Comité sur le racisme systémique: Michèle Audette réclame des actions concrètes

OTTAWA — «Parce que j’ai vu mes tantes, mes cousines être rudoyées par la police, parce que le fait de grandir dans cette ville, dans cette province et dans ce pays en tant que femme issue d’une Première Nation, ça revient à se promener avec une cible dans le dos.»

Il s’agit de l’un des témoignages lus par Michèle Audette, qui a agi comme commissaire sur l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA), lors de son passage devant le comité fédéral de la sécurité publique et nationale, mercredi soir. 

Le comité se penche depuis plusieurs mois sur l’existence du racisme systémique au sein des services policiers au Canada. Mme Audette a noté que le comité se penche sur un phénomène déjà connu et que les solutions, elles, sont déjà connues depuis des décennies.

«Beaucoup de rapports vous ont donné des preuves, beaucoup de commissions d’enquête vous ont donné des preuves. (…) Donc, maintenant, au tour des élus (…) d’honorer les appels à la justice, les appels à l’action et toutes les recommandations qui en découlent. Il y en a au-dessus de 1200 au cours des 40 dernières années», a-t-elle fait valoir dans sa présentation. 

Pendant trois ans, la commissaire a écouté les témoignages des familles des femmes et des filles autochtones disparues ou assassinées. Le rapport final de l’ENFFADA qu’elle a co-signé contenait pas moins de 231 recommandations, dont plusieurs liées à la sécurité publique. 

Mme Audette dit notamment qu’il devrait y avoir un organisme autochtone civil chargé d’enquêter sur les inconduites de la police, et ce, partout au pays. 

«À force d’entendre des témoignages qui perdurent depuis plusieurs décennies, on a l’impression qu’il y a une culture tissée serrée et que les gens se protègent entre eux et elles», a-t-elle déploré. 

«Si on met, dans ce milieu-là, un endroit où je sens que je peux porter plainte, où je peux amener une situation et qu’on va me prendre au sérieux, que je ne serai pas jugée à la suite de discrimination et ainsi de suite», a-t-elle ajouté, donnant en exemple le Bureau des enquêtes indépendantes au Québec. 

Mme Audette souhaite également une amélioration du cursus scolaire afin d’assurer qu’il y ait une formation qui soit «vraie et réelle» au sujet des peuples autochtones. 

«Comment se fait-il qu’en 2020, encore, on nourrit nos leaders d’aujourd’hui et de demain, dans nos écoles primaires et secondaires et universitaires, à une histoire qui n’est pas adéquate? Nos jeunes nous (…) disent: « On veut comprendre. » Alors ça, pour moi, c’est l’outil le plus fort», a-t-elle soutenu. 

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