Comment expliquer les comportements intimidateurs chez les adultes?

MONTRÉAL — L’expulsion de trois candidats de la téléréalité Occupation Double pour des motifs d’intimidation a fait coulé de l’encre dans les médias cette semaine, initiant par le fait même une conversation sociale renouvelée sur cette problématique.

C’est la première fois dans l’histoire de l’émission que plusieurs participants se font montrer la porte pour un tel motif. La décision a semé l’émoi chez son auditoire, qui s’est rapidement rallié derrière les candidats victimes d’intimidation.

Les trois exclus, âgés entre 24 ans et 27 ans, ont fait réagir par leur volonté acharnée d’exclure des membres de leur groupe, un comportement souvent associé à une tranche d’âge plus jeune.

L’intimidation chez les jeunes est une problématique ayant fait l’objet de nombreuses études et de documentation au Québec. Pourtant, son équivalent chez la population adulte reste un enjeu relativement peu abordé dans l’espace public.

Ce genre de comportement peut s’exprimer dans divers contextes, notamment au sein d’une relation amoureuse, dans le milieu de travail ou encore en ligne.

Selon la définition de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), l’intimidation est un type de violence interpersonnelle qui se caractérise par «une inégalité des rapports de force entre l’auteur et la victime», ainsi qu’une répétition des gestes posés délibérément dans le but de nuire ou faire du mal.

Si l’on associe souvent le phénomène de l’intimidation aux jeunes d’âge primaire ou secondaire, c’est d’abord parce qu’il a longtemps été étudié sous cet angle par les groupes de recherche. Selon les données de l’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire datant de 2017, 32 % des élèves de 13 à 17 ans avaient été l’objet d’au moins un geste d’intimidation à l’école ou sur le chemin de l’école. 

Aux yeux de Stéphanie Boutin, professeure au département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal, cette vision de l’intimidation est donc ancrée dans l’imaginaire collectif.

«Les jeunes vont intimider ou harceler surtout pour des questions de positionnement social. Ils veulent être plus populaires, ils veulent être plus cool; c’est vraiment des enjeux de hiérarchie. On se dit qu’à l’âge adulte, on n’a plus nécessairement ces besoins-là», a-t-elle indiqué en entrevue.

Pourtant, les enjeux d’intimidation chez les plus de 18 ans sont bien réels, et proviennent souvent d’une reproduction de modèles appris durant l’enfance et l’adolescence.

«Chez les adultes, on ne va pas voir les formes classiques de taxage ou de violence physique comme on peut voir chez les plus petits, mais l’intimidation de nature relationnelle et sociale est encore bien présente, malheureusement», a-t-elle précisé.

Pour Claire Beaumont, professeure en adaptation scolaire à l’Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche sur la sécurité et la violence en milieu éducatif, cette volonté de rabaisser autrui découle souvent d’un manque émotionnel intrinsèque.

«Il y a des besoins qui sont cachés, et il faut aller voir les besoins qui sont cachés derrière ce comportement-là. On a besoin d’être reconnus, on a besoin de se rehausser, on a besoin d’estime de soi. […] Il y a toujours un besoin non comblé qui va motiver les comportements des humains», a-t-elle expliqué à La Presse Canadienne.

Bien qu’elles soient conscientes de leurs actions, les personnes intimidatrices ne réalisent parfois pas l’impact de leurs gestes en raison d’une banalisation de la violence verbale ou émotionnelle. 

«Les adultes sont conscients des impacts d’un coup de poing, mais les mots n’ont souvent pas de conséquences directes – du moins, à court terme. […] Souvent, c’est comme si on diminuait la violence du caractère d’une intimidation sociale ou relationnelle», a affirmé la professeure de psychologie Stéphanie Boutin.

À ce jour, il n’existe pas de ressources dédiées à cette clientèle précise. Le changement doit plutôt être issu d’une volonté de cheminement personnel, par exemple auprès d’un psychologue, ce qui peut s’avérer délicat pour certains.

«Il va y avoir tout un cheminement à faire pour, d’abord, accepter que ce soit arrivé, et ensuite mettre des mots pour dire ‘‘oui, j’ai fait ça’’. Reconnaître que c’était de l’agression ou de l’intimidation, c’est la première étape, et ce n’est pas une étape facile à franchir», a souligné Mme Boutin.

Afin de mettre en lumière cette problématique, le gouvernement a lancé en février 2021 le Plan d’action concerté pour prévenir et contrer l’intimidation et la cyberintimidation 2020-2025, qui comporte 26 mesures visant à intensifier l’action gouvernementale en matière de lutte contre l’intimidation. Ce plan ne se concentre pas uniquement sur le milieu scolaire et s’adresse ainsi à toute personne, sans égard à l’âge.

«Plus on juge que socialement, c’est inacceptable, plus il va y a voir des gestes concrets qui vont être posés. J’ai l’impression que les prochaines générations ont été beaucoup plus sensibilisées à cette problématique-là, qu’un changement culturel commence à s’inscrire et qu’on commence à voir des résultats», a conclu Mme Boutin.

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Meta et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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