Course PQ: Les candidats péquistes se livrent un affrontement animé

SHERBROOKE, Qc – Le deuxième débat des candidats à la direction du Parti québécois (PQ) a donné lieu à un accrochage entre Alexandre Cloutier et Jean-François Lisée.

M. Cloutier a fait sortir M. Lisée de ses gonds en l’attaquant sur une proposition qu’il a déjà faite concernant la privatisation d’une partie d’Hydro-Québec.

Alors que M. Cloutier maintenait l’attaque, M. Lisée a levé le ton afin de l’interrompre, lors d’un segment du débat organisé par le PQ à l’Université de Sherbrooke.

«Heille, a-t-il tonné. Tu poses une question, écoutes la réponse. Plus l’accusation est lourde, plus tu dois écouter la réponse.»

À la fin de ce segment, M. Lisée a accusé M. Cloutier, qui a continué à l’attaquer pendant que son adversaire n’avait pas la parole, de faire de la «démagogie».

«Je pense qu’il faut renouveler la politique et ça, ça veut dire dans le comportement qu’on a les uns envers les autres, a-t-il dit. Par exemple, moi je n’accuserai personne quand ils n’ont pas de droit de parole. C’est une règle absolue de bienséance politique entre candidats.»

M. Cloutier avait mis le feu aux poudres en rappelant que dans un de ses livres, M. Lisée proposait de privatiser 25 pour cent d’Hydro-Québec.

«Jamais sous ma gouverne, moi Jean-François, on va privatiser un de nos joyaux», a-t-il dit.

Dans un point de presse qui a suivi, M. Lisée a accusé M. Cloutier d’avoir employé des tactiques que des libéraux et des caquistes auraient utilisées contre des représentants du PQ.

«Plutôt que de débattre des idées qu’on a maintenant, il essaie de prendre de vieux arguments en les déformant», a-t-il dit

M. Lisée a expliqué qu’il a publiquement renié, dans un débat en 2009, puis en mai dernier sur son blogue, sa proposition concernant Hydro-Québec, énoncée à l’origine en 2008 dans son livre «Pour une gauche efficace».

Aux journalistes, M. Cloutier a exprimé sa surprise des réponses de M. Lisée lorsqu’il a rappelé ses prises de position.

«Je pense que nous pouvons soulever des enjeux, des prises de position qui relèvent du passé tout en gardant son calme dans les réponses, a-t-il dit. Je pense que c’est tout à fait légitime dans un débat de ramener des positions qui ont été portées ou défendues.»

Précédemment, les échanges avaient également donné lieu à une passe d’armes entre M. Cloutier et Martine Ouellet concernant le pétrole sur l’île d’Anticosti.

Après l’avoir fait une première fois la semaine dernière, Mme Ouellet a souligné son opposition au forage à Anticosti, et rappelé à nouveau que M. Cloutier avait voté en faveur d’une motion demandant au gouvernement Couillard de respecter les engagements contractuels relativement à l’exploration d’hydrocarbures sur l’île.

M. Cloutier a rappelé que Mme Ouellet avait choisi de s’absenter au moment de ce vote en février plutôt que d’exprimer son opposition au projet, lancé alors qu’elle était ministre des Ressources naturelles dans le dernier gouvernement péquiste.

«Tous les collègues se sont levés à l’Assemblée nationale un après l’autre, toi tu as décidé de partir, tu n’as pas voté contre, tu as juste disparue, a-t-il dit. Si j’avais signé le contrat, j’aurais aussi exigé son respect.»

Mme Ouellet a répliqué que le contrat, dont elle attribue la responsabilité à l’ex-première ministre Pauline Marois, ne prévoyait pas obligatoirement trois forages par fracturation, puisqu’une évaluation environnementale aurait pu changer la donne.

En point de presse, Mme Ouellet a affirmé qu’elle ignore pourquoi des députés péquistes présents dans la salle l’ont huée lorsqu’elle s’est déchargée sur Mme Marois concernant Anticosti, durant le débat.

«Je ne sais pas, je pense que c’est parce qu’il y a des députés qui étaient présents à l’avant de l’assistance et il y a une espèce de ligne de parti», a-t-elle dit.

Sur le thème référendaire, M. Lisée, qui refuse toute consultation avant 2022, a accusé M. Cloutier d’exposer le PQ à des déchirements en remettant à six mois avant les prochaines élections de 2018 le dévoilement de sa stratégie.

«Ce que tu nous proposes, c’est un traumatisme six mois avant l’élection dont on va sortir divisés, avant une élection contre les libéraux», a-t-il dit.

M. Lisée a rappelé que les péquistes avaient obtenu un résultat de 49 pour cent aux élections de 1981, quand René Lévesque avait renoncé au projet référendaire.

Mme Ouellet, qui souhaite une consultation dès le prochain mandat, a de son côté observé que les péquistes ont été portés au pouvoir en 1976 et 1994 lorsqu’ils promettaient un référendum.

M. Cloutier a répondu que maintenir une stratégie ouverte était un geste responsable qui permet de préparer le terrain.

«Six mois en politique c’est une éternité, il nous reste quatre éternités avant la prochaine élection, ce n’est pas pour rien qu’il faut garder le jeu ouvert», a-t-il dit.

Paul St-Pierre Plamondon a quant à lui expliqué qu’il a «mis un effort fou» pour convaincre la population que le PQ est «le seul espoir», ce qui lui a permis de vendre environ 4900 cartes d’adhésion.

Le deuxième débat national aura lieu le 25 septembre à Montréal. D’autres débats sont toutefois au programme cette semaine, à Drummondville et au Saguenay.

La semaine dernière, les candidats avaient échangé lors d’un premier débat organisé à Montréal par des jeunes péquistes.