Champs enneigés: les producteurs de grains sollicitent le gouvernement

LONGUEUIL, Qc — L’arrivée hâtive de la neige est venue s’ajouter à une dure saison pour les producteurs de grains de la province qui demandent maintenant de s’asseoir avec le gouvernement pour déterminer comment couvrir leurs pertes.

Benoit Legault, directeur général de l’organisme Producteurs de grains du Québec (PGQ), qui représente environ 10 500 agriculteurs, signale leur détresse, tandis que les conditions météorologiques compliquent cette fois la récolte du maïs. Celle-ci s’annonce pénible et coûteuse, avec seulement un quart des superficies récoltées à la mi-novembre.

«Les conditions printanières ont fait en sorte que les producteurs ont pris deux à trois semaines de retard pour semer. Ça peut arriver certaines années et l’été permet quelques fois le rattrapage. Mais cette année, les conditions de croissance étaient un peu en bas de la moyenne, donc on voyait déjà en octobre que les plants étaient plus vulnérables», relève M. Legault.

Puis, les vents puissants qui ont soufflé le soir de l’Halloween ont fait verser les plants et plier les tiges de maïs. Les épis se retrouvent donc plus près du sol, ce qui complique leur récolte.

«Mais quand la neige se mêle à ça, les producteurs perdent tous leurs moyens», se désole M. Legault.

Sans compter que la qualité du maïs a elle aussi souffert. Les épis ont gelé avant d’avoir atteint leur maturité et en faire sortir l’humidité ne sera pas chose facile. PGQ craint bien qu’une bonne partie du maïs reste dans les champs, cette production qui génère annuellement un chiffre d’affaires d’environ 675 millions $.

Les producteurs de soya ne sont pas en reste. Près de 10 pour cent des superficies de soya sont maintenant ensevelies sous la neige sans avoir été récoltées. Les chances de les récupérer sont minces, selon M. Legault. La valeur annuelle de cette production est évaluée à 500 millions $.

«Ce n’est pas une saison facile pour l’ensemble de la production de grains», résume-t-il.

PGQ espère que le ministère de l’Agriculture et la Financière agricole, qui est en quelque sorte l’assureur collectif des producteurs, accepteront d’élargir l’application des programmes déjà en place pour répondre à la crise actuelle.

Benoit Legault compte également réclamer une aide particulière, notamment pour les coûts accrus de récolte et de séchage, ainsi que la perte de revenus associée à la qualité moindre des grains.

«Pendant ces discussions, je ne vous cache pas qu’on va rappeler que nos programmes ne sont pas à la hauteur de ce qu’on peut voir aux États-Unis ou en Europe», indique-t-il.

Des solutions «en amont»

En marge de son congrès à Longueuil, Québec solidaire s’est positionné en faveur d’une aide d’urgence aux producteurs, mais tout en prônant une réflexion plus étendue sur leurs pratiques.

La coporte-parole Manon Massé a avancé que de tels épisodes se feront de plus en plus fréquents en raison des dérèglements climatiques.

«Je pense que c’est un bon moment pour se demander comment on va faire pour soutenir ceux qui nourrissent le Québec et peut-être repenser aussi l’agriculture. Mais une chose est certaine: on ne peut pas les abandonner. Il faut que le gouvernement Legault les soutienne», a-t-elle avancé dimanche.

La députée solidaire de Rouyn-Noranda–Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien, propose notamment de diversifier les cultures pour les rendre plus résilientes.

«Est-ce qu’on ne pourrait pas commencer à faire davantage de céréales: du quinoa, de la lentille, de la fèverole?» propose la porte-parole de QS en matière d’agriculture, elle-même propriétaire d’une ferme où elle moud de la farine locale.

Tandis que les producteurs se préoccupent pour leur compétitivité à l’international, Mme Lessard-Therrien prône un retour à une agriculture de proximité, où ce qui est produit au Québec serait également consommé sur son territoire.

«C’est légitime qu’on puisse dédommager les agriculteurs pour les pertes encourues cette fois-ci, croit-elle. En même temps, il faut réfléchir à des solutions pour améliorer la situation en amont et pas juste compenser en aval.»

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

Commentaires
Laisser un commentaire