Charles a tissé une longue relation avec le Canada, mais il devra se faire adopter

MONTRÉAL — Alors qu’il se tenait entre des drapeaux canadiens fouettés par le vent sur un podium à Iqaluit, en 2017, le prince Charles a rappelé sa première visite officielle dans le Nord canadien, près d’un demi-siècle plus tôt.

«Je n’ai jamais oublié la chaleur de l’accueil du peuple inuit, qui m’a fait me sentir immédiatement chez moi, comme je l’ai fait avec tous les Canadiens lors de mes visites ultérieures», déclarait Charles, qui s’était attiré les applaudissements de la foule dans la capitale du Nunavut avec une tentative, incertaine, de saluer ses hôtes en inuktitut.

Au cours de ce voyage et de ceux qui l’avaient précédé, Charles a souligné une relation avec le Canada qui remonte à des décennies, au cours de 19 visites officielles, des voyages en famille et de brèves escales pendant son service militaire.

Avec la mort de la reine Élisabeth II, annoncée jeudi, Charles devrait prendre la relève en tant que nouveau chef d’État du Canada. Mais une experte de la Couronne britannique estime que le nouveau roi Charles IIIsera néanmoins confronté à un défi de taille pour s’établir dans un pays qui est devenu sceptique à l’égard de la monarchie — et dans un rôle qui, pour de nombreux Canadiens, a été si inextricablement lié à sa mère, pendant 70 ans.

La relation de Charles avec le Canada remonte à sa toute première visite officielle, en 1970, qui comprenait une tournée au Manitoba et dans les Territoires du Nord-Ouest, avec d’autres membres de la famille royale. Lors de ses plus récentes visites, il a été accompagné de sa femme Camilla, dont il a mentionné la lointaine ascendance canadienne.

Ces visites officielles ont souvent comporté des séances de photos et des cérémonies officielles auxquelles le public canadien s’attend de la part de la famille royale. Mais au-delà de la pompe et de l’apparat, il y a eu des événements qui suggèrent une connexion plus profonde avec les Canadiens.

Changement climatique

Au fil des ans, les visites de Charles au Canada ont souvent été marquées par des événements et des conversations centrés sur le changement climatique, un domaine dans lequel il a abandonné de plus en plus sa réserve princière. 

En novembre 2021, Charles a exhorté les dirigeants mondiaux réunis lors du sommet sur le climat COP26 à Glasgow, en Écosse, à se mettre sur «un pied de guerre» pour réduire les émissions. Ce discours de Charles a fait la une des journaux, mais il livrait le même message depuis des décennies, y compris au Canada en 2009, lorsqu’il a décrit le changement climatique comme une «menace pour toute l’humanité».

Il a souligné une fois de plus cet enjeu lors de l’escale de 2017 au Nunavut: il a alors souligné que le réchauffement climatique «apportait des changements rapides et dommageables au mode de vie arctique» qui avait longtemps soutenu le peuple inuit.

Plus récemment, il s’est particulièrement intéressé aux efforts visant à préserver la langue et la culture inuites, notamment en invitant un groupe d’Inuits à se rendre au Pays de Galles en 2016 pour discuter des efforts visant à normaliser le système d’écriture de l’inuktitut.

Proclamé héritier à trois ans

Charles, fils aîné de la reine Élisabeth II et du prince Philip, est né en 1948 au palais de Buckingham; il a été proclamé héritier à l’âge de trois ans, lorsque sa mère est montée sur le trône en 1952.

Après avoir obtenu son diplôme universitaire en 1970, il a suivi une formation de pilote militaire, qui comprenait un passage à une base des Forces canadiennes à Gagetown, au Nouveau-Brunswick, où il s’est entraîné «dans une zone d’exercice au milieu de nulle part», dira-t-il plus tard.

Carolyn Harris, historienne et experte royale installée à Toronto, estime que malgré une connexion longue et apparemment authentique avec le Canada, le roi Charles aura du pain sur la planche pour se faire accepter en tant que souverain. Ses cotes d’approbation ont toujours été inférieures à celles de la reine, qui était largement respectée même par ceux qui désapprouvent la monarchie.

Charles, d’autre part, a dû se remettre des coups que son image a pris dans les années 1990 à la suite de la rupture très publique et chaotique de son mariage avec sa première femme, Diana, et de sa mort quelques années plus tard, ainsi que des rumeurs d’une plus récente discorde avec son fils cadet, Harry.

Et bien que sa réputation se soit quelque peu rétablie depuis l’époque de Diana, il n’en reste pas moins qu’il a passé la majeure partie de sa vie en tant que «futur roi».

«L’un des défis auxquels Charles a été confronté tout au long de sa vie est qu’il a souvent été éclipsé par d’autres membres de sa famille: d’abord par ses parents, la reine et le duc d’Édimbourg, puis par sa première épouse Diana, la princesse de Galles», estime Mme Harris. Plus récemment, ses deux fils, William et Harry, et leurs conjointes ont attiré davantage l’attention.

«En avance sur son temps»

Mme Harris rappelle que contrairement à sa célèbre mère, qui est devenue reine à un très jeune âge, Charles a eu plus de possibilités de poursuivre ses propres intérêts, y compris certains qui étaient à l’origine considérés comme excentriques, mais qui sont depuis devenus plutôt consensuels. 

Son intérêt précoce pour des questions telles que l’agriculture biologique et le développement durable a, de manière improbable, valu à l’héritier royal une réputation d’homme en avance sur son temps. Mais il a aussi été critiqué pour son énorme empreinte carbone, avec ses fréquents vols en avion privé.

Alors que Charles s’est plus librement exprimé que sa mère sur certains enjeux, Mme Harris pense que la transition royale en cours sera probablement plus une question de continuité que de rupture.

Ces dernières années, Charles et d’autres membres de la famille royale ont progressivement pris en charge une plus grande part des fonctions de la reine – une décision, selon l’historienne, qui a été prise pour assurer une transition en douceur entre les générations.

Certains sondages récents suggèrent que le soutien à la famille royale est en baisse au Canada. L’opposition est la plus forte au Québec, où Charles et la reine ont fait face à des manifestations, et ce sera une tâche ardue de convaincre les Québécois de changer d’avis, même si Charles maîtrise bien le français.

Mme Harris pense que Charles III tentera probablement de cimenter assez tôt son règne, probablement avec une tournée royale, mais que la décision prise ces dernières années de réduire le nombre de membres de la famille royale en activité signifie que les Canadiens le verront moins souvent, du moins en personne.

Bref, même s’il ne nourrira plus autant d’ours polaires, Charles maintiendra la tendance amorcée lors de la pandémie de COVID-19 et restera en contact avec les Canadiens par visioconférence, croit l’historienne Harris.

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