Combien de minutes on peut «fréquenter» un nouveau variant avant qu’il nous infecte ?

TORONTO — Les inquiétudes concernant les variants «plus contagieux» du coronavirus amènent certains à se demander si même un très bref contact pouvait entraîner une infection.

Selon les lignes directrices de Santé Canada sur le dépistage des contacts, une personne a été en «contact étroit» si elle s’est trouvée pendant au moins 15 minutes à moins de deux mètres d’une personne déclarée positive. Mais si cette période de contact aide les responsables du «traçage» à faire leur travail, elle ne doit pas nécessairement guider notre comportement, préviennent des experts en maladies infectieuses. 

C’est qu’il est difficile de déterminer précisément ce qui constitue une période «sécuritaire» pour une rencontre, car des facteurs comme la distance, le port du masque et la ventilation joueront aussi un rôle. Les bureaux régionaux de santé publique qui ont connu des éclosions de nouveaux variants du SRAS-CoV-2 tentent aussi de déterminer si d’autres facteurs ont pu contribuer à une propagation plus rapide du coronavirus.

Alors que les nouveaux variants identifiés pour la première fois au Royaume-Uni, en Afrique du Sud et au Brésil peuvent se transmettre plus facilement que d’autres souches, les experts affirment que de brèves interactions avec une personne infectée —qu’elle ait ou non le nouveau variant — pourraient être risquées dans certaines circonstances. «Une exposition à haut risque est une exposition à haut risque, peu importe le temps d’exposition», rappelle le docteur Zain Chagla, spécialiste des maladies infectieuses à l’Université McMaster de Hamilton. 

D’autres facteurs que le temps d’exposition

Ce seuil de «15 minutes» pour le dépistage des contacts est resté le même tout au long de la pandémie et est conforme à celui de pays comme les États-Unis. Mais il ne s’agit que d’une ligne directrice et certains bureaux de santé publique au Canada ont déjà raffiné leurs procédures afin de refléter une approche plus prudente.

Le docteur Karim Kurji, médecin-hygiéniste en chef de la région de York, en banlieue de Toronto, indique ainsi que bien avant l’apparition des variants, les traceurs de contacts de son bureau utilisaient déjà un seuil de 10 minutes — entre autres facteurs. «Mais nous regardons aussi si l’une des deux personnes, ou les deux, portait le masque, si elles parlaient à voix basse ou à haute voix», précise-t-il. 

Le nombre total de cas de variants dans la région de York a atteint 39 cette semaine, tous de la variété d’abord identifiée en Grande-Bretagne. Le variant a également été détecté en Colombie-Britannique, en Alberta et au Québec. En Ontario, il a aussi été lié à une éclosion dévastatrice dans un foyer de soins de longue durée de la région sanitaire de Simcoe Muskoka; 66 résidents en sont morts.

Le docteur Kurji explique que certaines des personnes de la région de York qui avaient contracté le variant semblaient avoir été «assez prudentes (…) et l’avoir néanmoins attrapé», ce qui pourrait confirmer une transmission possible même si les interactions sont de courte durée, comme une brève course à l’épicerie. 

Selon lui, l’analyse de ces 39 cas suggère que le «R0» — combien de personnes en moyenne seront infectées par une personne contaminée — pourrait être 70 % plus élevé que ce que son unité de santé publique avait constaté avec la souche dominante du SRAS-CoV-2. Il rappelle toutefois que 39 cas représentent un petit échantillon pour tirer des conclusions.

Incubation plus courte ?

La période d’incubation du coronavirus — le temps entre l’infection et l’apparition potentielle des symptômes — a été aussi basse que 18 heures à deux jours chez certaines personnes dans la région de York, a déclaré le docteur Kurji. Cette période est habituellement de cinq à sept jours. «Donc, si ces individus étaient dans la communauté et exposaient les autres (…) on peut imaginer à quel point la croissance pourrait être exponentielle.»

Le docteur Chagla souligne aussi que les personnes infectées par de nouveaux variants peuvent avoir une charge virale plus élevée, ce qui pourrait faciliter la transmission et expliquer pourquoi certains des cas de York peuvent avoir attrapé le virus dans des environnements jugés jusque-là à faible risque.

«Ce sont toujours les mêmes événements qui mènent à la transmission, c’est juste qu’il semble y avoir moins de tampon, selon quelques cas ici et là», a-t-il déclaré. «C’est pourquoi je pense que les bureaux de santé publique ont été surpris.»

Appliquer les mesures connues

Le docteur Sumon Chakrabarti, expert en maladies infectieuses à Mississauga, en Ontario, rappelle tout de même que la transmission a tendance à se produire là où on s’y attend — dans des milieux de travail, ou à la maison. «Je ne pense pas qu’on doive avoir peur d’aller dans une épicerie pendant une courte période, mais ça renforce l’importance du port de masque à l’intérieur et de toutes ces mesures dont nous parlons.»

Et le docteur Chagla rappelle aussi que la prévalence relativement faible des variants au Canada facilitera la détection de leur propagation. Si quelqu’un croit qu’il a été infecté dans un magasin et qu’un autre client est déclaré positif pour le variant, ce lien épidémiologique sera facile à tracer, dit-il — tant qu’on pourra «attraper» les deux cas.

Tous les experts répètent que le respect des mesures sanitaires actuelles constitue toujours le meilleur rempart contre les virus, peu importe leur numéro. Et le chronométrage des «interactions à risque» ne sera pas très utile. «En réalité, cinq minutes dans un ascenseur mal ventilé pourraient entraîner une transmission», a déclaré le docteur Chagla. «Il n’y a donc rien de magique dans le ’15 minutes max’.»

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