Une candidate conservatrice doit se retirer pour des propos homophobes

TORONTO — Les conservateurs organisaient vendredi leur plus grand rassemblement de la campagne électorale fédérale, tentant de mettre fin à une semaine difficile pour le chef Andrew Scheer par une démonstration de force.

Mais la foule nombreuse espérée ne s’est pas matérialisée et, à peine le rassemblement terminé, le parti a dû annoncer une autre mauvaise nouvelle: le retrait de Heather Leung comme candidate dans la circonscription de Burnaby North-Seymour, en Colombie-Britannique, pour des commentaires homophobes, décrivant notamment l’orientation sexuelle de la communauté LGBTQ comme une «perversion».

Le fait d’écarter Mme Leung signifie que les conservateurs n’auront plus qu’une liste de 337 candidats. La date limite d’inscription des candidats était lundi dernier.

Plus tôt, M. Scheer avait été questionné concernant une entrevue accordée par Mme Leung au média local Burnaby Now à propos d’une politique adoptée par une commission scolaire en 2011 pour lutter contre l’intimidation des élèves LGBTQ.

Mme Leung laisse entendre dans la vidéo, que le média a diffusée sur YouTube en 2013, que les personnes LGBTQ ont besoin de «recruter» des enfants.

«Notre parti défend l’inclusion et les droits de tous les Canadiens, y compris les Canadiens LGBT, et le fera toujours», avait déclaré M. Scheer, tout en disant ne pas avoir vu la vidéo.

En ce qui a trait au rassemblement, dans un courriel adressé aux candidats locaux, une responsable de campagne régionale indiquait clairement qu’il était nécessaire de remplir à capacité maximale une grande grange dans un village de pionniers reconstruit du nord-ouest de Toronto le soir même.

«Nous voulons un minimum de 1000 personnes», écrivait-elle.

En fin de compte, beaucoup moins de personnes se sont présentées. Environ 500 personnes ont applaudi la vedette conservatrice Lisa Raitt, candidate à Milton et ancienne ministre, ayant été présentée par le chef conservateur Andrew Scheer.

Peines minimales

Les conservateurs veulent rétablir des peines minimales obligatoires pour certains crimes commis avec une arme à feu et comptent inscrire des «entités criminelles» reconnues dans le Code criminel, de la même façon que les organisations terroristes.

Le chef Andrew Scheer a présenté vendredi la stratégie que son parti préconise au chapitre des armes à feu.

Il a dit vouloir punir les criminels et non interdire les armes à feu. Selon lui, les intentions libérales à ce sujet sont «inefficaces» parce qu’elles visent les propriétaires d’armes à feu «qui sont respectueux des lois».

«Notre plan vise les criminels récidivistes dangereux, a-t-il expliqué. Ce sont les conseils que nous ont donnés des chefs de police de tout le pays. Nous écoutons les experts sur ce sujet.»

Symboliquement, les conservateurs ont choisi Toronto, là où les demandes d’une plus grande intervention des gouvernements pour lutter contre les crimes liés aux armes à feu se font les plus pressantes au pays, pour présenter les engagements du parti en matière de justice.

Si la métropole canadienne est souvent perçue comme étant l’une des grandes villes les plus sûres au monde, les données de Statistique Canada indiquent que le nombre de crimes commis avec une arme à feu a augmenté depuis 2015. La situation semble avoir empiré au cours des deux dernières années.

M. Scheer a promis d’instaurer des peines minimales de cinq ans pour les personnes reconnues coupables d’avoir ordonné ou participé à des activités criminelles violentes. La possession d’une arme à feu de contrebande serait aussi passible d’une peine minimale exécutoire de cinq ans d’emprisonnement.

Un gouvernement conservateur mettrait fin aux libérations conditionnelles automatiques pour les membres de groupes criminels en renversant le fardeau de la preuve durant leur audience. Les personnes qui reprendraient contact avec leur ancien gang après leur remise en liberté retourneraient derrière les barreaux. Ces mesures permettraient, selon M. Scheer, de «réduire les délais judiciaires» en inscrivant dans le Code criminel les bandes criminelles connues, de la même manière que le gouvernement répertorie les groupes terroristes comme Al-Qaïda et le Hamas.

«Cela évitera aux procureurs d’avoir à établir qu’une bande est une entité connue ayant des intentions criminelles chaque fois qu’un membre est jugé», a-t-il fait valoir.

Les armes de contrebande

Le chef conservateur compte exiger de l’Agence des services frontaliers du Canada qu’elle en fasse plus pour empêcher l’arrivée au pays d’armes illégales en provenance des États-Unis. Pour ce faire, il créera un groupe de travail de lutte contre les armes de contrebande au sein de l’agence qui collaborera avec les forces de l’ordre locales des deux côtés de la frontière pour stopper le trafic d’armes à feu.

Il a cité le chef de la police de Toronto, Mark Saunders, qui a déjà dit que 80 pour cent des armes à feu détenues par des gangs proviennent illégalement des États-Unis.

Le candidat libéral dans la circonscription de Scarborough-Sud-Ouest, Bill Blair, lui-même un ancien chef de la police de Toronto, n’a pas tardé à condamner les politiques prônées par les conservateurs. Andrew Scheer «ne veut pas parler des armes à feu, [mais il] compte importer les lois sur les armes à feu des États-Unis», a-t-il écrit sur Twitter.

Les libéraux songent plutôt à interdire tous les «fusils d’assaut de type militaire», à créer un programme de rachat des armes à feu et à donner plus de pouvoir aux municipalités pour restreindre ou interdire davantage les armes de poing.

Selon M. Scheer, le plan libéral ne permettra pas de réduire le nombre de crimes commis avec des armes à feu. «Un trafiquant de drogue ne s’arrête pas pour se demander s’il a le bon permis en se déplaçant dans une ville pour aller vendre des drogues illégales.»

Adopter plus de lois et restreindre davantage les armes à feu créera plus de maux de tête pour les personnes respectueuses de la loi, et détournera les ressources «précieuses» de la police consacrées à la répression des crimes violents, croit le chef conservateur.

Lors d’un récent événement de campagne, les maires de la région de Toronto ont accueilli favorablement le plan des libéraux, mais ils ont déclaré qu’il n’allait pas assez loin. Les dirigeants locaux ont réclamé une interdiction nationale des armes de poing.