Cinq choses à garder en tête après le triomphe du Canada sur les tarifs de Trump

OTTAWA — Cinq choses à garder à l’esprit à la suite de l’annonce de vendredi selon laquelle le Canada et les États-Unis sont parvenus à un accord pour mettre fin aux tarifs douaniers punitifs américains sur les exportations d’acier et d’aluminium:

1. Le diable est dans les détails. Jusqu’ici, on ne sait pas exactement quelles concessions le Canada a faites pour convaincre une Maison-Blanche réputée obstinée d’abandonner les tarifs douaniers, qui ont survécu non seulement à la conclusion de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique en septembre dernier, mais également à la cérémonie de signature deux mois plus tard à Buenos Aires. Qu’est-ce qui a poussé le «tariff man» autoproclamé à finalement reculer? Tout ce qui a été dévoilé, c’est que le Canada a accepté de «prévenir» l’importation d’acier injustement subventionné ou «vendu à des prix de dumping» et de collaborer avec les États-Unis pour empêcher le transbordement — un acier étranger qui circule d’un pays à l’autre. La conclusion d’un «processus convenu» de surveillance du commerce de l’aluminium et de l’acier fait également partie de cet accord, qui permet aux États-Unis de réimposer leurs tarifs douaniers en cas de flambée des importations.

2. Ensuite, le nouvel ALENA. Peu importe l’intransigeance des démocrates au Congrès américain; les tarifs douaniers sont apparus ces derniers mois comme le principal obstacle à la ratification de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique non seulement aux États-Unis, mais également au Canada et au Mexique. On ignore si la détente tarifaire permettra de dénouer le blocage de longue date du Congrès, où les idées reçues veulent que de nombreux démocrates hésitent à donner au président Donald Trump un soupçon de victoire à l’approche des élections de 2020. Cependant, certains signes laissent penser que l’opposition risque de s’amenuiser: la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, largement perçue comme tenant le destin de l’accord entre ses mains, a envoyé des signaux positifs sur le désir de son parti de «se rendre à un Oui» à la suite d’une «réunion productive» plus tôt cette semaine avec le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer.

3. Le casse-tête chinois. Le Canada est coincé entre les tirs croisés des États-Unis et de la Chine depuis que Meng Wanzhou, la directrice financière de Huawei, a été arrêtée à Vancouver à la fin de l’année dernière à la demande du département de la Justice des États-Unis. Mme Weng, que les Américains accusent d’avoir menti à des banques au sujet de ses relations avec l’Iran, attend une audience pour déterminer si elle sera extradée aux États-Unis pour faire face à la justice américaine. La Chine a depuis arrêté deux Canadiens soupçonnés d’espionnage et a condamné à mort un troisième pour trafic de drogue. L’accord tarifaire de vendredi, qui prévoit l’aide du Canada pour contrôler le marché nord-américain de l’acier contre le dumping chinois, pourrait être considéré comme rapprochant le Canada des États-Unis.

4. Les élections fédérales. Dans un contexte où les électeurs seront appelés aux urnes cet automne, les sondages indiquent que le premier ministre Justin Trudeau est en difficulté. Mais Donald Trump est profondément impopulaire et les tarifs n’ont pas aidé. L’annonce de vendredi donnera aux libéraux l’occasion de se présenter comme le seul parti ayant de l’expérience — et des succès — face à un commandant en chef aussi imprévisible que combatif. Comptez sur les conservateurs pour faire de leur mieux afin de contrer cette perception lorsque la Chambre des communes reprendra ses travaux le 27 mai après la pause de la semaine prochaine.

5. L’élection américaine. À l’approche de 2020, attendez-vous à ce que Donald Trump déploie l’artillerie lourde pour que le Congrès ratifie l’Accord Canada–États-Unis–Mexique et lui donne des munitions indispensables pour la campagne électorale. Les démocrates, qui contrôlent la Chambre des représentants et qui n’ont jamais été de grands partisans du libre-échange, seront-ils disposés à lui accorder une victoire? Ou se contenteront-ils de mener d’autres batailles de plus haut calibre, méfiants de la réaction des électeurs qui souhaitent voir l’accord ratifié?