Combattre le stress de la pandémie

MONTRÉAL — Le stress associé à la pandémie de coronavirus peut avoir un impact sur notre vie de tous les jours, mais il est possible de le soulager, dit une experte qui s’est récemment penchée sur le sujet.

On ne doit toutefois pas s’y prendre n’importe comment ou à n’importe quel moment de la journée, a précisé la directrice adjointe du département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal, la professeure Julie Ménard.

«Ce qui nous a particulièrement préoccupés, c’est que le stress se contaminait chez une même personne d’un moment à l’autre de sa journée, a-t-elle expliqué. Si rien n’est fait, une personne qui est stressée a de très bonnes chances de l’être dans les heures qui vont suivre et de continuer à être stressée, et ce stress-là a un peu un effet domino.»

Mme Ménard et ses collègues se sont intéressés au stress ressenti par quelques centaines de personnes qui se retrouvaient en confinement volontaire en raison du coronavirus.

Les participants ont été interrogés quant à leur niveau de stress quatre fois par jour, pendant une semaine. Il s’agissait de gens pour qui la pandémie avait eu un impact majeur, par exemple parce qu’ils avaient perdu leur emploi ou parce qu’ils devaient maintenant faire du télétravail.

Les participants ont principalement rapporté un niveau de stress «moyen». Les chercheurs ont alors voulu savoir s’il était possible d’adopter des stratégies pour se sentir un peu mieux.

«On peut se dire que tout fonctionne, mais non, tout ne fonctionne pas pour prendre soin de son stress», a prévenu Mme Ménard.

Horizons élargis

La stratégie la plus efficace, poursuit-elle, impliquait de se dégager du temps pour avoir du plaisir, élargir ses horizons et se détendre — mais pas à n’importe quel moment de la journée

«Les jours où elles faisaient ça, ces personnes-là avaient beaucoup moins de chances d’être stressées en soirée, lorsqu’elles avaient fait ça en après-midi», a dit Mme Ménard.

La même stratégie adoptée le matin n’était pas aussi efficace. En revanche, les gens qui prenaient quelques minutes, en début de journée, pour planifier leur emploi du temps des prochaines heures rapportaient un stress moins important.

«Les gens qui décident le matin ce qu’ils vont faire de la journée ont beaucoup moins de chances d’être stressés sur l’heure du midi, a-t-elle précisé. C’était une constante: avoir l’impression d’avoir le contrôle sur ce qu’ils vont faire, pas se laisser mener par son horaire, mais plutôt mener son horaire.»

De plus, le fait de pouvoir, en soirée, discuter avec quelqu’un, de pouvoir se mettre en relation avec un autre «fonctionnait vraiment pour réduire le niveau de stress et le niveau d’inquiétude par rapport à la pandémie», a dit Mme Ménard.

Les chercheurs ont été surpris de constater que ces stratégies ne fonctionnaient pas pour les célibataires ayant une personne à charge, possiblement parce que ces personnes se sentaient coupables d’avoir délaissé leurs responsabilités pour s’occuper d’elles-mêmes.

Et paradoxalement quand on parle d’élargir nos horizons, le moment est probablement mal choisi pour attaquer tous ces projets pour lesquels vous manquiez de temps auparavant.

«Je comprends le positivisme, mais quand j’entends dire qu’il faut profiter de la pandémie pour faire des projets qu’on n’a jamais eu le temps de faire…, a laissé tomber Mme Ménard. C’est très intéressant et tant mieux s’il y en a qui réussissent à apprendre deux ou trois langues pendant le confinement.

«Mais le problème, justement, est qu’on n’a pas l’état d’esprit pour pouvoir apprendre des choses nouvelles ou développer de nouvelles compétences, parce qu’on est dans un état d’hypervigilance. Toutes nos ressources sont investies à s’adapter. C’est difficile d’être en état d’adaptation et de développer de nouvelles compétences en même temps.»

Hypervigilance

Le stress peut entraîner des problèmes de concentration et d’organisation. De multiples études réalisées au fil du temps ont d’ailleurs démontré que le stress peut interférer avec le fonctionnement efficace du cerveau.

Et si le confinement a été source de stress et d’hypervigilance, le déconfinement le sera aussi, a prévenu Mme Ménard.

«On n’a pas décidé individuellement qu’il y aurait un déconfinement, on a peut-être certaines préoccupations, a-t-elle dit. C’est une nouvelle variable qui est arrivée (…) On nous a dit pendant plusieurs semaines qu’il fallait s’inquiéter de ce virus-là, et de se distancier physiquement des autres, et là, tout à coup, on a plus d’occasions d’être proche de l’autre et ça a été associé à quelque chose de dangereux au départ. Donc c’est un ajustement pour tout le monde.»

Chaque nouveau changement important qui surviendra sera lui aussi source de stress, poursuit-elle. Il sera donc important de trouver des stratégies pour l’affronter, d’autant plus que la majorité des gens ne réalisent peut-être pas ce qu’ils vivent.

«Je dirais que fort probablement, les gens ne sont pas si conscients que ça de leur état d’hypervigilance, mais c’est certain qu’il est présent», a-t-elle conclu.

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