Christian Dubé dévoile son plan pour le rattrapage des chirurgies

Québec veut faire passer de 150 000 à 100 000 le nombre total de patients en attente d’une chirurgie d’ici mars 2023. La province se donne deux ans pour revenir au niveau prépandémique.

Il s’agit d’un objectif «réaliste», selon le ministre de la Santé, Christian Dubé, qui présentait jeudi les grandes lignes de son plan de rattrapage des chirurgies.

Celui-ci consiste à «stabiliser» la liste d’attente des chirurgies en 2021, à la réduire de façon «importante» en 2022 puis à revenir aux chiffres d’avant la pandémie en 2023.

«Peut-être que l’échéancier peut paraître des fois, dans certains cas, lointain. On en est conscients, mais je pense que c’est quand même notre rôle d’être réalistes.

«Le réseau est fatigué. (…) Tout le monde est d’accord que notre personnel doit se reposer cet été, il y a un consensus là-dessus, et de travailler autrement ne serait pas respectueux de ceux qui ont travaillé depuis la dernière année», a expliqué M. Dubé.

Il confie le mandat à sa sous-ministre adjointe, la Dre Lucie Opatrny, de mener des discussions avec les différents acteurs du réseau au cours de l’été afin de trouver des solutions innovantes à mettre dans un plan d’action.

Le ministre sait déjà qu’il veut faire passer le nombre moyen de chirurgies réalisées par mois de 26 000 à 40 000 d’ici deux ans. Les moyens précis pour y arriver restent à définir.

Rappelons que lors de la première vague de COVID-19, au printemps 2020, le nombre moyen de chirurgies réalisées mensuellement a chuté de 34 000 à 6000.

Le nombre de patients en attente d’une chirurgie depuis plus d’un an a explosé, passant de 4000 avant la pandémie à 19 000 aujourd’hui.

«C’est malheureux, mais ce sont ces gens-là, qui sont sur la liste d’attente, qui ont payé le prix d’attendre pour faire soigner les gens de la COVID-19», a déclaré le ministre.

La crise sanitaire aura également entraîné une baisse des consultations de 24 %. Selon M. Dubé, cette «liste invisible» a le potentiel de générer des milliers de chirurgies supplémentaires.

Il souhaiterait que chaque patient qui attend une chirurgie soit contacté d’ici la fin de l’été pour être informé de la date à laquelle la procédure se déroulera.

La grande opération de rattrapage prendra véritablement son envol à l’automne, lorsque la campagne de vaccination sera derrière nous, a indiqué M. Dubé, selon qui il reste six millions de deuxièmes doses à administrer.

«Ça aussi ça fait partie de notre réalité; il faut terminer la vaccination.»

Présente aux côtés du ministre pour l’annonce, la Dre Opatrny a précisé que le niveau d’activités chirurgicales avait récemment augmenté, grâce à 25 ententes avec des cliniques privées.

Pour passer en deuxième vitesse, elle propose également d’augmenter la participation des infirmières auxiliaires en bloc opératoire.

«Au CHUM, 30 % des infirmières sont des infirmières auxiliaires aux blocs. Ça fait partie de leurs solutions. Globalement, au Québec, c’est à peu près 12 % des infirmières auxiliaires dans les blocs opératoires.

«Nous allons regarder, par exemple, comment rehausser ça dans notre structure d’équipe», a-t-elle affirmé.

Les solutions doivent venir du terrain prévient la FMSQ

La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) a déclaré qu’elle accueille très favorablement les objectifs présentés par le ministre Dubé.

« Imaginez, 150 000 personnes, c’est toute la ville de Saguenay qui attend une intervention chirurgicale. Pour chacune d’entre elles, il faut trouver une solution. Nous appuyons tous les efforts qui seront déployés pour traiter plus rapidement nos patients, dont les chirurgies ont été trop souvent annulées ou reportées », déclare le Dr Vincent Oliva, président de la FMSQ, dans un communiqué.

La FMSQ prévient que les solutions doivent venir du terrain et que les «équipes doivent avoir la latitude d’implanter leurs idées, puisque les difficultés d’organisation ne sont pas les mêmes d’un hôpital à un autre».

Attaquez-vous à la pénurie de main-d’oeuvre, dit QS

Aucun plan de rattrapage des chirurgies ne pourra réussir sans que le gouvernement s’attaque à la crise de la pénurie de main-d’oeuvre en santé, a prévenu plus tôt dans la journée Gabriel Nadeau-Dubois.

Le porte-parole de Québec solidaire (QS) s’est inquiété en point de presse du manque de personnel en santé, en déclarant que la diminution des cas de COVID-19 n’y changerait rien.

Il n’y a pas mille et un remèdes: le gouvernement Legault doit bonifier «massivement» les conditions de travail en santé s’il veut attirer de la main-d’oeuvre. Le plan «ne doit pas passer à côté de ce facteur fondamental», a-t-il insisté.

Selon lui, M. Dubé doit se poser deux questions: «Comment on fait pour ramener les hommes et les femmes qui ont quitté dans les derniers mois dans le réseau de la santé?

«Et comment on fait pour ramener les femmes qui sont parties travailler en agences dans le réseau public? Ces questions-là sont incontournables», a fait valoir M. Nadeau-Dubois.

Laisser un commentaire