C’est jour de vote aux États-Unis, après une saison électorale pas comme les autres

Record de votes par anticipation, modifications aux procédures électorales, poursuites judiciaires, menaces du président sortant, adaptation des bureaux de votes aux mesures sanitaires: les effets de la pandémie furent multiples. 

Le président Donald Trump et Joe Biden ont remis leur sort, mardi, aux électeurs, qui décideront quel homme guidera le pays à travers une pandémie qui a tué plus de 231 000 personnes, détruit des emplois et remodelé presque tous les aspects de la vie américaine.

Avec près de 102 millions d’Américains qui ont voté par anticipation et les millions d’autres qui ont fait la queue le jour du scrutin, la campagne acrimonieuse a manifestement touché une corde sensible auprès de l’électorat.

«La question la plus importante pour nous est de mettre de côté nos différences personnelles que nous avons les uns avec les autres», a déclaré Eboni Price, âgée 29 ans, qui a conduit son cheval Moon à son bureau de vote dans un quartier du nord-ouest de Houston, au Texas.

La pire crise de santé publique en un siècle — et sa gestion par l’administration Trump — est devenue un sujet incontournable en 2020.

Donald Trump a commencé la journée sur une note optimiste, prédisant qu’il ferait encore mieux qu’en 2016, mais lors d’une visite à midi à la permanence de sa campagne, il a adopté un ton plus modéré.

«Gagner est facile, a-t-il dit aux journalistes. Perdre n’est jamais facile, pour moi, ce ne l’est pas.»

M. Trump a ouvert la porte à l’idée de s’adresser à la nation mardi, même si le gagnant n’est pas encore connu. Joe Biden a également promis un discours.

De son côté, le candidat démocrate a gardé les yeux sur l’état critique de la Pennsylvanie, faisant ses derniers arrêts de campagne à Scranton, sa ville natale, et à Philadelphie, un bastion démocrate.

Un engouement pour le vote

Dans les États clés, notamment en Floride, en Iowa, en Géorgie, au Michigan et en Pennsylvanie, certains électeurs se sont présentés à leurs bureaux de vote avant l’aube pour éviter les foules, mais ils ont tout de même dû attendre dans de longues files avant de voter. 

Quelque 102 millions d’Américains ont voté avant le jour du scrutin, soit environ 73 % des 139 millions de votes émis lors de l’élection présidentielle de 2016, selon les données recueillies par l’Associated Press. Étant donné que quelques États, dont le Texas, ont déjà dépassé leur nombre total de votes en 2016, les experts prévoyaient un taux de participation record cette année.

Joe Biden pourrait gagner la Maison-Blanche de plusieurs manières, alors que le chemin de la victoire de son adversaire républicain est plus étroit, mais toujours faisable pour remporter les 270 votes du collège électoral.

Le contrôle du Sénat est également en jeu: si M. Biden est élu président, les démocrates doivent remporter trois sièges pour contrôler entièrement Washington pour la première fois en une décennie. La Chambre devait rester sous contrôle des démocrates.

Les premiers bureaux de vote ferment à 18 heures, heure de Montréal, au Kentucky et en Indiana. Par la suite, les fermetures se succèderont toutes les 30 minutes pendant la soirée. En Alaska, les derniers bureaux de vote poursuivront leurs activités jusqu’à 1 heure du matin, mercredi.

Une crise sans précédent à gérer

Quiconque gagne devra faire face à une nation anxieuse, ébranlée par une crise de santé publique inédite depuis un siècle, qui a fermé les écoles et les entreprises et qui s’aggrave à mesure que le temps se refroidit.

La campagne a été en grande partie un référendum sur la gestion de la pandémie par l’administration Trump. M. Trump a insisté sur le fait que les États-Unis prenaient un «tournant» quant au virus. Mais la docteure Deborah Birx, la coordinatrice du groupe de travail sur le coronavirus de la Maison-Blanche, a contredit le président et a sonné l’alarme sur la nouvelle montée des infections à l’instar de nombreux scientifiques de l’administration Trump.

«Nous entrons dans la phase la plus préoccupante et la plus meurtrière de cette pandémie», a écrit la docteure Birx dans une note distribuée aux hauts responsables de l’administration. Elle a ajouté que la nation ne mettait pas en œuvre les mesures «équilibrées» nécessaires pour ralentir la propagation du virus.

Voter en temps de pandémie

Dans les mois qui ont précédé le jour du scrutin, les responsables électoraux ont dû affronter une pandémie qui a infecté plus de 9 millions d’Américains et tué plus de 231 000 d’entre eux. Ils ont donc été forcés d’apporter des changements systémiques, principalement sans argent fédéral.

La désinformation sur les procédures électorales, des inquiétudes concernant de possibles affrontements aux urnes et des informations au sujet du ralentissement du courrier ont également assombri la période précédant le jour du scrutin.

«Les yeux du public américain et du monde entier sont tournés vers les responsables électoraux alors que nous tenons des élections libres et équitables pendant cette période sans précédent», a déclaré la secrétaire d’État du Nouveau-Mexique, Maggie Toulouse Oliver, qui est également présidente de l’Association nationale des secrétaires d’État. «Rassurez-vous, nous sommes prêts. Nous nous sommes coordonnés avec tous les paliers de gouvernement et sommes en communication constante pour assurer le bon déroulement des élections.»

Le groupe a travaillé avec l’Association nationale des directeurs électoraux d’États pour aider les États à élaborer des plans de protection contre les cyberattaques étrangères et nationales, à lutter contre la désinformation et à renforcer une infrastructure électorale éprouvée par un vote anticipé massif et la prise de précautions en raison de la pandémie.

Les responsables de quelque 10 000 districts électoraux se sont précipités pour acheter des équipements de protection individuelle, trouver des bureaux de vote plus grands, remplacer les travailleurs au scrutin qui ont choisi de ne pas participer aux élections cette année en raison de problèmes de santé et ajouter des employés temporaires pour faire face à l’avalanche de bulletins de vote par correspondance.

La plupart des États, même ceux dotés de directives plus serrées sur le port du masque, ne sont pas allés jusqu’à forcer les électeurs à le porter pour aller voter. Ils ont plutôt demandé aux électeurs à porter des masques tout en offrant des options à ceux qui refusaient.

Compte tenu des changements de dernière minute et de la nature décentralisée des élections américaines, des problèmes étaient attendus. Chaque élection, de l’équipement brise, des bureaux de vote ouvrent tard et les files d’attente peuvent être longues, en particulier dans les zones urbaines.

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