Climat et santé: Le peuple contre «les puissants lobbys économiques»

MONTRÉAL — Si l’on veut de l’action de la part des gouvernements dans la lutte contre les changements climatiques, il faut «changer la norme sociale» et c’est la population qui devra l’exiger, croit la directrice régionale de la santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin.

La Dre Drouin a lancé ce message dans le cadre de la conférence d’ouverture des 25es Journées annuelles de santé publique (JASP), vendredi matin. Pour l’occasion, elle s’entretenait de manière virtuelle avec la Dre Maria Neira, directrice du département de l’environnement, des changements climatiques et de la santé à l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

«Nos gouvernements sont pris avec des lobbys économiques extrêmement puissants, mais si la population exige des politiques de santé et des actions dans leur environnement qui vont en ce sens. Je pense que ça passe aussi par cette mobilisation-là», a-t-elle déclaré en ajoutant que les acteurs de santé publique «peuvent accompagner cette mobilisation citoyenne».

De l’avis de la spécialiste en santé communautaire, il faut que les citoyens exigent de tous les paliers de gouvernements qu’on adopte «des changements qui ont des impacts directs sur l’accès au logement, l’accès à des systèmes alimentaires équitables et durables, l’accès à des transports adaptés et carboneutres».

«Faites valoir vos droits», a-t-elle insisté.

Tout en soulignant les efforts de la santé publique déployés en matière de verdissement et de transport, notamment, Mylène Drouin reconnaît que ces dossiers n’avaient pas été développés avec une approche de lutte aux changements climatiques ou de transition écologique. Un discours qui prend maintenant de plus en plus de place chez les autorités de santé.

Son interlocutrice, la Dre Maria Neira, a soutenu, dès le début de la conférence intitulée «Action climatique et santé: se mobiliser sur les fronts planétaire et local», que le point de vue de la santé a mis du temps avant d’être entendu par les leaders de la communauté internationale. Pendant plusieurs années, a confié la représentante de l’OMS, on entendait «Qu’est-ce qu’ils font ici la santé?» dans les grandes conférences sur l’environnement.

Elle a plus tard développé sa pensée sur l’hésitation des gouvernements en réponse à une question de La Presse Canadienne. Pour les politiciens, explique-t-elle, il est difficile de faire valoir les bénéfices de la prévention primaire puisque sa raison d’être est d’«éviter» quelque chose.

«Il n’y a pas de gloire dans la prévention primaire parce qu’après, on ne peut pas dire « voici ce qu’on a fait »», a-t-elle partagé en citant un politicien allemand rencontré récemment. 

Des millions de morts dans l’indifférence climatique

Il reste que l’inaction internationale entraîne des conséquences funestes. Selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé, sept millions de personnes meurent prématurément chaque année en raison de la mauvaise qualité de l’air. Et si l’on tient compte de tous les facteurs de risque liés à l’environnement, ceux-ci sont la cause de 13 millions de morts évitables chaque année.

Pendant ce temps, les émissions mondiales de gaz à effet de serre atteignent de nouveaux sommets chaque année. Pourtant, 194 États ont signé une résolution de l’OMS il y a plus de 15 ans selon laquelle les changements climatiques constituent un important problème de santé publique. 

En guise de solution, les deux expertes ne réclament pas nécessairement davantage d’investissements en santé publique, mais elles appellent plutôt les gouvernements à prendre de meilleures décisions. La Dre Neira parle d’être «un peu plus intelligent» et de «cesser cette guerre stupide contre la nature». 

«Si le ministre de l’Énergie prend de bonnes décisions, c’est comme s’il investissait dans la prévention. Si le ministre des Transports prend de bonnes décisions, c’est comme si on mettait de l’argent dans la prévention des maladies chroniques parce qu’on a un mode de vie moins sédentaire et moins de contamination», résume-t-elle.

Malgré qu’il soit facile d’adopter un discours pessimiste face à la crise climatique, les deux conférencières préfèrent l’optimisme. Selon elles, tout le monde peut faire sa part et chaque geste compte.

«On va continuer d’être là et de parler de plus en plus fort, je peux vous l’assurer», a promis la Dre Maria Neira.

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