Comment les manifestants birmans s’organisent-ils ?

PÉKIN, Chine — Les manifestations organisées au Myanmar en réaction au coup d’État militaire qui a chassé le gouvernement d’Aung San Suu Kyi du pouvoir ont pris de l’ampleur au cours des derniers jours, en dépit des efforts des dirigeants pour compliquer leur organisation, voire la rendre illégale.

Voici qui sont ceux qui organisent les manifestations et les obstacles qu’ils doivent surmonter.

Est-il permis de manifester ?

Ça a été une zone grise pendant plusieurs jours après le coup d’État du 1er février, qui comprenait aussi une déclaration d’état d’urgence. Mais avec la propagation et l’amplification récentes des manifestations, l’armée a publié lundi des décrets qui interdisent dans les faits les manifestations pacifiques dans les deux plus grandes villes du pays.

Les rassemblements de plus de cinq personnes, ainsi que les cortèges de véhicules, sont interdits. Un couvre-feu a été imposé entre 20 heures  et 4 heures à Rangoun et Mandalay, où des milliers de personnes manifestent depuis samedi.

Ces restrictions font craindre une éventuelle répression violente.

Qui est à la tête des manifestations ?

La croissance des manifestations a essentiellement été organique.

« Ce mouvement n’a pas de leader — les gens descendent dans les rues à leur façon et de leur plein gré », a dit le militant bien en vue Thinzar Shunlei Yi.

Des groupes militants, des associations professionnelles, des syndicats et des individus de partout au Myanmar se sont mobilisés face au coup d’État, tout comme la Ligue nationale pour la démocratie de Mme Suu Kyi.

Peu après le retour du règne militaire direct — que le Myanmar a subi pendant 50 ans, jusqu’en 2012 — une page Facebook intitulée « Mouvement de désobéissance civile » a commencé à lancer des appels aux manifestations pacifiques. La page compte maintenant plus de 230 000 abonnés et des mots-clics qui y sont associés sont largement repris par les utilisateurs de Twitter au Myanmar.

Les travailleurs de la santé ont lancé leur propre campagne de contestation, en portant des rubans rouges, en agitant des pancartes et en incitant leurs collègues à boycotter les installations médicales gérées par le gouvernement.

Les syndicats, les groupes étudiants et les associations professionnelles étaient largement représentés lors des manifestations de la fin de semaine.

Les résidants de Rangoun ont témoigné de leur opposition en tapant ensemble sur des casseroles et des chaudrons tous les soirs.

Quels sont les obstacles ?

Un des principaux défis pour les manifestations est la tentative par l’armée de bloquer les communications.

Les dirigeants ont tout d’abord ciblé Facebook — qui compte plus de 22 millions d’usagers au Myanmar, soit 40 % de la population — mais les internautes ont simplement migré vers d’autres plateformes, comme Twitter.

Les manifestants font circuler en ligne des conseils qui expliquent notamment comment chiffrer les communications et comment manifester en sécurité. Certaines de ces consignes ont été élaborées à Hong Kong.

Pendant la fin de semaine, l’armée a temporairement interrompu l’accès à internet et certains services téléphoniques. Les manifestants se sont rapidement adaptés, certains utilisant par exemple des téléphones enregistrés dans la Thaïlande voisine.

« Même quand internet a été complètement bloqué samedi pendant 24 heures, les gens ont continué à communiquer par téléphone et par textos au Myanmar », a dit Clare Hammond, du groupe Global Witness.

Ceux qui sont privés d’accès au téléphone ou à internet sont informés de vive voix par d’autres militants. Certains se présentent tout simplement là où les manifestations sont traditionnellement organisées.

Les manifestations continueront-elles ?

Même les nouvelles restrictions ne semblent pas décourager les manifestants.

Malgré tout, certains s’inquiètent de voir l’armée préparer le terrain pour une répression violente, comme celles qui ont écrasé les contestations de 1988 et 2007.

Linda Lakhdhir, de Human Right Watch, explique que l’armée pourrait évoquer les décrets militaires ou d’autres lois pour justifier sa répression.

« Elles ont beau être des lois horribles et draconiennes, l’armée prétendra qu’elle ne fait que respecter la loi », a-t-elle dit.

La tension a monté d’un cran mardi, quand les responsables ont utilisé des canons à eau et des balles de caoutchouc contre les manifestants.

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