Changements climatiques: les gouvernements ne sont pas assez préparés, dit une étude

MONTRÉAL — Les gouvernements nationaux ne sont pas encore prêts à s’adapter aux conséquences de la crise climatique, selon une méta-analyse de plus de 1500 articles scientifiques par un réseau de 126 chercheurs.

Alors que les catastrophes naturelles se font de plus en plus fréquentes, «la grande majorité des actions documentées jusqu’à présent dans la littérature scientifique ont été prises au palier local, par des ménages ou par des individus», indique le texte.

Il faut dire que les enjeux varient énormément d’une région à l’autre, ce qui ne permet pas d’avoir une solution panacée. Cependant, «il n’y a toujours pas un niveau suffisant de leadership centralisé en matière de politiques gouvernementales et de financement», a expliqué la professeure adjointe en géographie, planification et environnement à l’Université Concordia et coauteure de l’étude, Alexandra Lesnikowski, en entrevue téléphonique.

«C’est quelque chose qui devient de plus en plus urgent», a-t-elle soutenu, alors que le Canada a récemment subi «des événements vraiment catastrophiques comme la vague de chaleur dans l’Ouest et les feux de forêt qu’elle a causés, les terribles inondations qu’on a vues dans différentes régions du pays, la hausse du niveau de la mer dans le Canada atlantique, le pergélisol qui fond dans le Nord».

Elle garde toutefois son optimiste sur la direction que prend le Canada, comme «on a vu certaines régions du pays prendre des actions fortes plus rapidement». Elle attend avec impatience la publication de la première Stratégie nationale d’adaptation du pays, qui sera présentée par le gouvernement fédéral à l’automne prochain. «Nous avons besoin de cibles politiques beaucoup plus claires au sujet de l’adaptation (…), nous devons commencer à penser à qu’est-ce que ça veut dire concrètement pour différentes parties du pays.»

En comparaison, la France a créé son premier de deux plans d’action en 2011 et le Royaume-Uni est aussi rendu à son deuxième programme national d’adaptation, le premier ayant été publié en 2013. Les États-Unis n’en ont toujours pas.

Il existe depuis 2018 au Canada un Fonds d’atténuation et d’adaptation en matière de catastrophes.

Partir, ou rester?

S’adapter à la crise climatique, cela peut être une foule de petits détails à prendre en compte dans la planification urbaine, a expliqué la Pre Lesnikowski. Prenons par exemple les vagues de chaleur, où il faudrait «s’assurer de la capacité de note système de santé» à gérer la situation, mais aussi prévoir des lieux publics climatisés, «planter des arbres» dans les quartiers qui en ont peu et même «changer les types de matériaux de nos immeubles, pour qu’ils absorbent moins la chaleur».

Malheureusement, de petits ajustements comme ceux-ci ne seront pas toujours assez, a-t-elle prévenu.

Dans le cas d’inondations comme celles qui ont eu lieu au Québec dans les dernières années, il existe certaines mesures que l’on peut en effet prendre pour limiter l’étendue des dommages, comme «construire nos maisons un peu différemment». Mais nous devons aussi décider «s’il y a des endroits qui sont maintenant trop dangereux pour y vivre», et où toutes les mesures du monde ne seront jamais assez.

De plus, selon les résultats de l’enquête, seulement «peu d’études tentent d’évaluer l’efficacité des mesures» qui sont prises. Le fait de ne pas être sûrs qu’une solution fonctionne réellement pourrait ainsi causer des problèmes dans le futur, selon la Pre Lesnikowski, comme le temps joue contre nous.

Dans tous les cas, «c’est aussi très important de garder en tête que différentes communautés seront disproportionnellement affectées par les changements climatiques à cause de facteurs comme l’iniquité, la pauvreté, etc.»

Le futur encore incertain

Il est encore possible de s’adapter aux bouleversements qui arrivent à grands pas, mais seulement à condition que l’on réduise assez la pollution atmosphérique.

«C’est une réalité que nous vivons déjà, mais la sévérité des risques est quelque chose que nous avons encore le pouvoir de changer, a affirmé la chercheuse. Le futur n’est pas coulé dans le béton.»

«Si nous pouvons atteindre les cibles que nous avons établies en matière de réduction des gaz à effet de serre et de hausse de la température globale à 1,5 °C, cela améliorera grandement nos chances.»

La première partie du sixième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, rendue publique en 2021, concluait «qu’à moins de réductions immédiates, rapides et massives des émissions de gaz à effet de serre, la limitation du réchauffement aux alentours de 1,5 °C, ou même à 2 °C, sera hors de portée».

L’article «A systemic global stocktable of evidence on human adaptation to climate change» a été publié en novembre 2021 dans la revue scientifique Nature Climate Change.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.