Cinq ans après la Commission de vérité, des changements se font attendre

OTTAWA — Plus de cinq ans après que la Commission de vérité et réconciliation (CVR) ait demandé au gouvernement fédéral de réviser le serment de citoyenneté canadienne et le guide d’examen, les nouveaux arrivants étudient encore un livre qui contient un seul paragraphe sur les pensionnats autochtones et prêtent un serment qui ne fait pas référence aux traités avec les Premières Nations.

La CVR avait lancé 94 appels à l’action aux gouvernements dans son rapport final en décembre 2015.

Les appels nos 93 et 94 demandent au gouvernement de mettre à jour le guide de citoyenneté et le serment pour refléter une histoire plus inclusive des peuples autochtones et une reconnaissance de leurs traités et droits.

Le gouvernement libéral a présenté une nouvelle loi en octobre pour adopter un serment de citoyenneté révisé qui obligera les nouveaux Canadiens à jurer d’observer fidèlement les traités du pays avec les peuples autochtones. Deux versions précédentes de la loi sont mortes au Feuilleton avec les élections de 2019.

Le mois dernier, le ministre de l’Immigration, Marco Mendicino, a déclaré au Comité des affaires autochtones et du Nord de la Chambre des communes que son ministère consultait des organisations autochtones nationales pour réviser le guide de citoyenneté afin d’y inclure plus d’informations.

Les cinq plus grandes organisations autochtones du pays ont déclaré à La Presse Canadienne qu’elles n’avaient participé à aucune consultation officielle récemment avec le gouvernement sur le nouveau guide. Les organisations sont l’Assemblée des Premières Nations, Le Ralliement national des Métis, le Congrès des peuples autochtones, l’Inuit Tapiriit Kanatami et l’Association des femmes autochtones du Canada.

La chef régionale de l’APN pour l’Alberta, Marlene Poitras, a déclaré que l’histoire et la culture des peuples autochtones devraient être reflétées dans les documents que les nouveaux arrivants étudient pour devenir citoyens.

«Absolument, (le guide sur la citoyenneté) devrait être changé», a-t-elle déclaré lors d’une entrevue.

«L’éducation est la clé – sur qui nous sommes, comment nous avons existé ici et comment nous avons accueilli les nouveaux arrivants ici, signé des traités, puis comment nous avons dû subir les pensionnats indiens.»

Natan Obed, président d’Inuit Tapiriit Kanatami, a déclaré que son organisation avait travaillé avec le ministère de l’Immigration en 2017 et 2018 sur un nouveau guide, mais que le travail s’était arrêté.

L’APN a demandé au ministère en 2018 de trouver des historiens des Premières Nations pour s’assurer de l’inclusion du contenu des Premières Nations dans le guide.

«Des responsables du ministère ont été en contact avec l’APN récemment pour discuter des prochaines étapes et partager une nouvelle version du guide. Une réunion n’est pas encore prévue», a indiqué l’APN dans un communiqué.

Le ministère a déclaré dans un communiqué que le nouveau guide de citoyenneté sera publié «dès que possible», notant qu’une date de lancement pour le nouveau guide n’a pas été fixée.

Clément Chartier, le président du Ralliement national des Métis, a déclaré que son organisation avait reçu une ébauche du guide révisé le 3 mai 2018.

«Depuis, je n’ai rien vu», a déclaré Clément Chartier.

La porte-parole du NPD en matière d’immigration, Jenny Kwan, a déclaré que son parti avait des préoccupations concernant la lenteur des progrès sur les appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation.

Elle a dit que la présentation par le gouvernement du projet de loi C-8 pour réviser le serment de citoyenneté est arrivée trop tard.

«C’est la troisième fois que ce projet de loi est présenté au Parlement, et à chaque fois avant cela, le gouvernement a choisi de le présenter tard dans la journée», a-t-elle déclaré.

Jenny Kwan a déclaré que le premier ministre Justin Trudeau avait récemment parlé de la possibilité de tenir des élections fédérales anticipées.

«Le projet de loi C-8 sera-t-il une fois de plus mis de côté et ne sera pas terminé?» elle a dit.

Marlene Poitras craint que C-8 meure au Parlement si des élections sont déclenchées, car cette procédure efface le programme législatif.

«J’entends qu’une autre élection s’en vient et ils continuent de faire des va-et-vient sur la sémantique», a-t-elle déclaré.

«Cela ne va plus nulle part.»

Le ministère a déclaré que Marco Mendicino était reconnaissant envers les membres du comité parlementaire d’avoir voté en faveur du renvoi de C-8 à la Chambre des communes pour la troisième lecture et il a hâte de le voir passer par le Sénat afin de devenir loi le plus tôt possible.

Gary Vidal, porte-parole des conservateurs en matière de services aux autochtones, a déclaré qu’il était malheureux que les libéraux semblent encore une fois manquer une occasion d’agir.

«Le gouvernement libéral a tenu beaucoup de promesses de réconciliation, mais a tardé à agir», a-t-il déclaré.

Lorraine Whitman, présidente de l’Association des femmes autochtones du Canada, a mentionné qu’elle avait été invitée à témoigner à propos du projet de loi C-8 la semaine dernière, deux jours seulement avant la réunion du comité.

«Cela aurait été bien de pouvoir être invité plus tôt», a-t-elle déclaré.

Le chef national Elmer St. Pierre du Congrès des peuples autochtones a déclaré que son organisation n’avait été consultée sur aucune des nouvelles lois que le gouvernement a proposées pour promouvoir les droits et les moyens de subsistance des peuples autochtones.

«J’ai pu parler pendant six minutes sur la citoyenneté», a-t-il dit en se référant à son témoignage à la réunion du comité sur le projet de loi C-8.

«Nous n’étions pas vraiment informés et c’était un peu comme la 11e heure quand ils nous ont donné l’occasion de parler», a-t-il déclaré.

Marlene Poitras a déclaré que tous les partis politiques devraient travailler ensemble pour adopter rapidement le projet de loi C-8.

«Faites de cette question une question non partisane», a-t-elle dit.

«Si le Canada prend vraiment au sérieux la lutte contre le racisme systémique et la vérité et la réconciliation, il honorera ces recommandations et ira de l’avant avec ce projet de loi pour recevoir qu’il reçoive la sanction royale.»

Cet article a été produit avec l’aide financière de la bourse Facebook et de la Presse canadienne.

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