Champs de compétences: le ton monte entre Justin Trudeau et les provinces

OTTAWA — Après des mois de collaboration cordiale, pandémie oblige, le front uni affiché par Ottawa et les provinces commence à s’effriter.

Jeudi, au lendemain du discours du Trône, le premier ministre Justin Trudeau, critiqué par les conservateurs qui l’accusent de s’ingérer dans les champs de compétences des provinces, a offert une réplique cinglante.

«Ce n’était pas l’opinion du premier ministre du Québec quand il nous a demandé d’envoyer les Forces armées pour aider, justement, les aînés dans nos CHSLD», a lancé M. Trudeau, pendant la période de questions à la Chambre des communes.

«Les Québécois et les Canadiens viennent de voir encore une fois le visage désagréable de l’arrogance du premier ministre libéral», a répondu Gérard Deltell.

Gabriel Ste-Marie, du Bloc québécois, a demandé à Pablo Rodriguez — lieutenant politique de M. Trudeau au Québec — s’il reconnaît que la baisse de la contribution fédérale en santé a eu un «lien direct» avec la situation difficile dans les CHSLD au Québec.

«Pour le Bloc québécois, parler de nos aînés, c’est de parler de chicanes constitutionnelles, alors qu’on parle ici d’êtres humains», a rétorqué M. Rodriguez.

Pendant ce temps, le premier ministre du Québec, François Legault, a offert des entrevues à des réseaux télévisés de chez lui, isolement préventif oblige.

«Plutôt que de parler de normes et de s’impliquer et de dire que, lui, il connaît ça, les CHSLD, qu’il fasse sa part! (…) Je ne pense pas qu’on a besoin de M. Trudeau pour nous dire ce qu’il y a à faire dans les CHSLD», a-t-il dit sur les ondes de RDI.

M. Legault — qui porte maintenant le chapeau de président du Conseil de la fédération — a tenu des rencontres jeudi avec ses homologues des provinces et des territoires pour discuter du discours du Trône.

Par voie de communiqué, tous — à l’exception de John Horgan, en campagne électorale en Colombie-Britannique — ont fait part de leur «déception» concernant l’absence d’un engagement clair de hausser les transferts en santé.

Ils ont aussi critiqué la volonté du gouvernement fédéral «d’investir dans de nouvelles initiatives à durée limitée, dont plusieurs concernent des domaines qui relèvent des champs de compétence des provinces et des territoires».

M. Trudeau considère avoir déjà haussé les transferts en santé, puisqu’il a offert 500 millions $ aux provinces au début de la pandémie.

Il a aussi rappelé qu’il leur a envoyé 19 milliards $ pour une «relance sécuritaire».

«Et je me suis engagé directement au premier ministre Legault et aux autres premiers ministres que, oui, on va parler de transferts en santé pour assurer que le Canada continue de pouvoir bien servir ses citoyens», a-t-il renchéri aux Communes.

M. Legault a répondu à RDI qu’il «demande une date pour aller régler ce problème-là, qui est le problème le plus urgent et qui est empiré par la pandémie actuellement».

Le front commun des provinces, pour le moment, tient toujours.

«Si le gouvernement fédéral prend le contrôle de la santé, je pense que ce serait un véritable désastre. Tous les premiers ministres pensent la même chose», a soutenu le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, jeudi.

Laisser un commentaire