Chaleur extrême: trop peu est fait pour les plus vulnérables, disent des experts

TORONTO — William Gaikezheyongai a vécu assez longtemps à l’extérieur pour savoir où trouver de l’eau en période de chaleur extrême.

Il sait que les ouvriers du bâtiment ont généralement des bouteilles d’eau dans leurs camionnettes, alors il en demandera une et s’en aspergera. Lors des récentes journées chaudes d’été, il a dû répéter le processus toutes les heures environ pour rester au frais.

«Il est difficile de trouver de l’eau gratuite et un abri gratuit sans que quelqu’un dise « éloignez-vous »», explique M. Gaikezheyongai, un Ojibwa qui vit dans un tipi près d’un ravin à Toronto.

«Je me suis évanoui plusieurs fois et j’ai eu des convulsions.»

Alors que plusieurs provinces étouffent sous les avertissements de chaleur qui, selon Environnement Canada, pourraient continuer d’amener des températures de 30 °C ou plus au cours des prochains jours, des experts disent que davantage doit être fait pour soutenir les groupes vulnérables, y compris les populations sans abri, qui peuvent être particulièrement touchées par la chaleur extrême.

Pour M. Gaikezheyongai, le temps récent a fait que son tipi devient très chaud et que ses conditions de vie deviennent extrêmement inconfortables.

«Ça a été vraiment, vraiment difficile», dit-il.

Blair Feltmate, directeur du Centre Intact d’adaptation au climat de l’Université de Waterloo, affirme que les personnes sans abri font partie des groupes les plus à risque en raison de la chaleur accablante.

«De la même manière que nous acceptons, en ce qui a trait aux droits de l’homme, que les gens aient chaleur et confort en hiver, nous devons commencer à penser à l’accès à la fraîcheur en été», déclare M. Feltmate.

«Ce n’est pas seulement une question de confort, c’est littéralement une question de vie ou de mort.»

Selon un rapport d’avril 2022 co-écrit par M. Feltmate, les épisodes de chaleur extrême créent des conditions pires dans les villes et villages du Canada en raison de «l’effet d’îlot de chaleur urbain», dans lequel une zone urbaine est nettement plus chaude que les zones environnantes.

M. Feltmate rappelle que l’effet d’îlot de chaleur est causé par la lumière du soleil qui frappe des surfaces sombres ou goudronnées comme les usines, les centres commerciaux, les immeubles d’appartements et les routes, qui occupent un grand pourcentage des zones urbaines bâties. Lorsque la lumière du soleil frappe ces surfaces, environ 80 % de la source de chaleur reste dans la zone et contribue à un réchauffement d’environ 3 à 5 °C, en particulier là où l’ombre est limitée.

«Pendant les épisodes de chaleur accablante, tout le monde est exposé aux maladies liées à la chaleur. Mais le danger est plus grand pour ceux qui sont déjà plus vulnérables ou moins capables de se protéger», indique le rapport.

Les centres de refroidissement

Diana Chan McNally, gestionnaire de cas en réduction des méfaits au All Saints Drop-in de Toronto, affirme que la chaleur extrême est tout aussi dangereuse pour les sans-abri que le froid extrême en hiver.

«Il peut être assez mortel de ne pas avoir de centres de refroidissement à faible barrière et accessibles», dit-elle.

La Ville de Toronto active un plan d’intervention par temps chaud de la mi-mai à la fin septembre pour s’assurer que les résidants, en particulier ceux qui sont vulnérables à la chaleur, ont accès à des espaces frais.

Mais ce plan n’inclut pas de «centres de refroidissement» spécifiques cette année, la Ville affirmant que ces emplacements ont été jugés insuffisants dans le passé pour minimiser les risques pour la santé.

Au lieu de cela, la Ville dit qu’elle dispose désormais d’un «réseau de secours contre la chaleur» de 300 emplacements, y compris des bibliothèques, des centres communautaires et des piscines, ainsi que des abris et des centres de répit, où les résidants peuvent chercher une pause contre la chaleur.

La Ville a déclaré qu’elle disposait également d’équipes de rue surveillant ceux qui vivent à l’extérieur lorsque des alertes de chaleur sont en place.

Mme Chan McNally a critiqué la Ville pour ne pas avoir de centres de refroidissement d’urgence comme par le passé.

«Ce (réseau de secours) a des choses comme une piscine, qui n’est pas accessible aux personnes sans abri, ou une pataugeoire pour enfants, qui n’est pas appropriée pour qu’un adulte l’utilise», dit-elle.

«Ce que nous demandons aux personnes sans logement de faire, c’est essentiellement de se débrouiller par elles-mêmes et leurs seules véritables options la plupart du temps sont d’aller dans des espaces privatisés, comme un Tim Hortons ou un centre commercial, où souvent ils ne sont simplement pas les bienvenus.»

Selon les recherches de M. Feltmate, une grande partie du Canada devrait connaître des températures extrêmes entre 2051 et 2080 selon trois indicateurs : la température quotidienne maximale, le nombre de jours où les températures dépassent 30 °C et la durée des vagues de chaleur.

«La température quotidienne maximale va augmenter, le nombre de jours pendant l’été où la température dépasse 30 °C augmente et la durée des vagues de chaleur va s’allonger», explique M. Feltmate.

À Toronto, M. Feltmate dit que le nombre actuel de jours dépassant 30 °C se situe entre 12 et 14 jours par été. D’ici 2050 à 2060, cela devrait passer à 55 jours par été.

M. Feltmate note que ces chiffres sont assez cohérents avec les tendances dans d’autres grandes villes du Canada.

«C’est là que nous nous dirigeons, dit-il. Aussi problématique et difficile que nous évaluons la chaleur extrême que nous connaissons aujourd’hui, elle est encore relativement douce par rapport à la chaleur extrême qui s’en vient.»

— Avec des informations de Noushin Ziafati.

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