Claude Béland, ancien président du Mouvement des caisses Desjardins, n’est plus

MONTRÉAL — L’ancien président du Mouvement des caisses Desjardins et du Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC), Claude Béland, est décédé à l’âge de 87 ans, a confirmé l’institution financière.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a offert ses condoléances à toute sa famille et ses proches sur Twitter, en saluant la mémoire d’un homme «très impliqué socialement pour faire avancer le Québec».

Fils d’entrepreneur, Claude Béland a consacré l’essentiel de sa vie professionnelle à promouvoir et à faire évoluer le modèle coopératif, principalement dans le domaine des affaires et de la finance. Son biographe Jean-Pierre Girard le décrivait même comme un «véritable apôtre de la coopération».

En plus de diriger les destinées de l’une des plus grosses coopératives financières du monde, Claude Béland a ainsi écrit des livres sur les coopératives, en plus d’enseigner les principes et les rudiments de ce type d’entreprise dans plusieurs facultés de gestion du Québec.

Le Mouvement Desjardins a indiqué que son actuel président et chef de la direction, Guy Cormier, n’accorderait pas d’entrevue dimanche.

«Le Québec perd un grand homme, qui fut un ardent promoteur des valeurs coopératives, a déclaré M. Cormier par voie de communiqué. Il a certes été, à l’occasion, critique à l’égard de Desjardins, mais cela témoignait en même temps de son attachement profond envers cette institution coopérative, dont il a assumé la présidence à un moment charnière de son histoire.»

«Nous lui devons beaucoup et, au nom de tous les membres du conseil d’administration, des administrateurs élus des caisses ainsi que de tout le personnel, je prie son épouse Lise, ses enfants et nombreux petits-enfants d’accepter nos plus sincères condoléances», a-t-il ajouté.

Au cours des dernières années, Claude Béland avait fait plusieurs sorties publiques pour reprocher à l’institution d’avoir perdu son âme, trahi sa mission sociale et transformé ses membres en clients. Il avait notamment critiqué la vague de retraits de guichets automatiques en région, de même que la fuite de données personnelles de l’été dernier, dont il disait avoir été lui-même victime.

Dans son communiqué, le Mouvement Desjardins rend hommage à un «grand humaniste et un philosophe», qui a toujours  plaidé en faveur d’une société plus équitable et plus solidaire».

Un homme résolument engagé

Pendant son cours classique au Collège Brébeuf, il travaillait déjà comme bénévole à la Caisse populaire d’Outremont, fondée par son père Benjamin «Ben» Béland. Il s’est ensuite spécialisé en droit commercial et en droit des coopératives à l’Université de Montréal.

À peine sorti de l’école, en 1962, il a participé à la création de la Fédération des caisses d’économie du Québec. Il en a d’abord été le conseiller juridique, puis le directeur général.

Il a fait son entrée chez Desjardins au moment du regroupement des caisses d’économie et des caisses populaires, en 1979. Le président Raymond Blais en a fait son adjoint en 1986. C’est cette expérience qui lui a permis d’aspirer à la direction de Desjardins lorsque son patron a démissionné pour des raisons de santé, quelques mois plus tard.

Claude Béland a été élu à la tête du Mouvement Desjardins le 1er février 1987 après deux tours de scrutin. Il a été réélu deux fois, en janvier 1994 ainsi qu’en janvier 1997. Il a pris sa retraite l’année du centenaire de la première caisse populaire, en 2000.

Pendant ses quelque 13 ans aux commandes, Claude Béland a profondément transformé la coopérative. Il est entre autres à l’origine de la percée de l’entreprise dans le domaine des valeurs mobilières, de l’instauration des guichets automatiques et du paiement direct, du site Internet Accès-D, de la vente d’assurance en succursale et de la réorganisation de la structure du mouvement. Il a en outre dirigé l’acquisition de Disnat, des Coopérants et de la Banque Laurentienne pendant les années 1990.

Certaines de ses décisions ont suscité énormément de controverse. C’est notamment le cas de la «réingénierie» de l’entreprise, de ses efforts de réduction des coûts et de la fusion de caisses en région. Cependant, personne ne peut nier que Desjardins a prospéré sous sa gouverne.

L’actif de la coopérative est ainsi passé de 29 à 74 milliards $, les réserves ont bondi de 851 millions $ à 3,8 milliards $ et l’avoir des caisses de 1,3 à 4,8 milliards $.

Au plan politique, Claude Béland a présidé le Forum sur l’emploi et le Sommet sur l’économie et l’emploi en 1996. Il a aussi fait partie du comité directeur de la Commission Bélanger-Campeau sur l’avenir constitutionnel du Québec, en 1990.

Dans le cadre de cet exercice, il a dû présenter la position du Mouvement Desjardins de la souveraineté du Québec. Il a toujours affirmé que l’opinion souverainiste qu’il a formulée était celle de l’entreprise et non la sienne propre, mais même s’il n’est plus jamais intervenu dans le débat constitutionnel par la suite, y compris pendant la campagne référendaire de 1995, ce discours lui est toujours resté collé à la peau.

Claude Béland était demeuré impliqué dans la société québécoise après sa retraite de Desjardins. Il avait entre autres mené des consultations sur la réforme des institutions démocratiques à la demande du gouvernement du Québec et participé à la création de la chaire de l’UQAM sur la responsabilité sociale des entreprises.

Il a été président du MÉDAC jusqu’en 2011, en plus de siéger au conseil d’administration de plusieurs organismes voués au développement social, aux relations intergénérationnelles, à la protection des épargnants et à la promotion de la démocratie.

M. Béland a aussi milité au sein du Mouvement démocratie nouvelle pour la réforme du mode de scrutin provincial et il avait fait partie des premiers signataires du «Pacte pour la transition», une initiative du metteur en scène Dominic Champagne pour lutter contre les dérèglements climatiques.

Il avait été désigné grand officier de l’Ordre du Québec en 2014. Il était membre de l’Ordre des francophones d’Amérique et détenait des doctorats honoris causa de l’Université Laval, de l’Université de Montréal, de l’Université du Québec.