Coeur: la capacité de la colchicine à prévenir de nouveaux problèmes se confirme

MONTRÉAL — La capacité de la colchicine à réduire le risque de nouvel évènement cardiovasculaire chez les patients qui ont subi une crise cardiaque se confirme de plus en plus, avec le dévoilement d’une étude pilotée par un chercheur de l’Institut de cardiologie de Montréal.

La colchicine est un anti-inflammatoire peu dispendieux et disponible sur le marché depuis des décennies.

Les données de l’étude clinique COLCOT démontrent qu’une dose quotidienne de 0,5 mg réduit de près de la moitié (48 %) le risque d’un évènement cardiovasculaire ischémique si elle est administrée aux patients dans les trois jours suivant une crise cardiaque.

«Plus on traite précocement après la crise cardiaque avec la colchicine, meilleur est le résultat, donc plus grands sont les bénéfices, ce qui est évidemment une très bonne nouvelle», a commenté le docteur Jean-Claude Tardif.

Les bénéfices sont particulièrement importants pour les patients qui ont besoin d’une endoprothèse (ou «stent», en anglais) au moment de leur crise cardiaque, a-t-il ajouté.

Au-delà de la santé du patient, a dit le docteur Tardif, «il y a un bénéfice économique important pour le système de santé».

Ces résultats ont été simultanément dévoilés lors du congrès virtuel de la Société européenne de cardiologie et publiés par le European Heart Journal.

Des travaux publiés en novembre dernier par le docteur Tardif et ses collègues permettaient déjà de croire à l’efficacité de la colchicine à titre préventif.

Pas seulement en urgence

Une autre étude publiée lundi matin dans le prestigieux New England Journal of Medicine par un groupe australien et hollandais indique que la colchicine est efficace non seulement chez les patients qui ont fait une crise cardiaque, mais aussi chez ceux dont la maladie cardiaque est stable. On parle dans ce cas-ci d’une réduction de 31 % des évènements indésirables.

C’est donc à dire que la colchicine pourrait être bénéfique non seulement de manière urgente, dans les heures qui suivent un infarctus, mais aussi pour un traitement à plus long terme.

«Les deux études se combinent très bien pour affirmer que tous les patients ayant une maladie cardiaque bénéficient de façon importante de la colchicine, a dit le docteur Tardif. Réduction des crises cardiaques, réduction des réhospitalisations, réduction du besoin de dilater avec un ‘stent’, il ne faut pas oublier également réduction des AVC… alors les bénéfices ne sont pas banals.»

Les travaux du docteur Tardif et de ses collègues ont également permis de constater que certains patients porteurs de gènes spécifiques pourraient profiter plus que d’autres de la colchicine.

«Ça nous met sur la piste des voies par lesquelles la colchicine fonctionne, ce qui est très intéressant au niveau scientifique, a-t-il dit. C’est dans la mouvance de ce qu’on appelle la médecine de précision ou la médecine personnalisée.»

Le docteur Tardif tentera maintenant de déterminer si la colchicine pourrait être utilisée en prévention primaire, en évitant carrément le premier problème.

Quelque dix mille patients souffrant d’un diabète de type 2 seront ainsi invités à participer à l’étude COLCOT T2B, pour »type 2 diabetes», puisqu’on sait qu’ils sont particulièrement à risque de problèmes cardiaques et d’AVC.

«La prochaine frontière sera de démontrer que la colchicine va fonctionner avant même que le patient ait eu un premier évènement, a-t-il conclu. On est vraiment dans la prévention avec un médicament très peu coûteux et on pense que ça va être très bénéfique.»

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