Changements climatiques: le chef du NPD pressé d’être plus ferme

BURNABY, C.-B. — Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, fait face à des pressions au sein de son parti pour qu’il adopte une position plus ferme sur les changements climatiques, alors qu’il défend son soutien au projet gazier de 40 milliards $ de LNG Canada dans le nord de la Colombie-Britannique.

Svend Robinson, candidat néo-démocrate aux élections générales dans la circonscription de Burnaby Nord-Seymour, s’oppose à toute nouvelle infrastructure pétrolière ou gazière. Julia Sanchez, candidate à l’élection partielle dans Outremont, à Montréal, désapprouve l’utilisation de fonds publics pour de tels projets.

Jagmeet Singh tente de se faire élire au Parlement dans le cadre d’une élection partielle à Burnaby-Sud. Le chef du NPD s’oppose à l’élargissement de l’oléoduc Trans Mountain, qui augmenterait le trafic de navires pétroliers dans la région de Vancouver, mais approuve la construction d’un pipeline de gaz naturel liquéfié et d’une installation d’exportation.

«Le projet LNG a franchi des étapes claires et positives en matière de consultation», estime M. Singh. «Il y a des gens qui défendent leurs terres et qui ont le droit d’exprimer ces préoccupations, et il reste encore du travail à faire avant que ce projet avance.»

Les chefs héréditaires Wet’suwet’en s’opposent au gazoduc Coastal GasLink qui mènerait au terminal d’exportation de LNG Canada à Kitimat. La Gendarmerie royale du Canada a arrêté 14 personnes lors d’un blocus en janvier, ce qui a déclenché des manifestations nationales.

Jagmeet Singh tente de présenter l’image d’un parti uni alors qu’il fait face à des critiques internes pour une collecte de fonds médiocre et un faible soutien dans les sondages. S’il réussit à se faire élire lundi et qu’il reste chef du NPD, il subira probablement des pressions de son caucus qui réclamera une position plus ferme sur les changements climatiques.

Le rapport du GIEC

Svend Robinson a expliqué qu’il avait décidé de revenir en politique 15 ans après l’avoir quittée à cause du dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), un regroupement des Nations unies chargé d’évaluer les preuves scientifiques relatives au réchauffement de la planète. Le rapport a conclu que les températures pourraient augmenter de 1,5 degré Celsius par rapport aux niveaux préindustriels entre 2030 et 2052, à moins que des mesures radicales ne soient prises.

«Le problème le plus important auquel notre planète et notre pays sont confrontés aujourd’hui est le changement climatique. Nous devons effectivement entreprendre un effort de guerre semblable à celui de la dernière guerre mondiale pour lutter contre le changement climatique», a déclaré M. Robinson.

«Si nous devons faire cela, il ne peut y avoir de nouvelle infrastructure pétrolière et gazière.»

En ce qui concerne le projet de LNG Canada, il s’inquiète particulièrement de la hausse des émissions associées au projet, de l’impact environnemental de la fracturation hydraulique et du respect du leadership héréditaire des Autochtones.

M. Robinson n’a pas voulu dire s’il avait tenté de convaincre M. Singh de changer d’idée sur le projet. Mais il a souligné qu’il espérait influencer le programme électoral du NPD à l’automne et que s’il remportait un siège, il continuerait de faire valoir sa position auprès du caucus.

Julia Sanchez a déclaré que le climat est le principal enjeu dont les électeurs lui parlent lorsqu’elle fait campagne dans Outremont, la circonscription précédemment dirigée par l’ancien chef du NPD, Thomas Mulcair.

Elle a proposé une vision qu’elle appelle «la grande transition», qui réclame la fin des subventions accordées au secteur pétrolier et gazier et des investissements publics dans de nouvelles infrastructures. Elle recommande également des objectifs plus ambitieux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Un financement fédéral de 275 millions $

Mme Sanchez a estimé que le NPD avait progressé dans sa position sur le changement climatique au cours des deux dernières années, mais que le parti pourrait aller plus loin. Elle a souligné que LNG Canada avait bénéficié d’un financement fédéral de 275 millions $.

«J’ai du mal à voir comment nous pouvons justifier d’investir massivement dans des projets de l’industrie du pétrole et du gaz», a-t-elle déclaré. «Cela signifie que nous n’investissons pas dans les énergies renouvelables ni (…) pour soutenir la transition des travailleurs de l’industrie du pétrole et du gaz vers d’autres industries.»

La porte-parole de LNG Canada, Susannah Pierce, a affirmé que le projet avait été conçu pour atteindre le plus bas niveau d’émissions de gaz à effet de serre parmi les grandes installations de gaz naturel liquéfié au monde, soit environ 50 pour cent de moins que la moyenne.

Le rapport de l’ONU suggère des moyens de maintenir le réchauffement planétaire à 1,5 ou 2 degrés Celsius, notamment en augmentant l’utilisation du gaz naturel tout en diminuant celle du charbon, a déclaré Mme Pierce dans un communiqué.

«Le gaz naturel fait clairement partie de la solution», a estimé la porte-parole.

Jagmeet Singh est probablement favorable au projet parce que le gouvernement néo-démocrate minoritaire de la province l’appuie, croit Richard Johnston, professeur de sciences politiques à l’Université de la Colombie-Britannique.

«Il a besoin de ses amis», analyse M. Johnston. «Cela signifie que le gouvernement de la Colombie-Britannique pourra le soutenir sans gêne dans sa tentative d’être élu au Parlement.»

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