Climat : la mort d’un travailleur espagnol prouve qu’on doit s’adapter

MADRID — Quand José Antonio González a commencé son quart de travail en après-midi pour balayer les rues de Madrid, il faisait 40 degrés Celsius et une canicule balayait l’Espagne.

Après un long moment sans travailler, M. González ne pouvait se permettre de refuser un contrat estival d’un mois pour nettoyer la ville, où il habitait dans un quartier ouvrier. Trois heures plus tard, l’homme de 60 ans s’est écroulé dans la rue qu’il balayait, victime d’un coup de chaleur.

Une ambulance a conduit le père de deux enfants à l’hôpital, où il est décédé samedi.

Sa mort alimente un débat furieux en Espagne sur la nécessité d’adapter le travail aux changements climatiques. On sait depuis longtemps que les plus démunis de la société, souvent les aînés ou les travailleurs les moins bien rémunérés pour qui la chaleur est une menace en milieu de travail, sont désavantagés quand vient le temps de s’adapter au réchauffement planétaire.

«Il est évident que les inégalités sociales jouent un rôle» en ce qui concerne la souffrance des gens lors d’une canicule, a dit Júlio Díaz, de l’Institut Carlos III sur la santé d’Espagne.

«Endurer une canicule dans une maison climatisée avec une piscine n’est pas comparable à cinq personnes dans une même pièce avec une fenêtre comme seule source d’air frais», a-t-il dit au diffuseur public espagnol RTVE.

La canicule qui frappe l’Europe depuis plusieurs jours, et qui a donné lieu à une explosion du nombre et de la taille des feux de forêt, tire la question sous le feu des projecteurs.

La France a adopté des mesures pour combattre les inégalités face à la chaleur après une canicule qui avait fait 15 000 morts en 2003. Plusieurs des victimes étaient des aînés abandonnés dans des appartements ou des résidences sans climatisation.

Mais avant la plus récente canicule en France, qui a battu des records cette semaine, le gouvernement a rappelé aux employeurs qu’ils ont la responsabilité juridique de protéger leurs travailleurs de la chaleur extrême. Cela inclut de l’eau potable gratuite, de la ventilation et, quand c’est possible, une modification des heures de travail et des pauses supplémentaires.

Au moment où le Royaume-Uni se préparait à une canicule qui a poussé le mercure à un sommet sans précédent de 40,3℃ mardi, les syndicats ont demandé au gouvernement d’imposer pour la première fois des seuils de chaleur en milieu de travail. Plusieurs maisons, écoles, petites entreprises et édifices publics ne sont pas climatisés au Royaume-Uni.

Le plus important syndicat britannique, Unite, réclame une température maximale de 27℃ en milieu de travail pour les emplois «exténuants» et de 30℃ pour les emplois sédentaires. Le syndicat estime aussi que les employeurs devraient être contraints d’adopter des mesures pour réduire la température à l’intérieur et qu’on devrait définir des protections strictes pour ceux qui travaillent à l’extérieur quand le mercure atteint 24℃.

À Madrid, le fils de 21 ans de M. González, Miguel Ángel, a dit que son père, quelques jours avant sa mort, avait cherché sur internet ‘comment gérer un coup de chaleur’. Le soir avant son décès, il était rentré à la maison complètement à bout de souffle après son quart de travail.

Les experts préviennent que la détérioration de problèmes de santé pré-existants, et non les coups de chaleur eux-mêmes, est la principale cause de décès lors d’une chaleur intense.

L’Institut Carlos III calcule que la chaleur a coûté la vie à environ 150 personnes à travers l’Espagne la journée où M. González est décédé. Le lendemain, l’Institut a attribué 169 décès à la chaleur, pour un total de 679 morts pendant la première semaine de la canicule.

Illustrant encore plus clairement le danger, un autre balayeur de rues de Madrid a été hospitalisé pour un coup de chaleur mardi.

Dans les secteurs habitués au temps très chaud, comme l’Andalousie dans le sud de l’Espagne, les travailleurs de la construction ne travaillent déjà que le matin l’été.

Trois jours après la mort de M. González, les dirigeants de Madrid se sont entendus avec les syndicats pour que les balayeurs de rues puissent travailler en soirée plutôt que l’après-midi.

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