CHSLD Herron: la coroner s’inquiète de l’absence des médecins de Herron sur place

MONTRÉAL — Aux audiences du coroner sur le CHSLD Herron mercredi, la coroner Géhane Kamel s’est inquiétée du fait que certains médecins de la résidence Herron ne se soient pas rendus sur place et n’aient pas semblé comprendre la gravité de la situation, au plus fort de la crise, alors que l’état des résidants se détériorait.

«C’est ce petit bout-là, moi, qui m’écorche», a-t-elle dit à l’un de ces médecins qui a témoigné devant elle mercredi.

De façon générale, les médecins ont fait de la téléconsultation avec leurs patients, après avoir reçu un encouragement en ce sens de la Fédération des médecins omnipraticiens, puis une directive des autorités de la santé.

Deux des médecins de Herron ne se sont donc pas rendus sur place du 10 ou 11 mars jusqu’au 11 avril. Ils ont plutôt fait de la téléconsultation, aidés en ce sens par les infirmières sur place. Et les trois médecins se relayaient pour faire la garde, en cas de besoin, en plus de s’occuper de leurs propres patients.

Pourtant, une médecin du CIUSSS de l’Ouest-de-l’île-de-Montréal s’était rendue sur place, elle, avec son mari et ses enfants, même, afin d’hydrater les patients et de prodiguer des soins de base. Et un autre des médecins de Herron y est allé aussi dans la nuit du 29 au 30 mars.

Alors pourquoi les deux autres médecins de Herron ne se sont pas rendus sur place eux aussi, vu la gravité de la situation à ce moment, a demandé la coroner Kamel. «Le lendemain, c’est clair pour tout le monde que c’est le bordel à Herron», a-t-elle lancé.

«Je comprends qu’il y a une directive, mais que ce soit à Herron ou ailleurs au Québec, il y a des médecins qui ont décidé que la directive, « so what », on va se rendre parce que ce sont nos patients», a résumé la coroner.

La coroner a dit comprendre la peur de ceux qui n’avaient pas d’équipement de protection adéquat, mais «peut-être qu’il y a une attente que les médecins auraient pu prendre plus en charge cette situation-là… peut-être crier un peu plus fort?» a demandé la coroner.

La médecin du CIUSSS qui est allée sur place a pourtant rapporté avoir vu des gens qui n’ont pas bu, pas mangé, qui se trouvent dans leurs excréments. «Comment c’est possible que les trois médecins (de Herron) ne sont pas au courant de ça avant la conférence de presse?» a demandé la coroner.

Il semble que l’article du journaliste Aaron Derfel, dans The Gazette, révélant la gravité de la situation dans laquelle se trouvaient les résidants, ait ouvert les yeux de plusieurs. La coroner l’a même félicité, en le nommant. «Si cet homme-là n’avait pas fait l’article dans la Gazette, est-ce que de 47 on serait passé à 130 résidants décédés? J’en ai le frisson là», s’est exclamée la coroner. 

Les médecins concernés ont expliqué que le portrait qu’ils avaient eu de l’état des résidants, à l’époque, n’était pas aussi sombre que celui qui est brossé aujourd’hui.

Et ils ont assuré avoir bien suivi leurs patients en téléconsultation, comme le voulait la directive, et avec l’aide des infirmières qui elles étaient sur place. Puis ils sont revenus à la résidence à compter du 11 avril.

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