Comment le Canada plaide pour son exclusion des tarifs douaniers

WASHINGTON — Les efforts de persuasion visant à exclure le Canada des tarifs douaniers qui pourraient être prochainement imposés sont discrètement en cours depuis un an et ont inclus la participation du premier ministre Justin Trudeau, de membres importants de l’administration Trump, du Pentagone et du milieu d’affaires.

Cette semaine, le lobbyisme s’est même approché du territoire spatial.

Par une pure coïncidence, le membre du cabinet Trump responsable de ces tarifs et un ministre du gouvernement canadien se trouvaient au Centre spatial Kennedy, jeudi, lorsque Donald Trump a annoncé son projet d’imposer d’importants tarifs douaniers sur les importations d’acier et d’aluminium.

Le ministre fédéral des Transports Marc Garneau, un ex-astronaute, s’y trouvait pour la première fois en 15 ans pour visiter la plateforme de lancement de laquelle il s’est envolé trois fois vers l’espace.

Lorsque la nouvelle voulant que Donald Trump souhaite dépoussiérer une rare arme juridique qui fait craindre une future guerre commerciale mondiale est tombée, M. Garneau a demandé de rencontrer le membre du cabinet américain responsable du processus, le secrétaire au Commerce Wilbur Ross.

En entrevue, vendredi, Marc Garneau a expliqué qu’il lui avait fait part de la position du Canada, soit qu’il n’y avait aucune raison de l’inclure dans cette décision.

M. Garneau a décrit la réponse de M. Ross: «Bien qu’il ne se soit pas engagé, il a dit, pour utiliser ses mots: « Il y aura une occasion de faire valoir votre position. »»

Ces efforts de persuasion se poursuivent depuis un an.

Le gouvernement canadien a commencé à demander d’être exclu lorsqu’il est devenu évident, au début 2017, que les États-Unis songeaient à évoquer l’excuse de la sécurité nationale pour imposer des tarifs, un geste qui a provoqué la colère d’alliés à travers le monde. M. Trudeau a soulevé le sujet à plusieurs reprises avec le président Donald Trump et en a discuté la semaine dernière avec un haut placé de l’armée américaine qui visitait le bureau du premier ministre, sur la colline du Parlement.

Son conseiller Gerald Butts et la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland ont discuté avec des leaders du monde des affaires. Le ministre des Finances Bill Morneau a soulevé la question avec son homologue américain Steve Mnuchin. Plusieurs fonctionnaires en ont aussi parlé à l’ambassadrice américaine Kelly Craft.

De nombreux Américains ont aussi plaidé la cause du Canada.

Il est impossible de dire, toutefois, si ces efforts ont porté fruit. Bien que les détails ne seront pas connus avant la semaine prochaine, Donald Trump a jusqu’ici laissé entendre qu’il comptait aller de l’avant malgré les risques.

«Les guerres commerciales sont une bonne chose et sont faciles à gagner», a-t-il écrit sur Twitter, vendredi, avançant que le déficit commercial des États-Unis signifie qu’ils peuvent se permettre un ralentissement du commerce mondial.

Pourtant, M. Trump fait face à une opposition venant de certains de ses propres alliés: des personnalités militaires passées et actuelles, un comité éditorial généralement favorable au président, un syndicat qui lui est sympathique, des collègues républicains et même des entreprises qui pourraient bénéficier de l’imposition de tarifs. Tous ont imploré Donald Trump de ne pas les imposer au principal fournisseur des États-Unis: le Canada.

Cela inclut la page éditoriale du Wall Street Journal. Alors qu’elle a l’habitude d’appuyer les décisions présidentielles, la section opinion du journal résolument pro-entreprise a publié un éditorial expliquant que les tarifs sur l’aluminium et l’acier nuiraient à l’économie et aux électeurs de Donald Trump.

«Le Canada achète plus d’acier américain que tout autre pays (…) M. Trump punit notre plus grand partenaire commercial au beau milieu de la renégociation de l’ALÉNA, qui se traduira, avance-t-il, par un bien meilleur accord. À la place, il détruit à la machette la crédibilité commerciale des États-Unis», peut-on lire dans le journal.

«Pourquoi le Canada devrait-il croire un mot de ce qu’il dit?»

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