans la Chambre des représentants a été « exécutée ». D’autres ont faussement prétendu que les démocrates ou des groupes libéraux sont responsables de l’attaque.

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