Changements climatiques: des jeunes du Québec veulent poursuivre Ottawa

MONTRÉAL — Parce qu’ils en subiront les conséquences plus que leurs aînés, un groupe de jeunes du Québec veut poursuivre le gouvernement du Canada pour son inaction dans la lutte contre les changements climatiques.

ENvironnement JEUnesse a déposé à la Cour supérieure de Montréal, lundi, une demande afin d’être autorisé à intenter une action collective au nom de tous les jeunes Québécois de 35 ans et moins.

Parce que ce sont eux, disent-ils, qui seront privés de leur droit à un environnement sain.

Dans la procédure, ils allèguent que le gouvernement canadien brime les droits fondamentaux de toute une génération.

Leur demande est notamment fondée sur la Charte canadienne des droits et libertés ainsi que sur la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.

Leur droit à la vie et à la sécurité est violé, ainsi que leur droit à l’égalité, a expliqué en conférence de presse à Montréal, lundi matin, Me Bruce Johnston, responsable de la poursuite.

Le Canada, qui s’est retiré en 2011 du Protocole de Kyoto sur les changements climatiques, a désormais pour objectif de réduire ses émissions de GES de 30 pour cent d’ici 2030, par rapport aux niveaux de 2005, une cible qu’il ne semble pas être en voie d’atteindre selon plusieurs observateurs.

Si l’action est autorisée à aller de l’avant, des dommages punitifs de 100 $ par jeune Québécois seraient réclamés du gouvernement canadien.

Mais parce qu’il serait onéreux et complexe de remettre un chèque à chaque citoyen, il est demandé que l’argent obtenu serve à mettre en place une mesure réparatrice pour tenter de freiner le réchauffement climatique.

«Parce qu’on considère que son comportement est équivalent à une faute intentionnelle. Le gouvernement sait fort bien ce qui doit être fait et a reconnu ce qui doit être fait. Les paroles sont fantastiques, mais les gestes ne suivent pas du tout», a déclaré Me Johnston.

Le but de la poursuite est aussi d’obtenir une déclaration à l’effet que le gouvernement a adopté des cibles de réduction de gaz à effet de serre qui sont dangereuses et qu’il a omis de prendre les mesures nécessaires pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5 degré.

«La première responsabilité d’un État est de veiller à la sécurité et au bien-être de la population», a souligné lors de la conférence de presse Laure Waridel, militante écologiste et conseillère spéciale au cabinet d’avocat Trudel Johnston & Lespérance, qui s’occupe de la poursuite. Et pourtant, même s’il a reconnu les dangers des changements climatiques et a adhéré à la convention cadre de l’ONU sur les changements climatiques en 1992, «ses cibles sont inadéquates et il n’a pas de plan pour atteindre ses cibles insuffisantes».

Il s’agit d’une «action historique», dit-elle, car elle est menée par des jeunes qui représentent tous les autres au Québec.

Me Johnston estime que l’action pourrait être autorisée d’ici un an, et si c’est le cas, il envisage qu’un procès pourrait être tenu dans deux ou trois ans.

Le cabinet Trudel Johnston & Lespérance a accepté de mener ce dossier pro bono, a souligné Mme Waridel. 

Le bureau de la ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, a indiqué lundi ne pas avoir encore vu la poursuite et donc ne pas être en mesure de la commenter.

La ministre souligne toutefois avoir un «plan sérieux» pour protéger l’environnement et faire croître l’économie.

«Notre plan fonctionne. Nos émissions chutent alors que notre économie croît. Une fois entièrement mis en place, notre plan représentera la plus grande réduction d’émissions dans l’histoire de notre pays. Nous continuerons de travailler à mettre en place notre plan et à atteindre nos cibles. Si nous devons en faire plus suite à cela, nous le ferons», a indiqué par courriel sa directrice des communications, Caroline Thériault.

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