Cinq questions pour faire le point sur le coronavirus

Le virus peut-il se propager par voie aérienne ? Peut-on s’infecter en mangeant des aliments contaminés ? Combien de temps le virus survit-il sur une surface ? Explications de la Dre Caroline Quach-Thanh, du CHU Sainte-Justine.

MONTRÉAL — Les informations, vraies ou moins vraies, concernant le coronavirus circulent presque aussi rapidement que le virus lui-même.

La Presse canadienne a demandé à la docteure Caroline Quach-Thanh, du CHU Sainte-Justine, de nous aider à y voir un peu plus clair.

Que sait-on au sujet de la propagation du virus par voie aérienne ?

Ce qui a causé des problèmes et soulevé des questions dans la population générale, c’est le papier qui a été publié dans le New England Journal of Medicine. En laboratoire, ils sont capables de faire survivre en aérosol le virus pendant trois heures dans l’air, sauf que ce n’est pas une situation qu’on rencontre dans la vie réelle. Dans des conditions de laboratoire, avec une concentration de virus super élevée dans une boîte, ils sont capables de le maintenir dans l’air pendant trois heures, mais encore aujourd’hui, la transmission aérienne n’est pas un mode de transmission qui est gardé pour le SRAS-CoV-2, pour la COVID, à part pour certaines procédures médicales qui génèrent des aérosols (…). Dans le quotidien, quand on se promène dans la rue, même si on tousse, il n’y a pas de transmission aérienne.

(NDLR Des gouttelettes contaminées par le virus retomberaient au sol au bout d’une trentaine de minutes.)

Combien de temps le virus survit-il sur des surfaces ?

Le dernier papier du New England Journal of Medicine démontre que sur des surfaces polies (comme le plastique et l’acier inoxydable), ça survit jusqu’à trois jours. Sur le carton, c’est 24 heures. Je sais que les gens voudraient que je leur donne un chiffre précis, les gens le demandent, mais si on prend le pire des scénarios, on dit qu’après trois jours, c’est mort.

Comment assure-t-on la salubrité de nos aliments ?

On les lave à l’eau avec un peu de savon comme on fait de toute façon pour enlever les produits chimiques et pour se protéger des pathogènes qui pourraient se transmettre (…). Le virus de la COVID n’est pas un virus qui se transmet par voie fécale orale. Si on le mange, c’est détruit dans notre tube digestif. (Dans le cas d’une pomme qui aurait été manipulée par une personne infectée), si vous mettez votre main dessus, et que ça ne fait pas longtemps que la personne (a déposé le virus dessus), et que vous amenez votre main au nez ou aux yeux, c’est possible que vous vous infectiez. Mais lavez vos fruits, lavez vos mains, ça marche.

Quel est le taux de mortalité associé à ce virus ?

Ça dépend des groupes d’âge et ça dépend des endroits. Présentement, en Italie, pour une raison qu’on ignore, il y a un taux de mortalité autour de 8 %. Ailleurs, en Corée du Sud, ils sont plus à 0,6 % et en Chine ils étaient autour de 3 %. Au niveau mondial on est autour de 3 %. Le risque est beaucoup plus élevé quand on est plus vieux, les 85 ans et plus sont plus à 15 %, et les 65 à 84 ans c’est plus de 3 à 11 %, mais les tout jeunes sont en bas du 1 %.

Les gants et les masques sont-ils vraiment utiles ?

Le problème, c’est qu’on ne lave pas nos gants. On touche à tout et on les met quand même dans notre visage. Le danger du gant, c’est qu’on a un faux sentiment de protection, mais le virus pourrait quand même être sur nos gants et on se le met au visage. C’est beaucoup plus facile de laver une main que de laver un gant quand on sort. Je ne vois pas de différence entre porter des gants et se laver les mains. (…) Une fois qu’on a fini de faire notre épicerie (on se désinfecte les mains), et ça y est, c’est lavé. Et en plus, il y a une façon d’enlever les gants (de type chirurgical) pour ne pas se contaminer, et quand on le fait tout croche, on risque plus qu’autre chose. Pour le masque, si on n’est pas malade, de mettre un masque, ça ne change pas grand-chose. Pourvu qu’on soit à deux mètres d’une personne qui tousse, le virus ne se déposera pas dans nos voies respiratoires. Le plus important, honnêtement, c’est les mains. Il faut se rappeler aussi qu’on essaie de garder les masques pour ceux qui en ont vraiment besoin, qui soignent les malades qui leur toussent dans le visage à l’hôpital. Si les gens utilisent tous les masques et qu’il n’y en a plus, on est un peu mal pris. Étant donné que la planète entière a besoin de masques présentement parce que tout le monde est malade en même temps, il y a des enjeux de stocks qu’on essaie d’équilibrer, mais si le public commence à acheter des masques qui sont dirigés vers les hôpitaux, alors les hôpitaux en auront moins. C’est là qu’on en a besoin pour pouvoir les mettre sur des patients qui toussent. Il faut réaliser qu’on en passe des quantités phénoménales à l’hôpital.

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