Christine Lagarde, nommée à la tête de la BCE, appuyait les mesures de Draghi

FRANCFORT — Christine Lagarde, nommée à la tête de la Banque centrale européenne (BCE), a la capacité d’une politicienne à communiquer et à faire des compromis, des compétences dont elle aura besoin pour succéder à Mario Draghi, le banquier central qui a désamorcé la crise de la dette de la zone euro grâce à quelques mots bien choisis.

À son poste actuel de directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Mme Lagarde a soutenu les efforts de relance de M. Draghi, même si ses vues exactes sur les problèmes souvent obscurs de la banque centrale sont moins connues.

Mme Lagarde, 63 ans, a été nommée mardi par les 19 gouvernements membres de la zone euro pour succéder à M. Draghi. Son mandat de huit ans au FMI se termine le 31 octobre. Elle a indiqué qu’elle «abandonnerait temporairement» ses fonctions de directrice générale du FMI pendant la période de nomination.

Elle deviendrait la première femme à occuper le poste de chef de la BCE et la première à ne pas provenir d’un poste au sein d’une banque centrale.

Des économistes privés ont souligné que les antécédents de Mme Lagarde en tant qu’ancienne ministre française des Finances et son mandat à la tête du FMI, qui regroupe 189 pays, devraient lui être utiles dans la gestion de la BCE, même si elle a détient une formation d’avocate, et non d’économiste. Avec son accession à la tête de la BCE, les deux plus grandes banques centrales du monde seront dirigées par des avocats. Jerome Powell, président de la Réserve fédérale des États-Unis, est également avocat de formation.

«Elle a fait un travail extraordinaire à la tête du FMI», a souligné Diane Swonk, économiste en chef chez Grant Thornton. «Elle connaît les défis de l’Union européenne mieux que quiconque étant donné son rôle dans la gestion de la crise de la dette européenne.»

Les taux d’intérêt déjà à des creux records

Pendant la crise, le FMI a été appelé à fournir des prêts d’urgence pour éviter que des problèmes financiers en Grèce et dans d’autres pays européens ne compromettent l’union monétaire.

«Au FMI, elle a fait assez de bruit pour convaincre de faire ce qui était juste pour l’économie mondiale», a observé Sung Won Sohn, professeur d’économie à l’Université Loyola Marymount, à Los Angeles. «Elle a exprimé ses inquiétudes face à la faible croissance économique dans le monde et à la faiblesse de l’inflation.»

Sous la direction de Mme Lagarde, le FMI a appelé la BCE à poursuivre ses efforts de relance monétaire en vue de relever l’inflation et de soutenir une reprise en perte de vitesse. L’examen de la zone euro par le FMI l’an dernier a mis en garde contre des augmentations prématurées des taux d’intérêt et a appelé à des prévisions claires, c’est-à-dire des promesses de maintenir les taux bas très longtemps. Le rapport faisait écho à une grande partie des propos de M. Draghi, notamment en exhortant les gouvernements à faire davantage pour soutenir leurs économies avec des dépenses bien ciblées et pour engager des réformes favorables aux entreprises.

Un défi clé pour Mme Lagarde serait de savoir comment ajouter plus de mesures de relance si nécessaire, les taux de la BCE étant déjà à des creux records. En décembre, la BCE a mis fin à près de quatre ans d’achat d’obligations pour un montant de 2600 milliards d’euros, alors qu’elle commençait à approcher les limites des actifs disponibles à la vente. M. Draghi a indiqué qu’il y avait encore une «marge de manœuvre» pour acheter plus d’obligations si nécessaire. Le plus gros défi, toutefois, est que les années de relance n’ont pas poussé l’inflation de manière durable vers l’objectif de la banque, qui était tout juste inférieur à 2,0 pour cent. Elle était de 1,2 pour cent en juin.

Dans tous les cas, Mme Lagarde aura du mal à changer immédiatement la position politique de M. Draghi. La BCE a promis de maintenir les taux à ses creux records jusqu’à la mi-2020.

En vertu du traité sur l’UE, Mme Lagarde sera soumise à un contrôle du Parlement européen et de la BCE, ainsi qu’à un nouveau vote des chefs d’État et de gouvernement du Conseil européen avant que sa nomination ne devienne officielle. Ces étapes sont essentiellement des formalités.