Comment les Prairies sont-elles devenues l’épicentre de la pandémie ?

Des experts en maladies infectieuses affirment que la croissance exponentielle des cas en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba peut être liée à une certaine lassitude de la population, mais aussi à la réticence des politiciens à imposer des mesures plus strictes.

EDMONTON — Les trois provinces des Prairies constituent maintenant l’épicentre de la deuxième vague de COVID-19 au Canada, dépassant l’Ontario et le Québec, les deux provinces les plus peuplées, qui avaient été les plus durement touchés au début de la pandémie.

Des experts en maladies infectieuses affirment que la croissance exponentielle des cas dans les Prairies peut être liée à une certaine lassitude de la population, mais aussi à la réticence des politiciens à imposer des mesures plus strictes cet automne.

« Dix infections au Manitoba, ce n’est pas du tout comme dix infections à Toronto ou à New York », a rappelé la docteure Kelly MacDonald, professeure de maladies infectieuses à l’Université du Manitoba.

« Il semblait que nos taux d’infections n’étaient pas trop problématiques pendant un bon bout de temps, alors qu’en réalité, ils l’étaient probablement », a estimé la docteure MacDonald, qui croit qu’on n’a pas assez pris en compte le nombre de cas par tranches d’habitants.

Depuis le début de l’automne, la propagation de la COVID-19 a augmenté partout au pays, mais le nombre quotidien de cas dans les Prairies a atteint les chiffres de provinces comptant beaucoup plus d’habitants.

L’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba comptent ensemble près de 6,7 millions d’habitants; en début d’après-midi, jeudi, on y signalait plus de 2300 nouveaux cas au total. L’Ontario, avec une population d’environ 14,5 millions d’habitants (plus du double), recensait 1824 cas; le Québec, avec près de deux millions d’habitants de plus que les trois provinces des Prairies, enregistrait 1470 nouvelles infections.

Lorsque la première vague de la pandémie a fait son entrée au Canada en mars, l’Ontario et le Québec ont été particulièrement touchés par le coronavirus. Mais aujourd’hui, c’est en Alberta que le taux d’infection par habitant est le plus élevé, suivie du Manitoba et de la Saskatchewan.

Mercredi, la ministre de la Santé de l’Ontario a d’ailleurs cité l’« exemple » de l’Alberta. « Vous voulez parler de qui est en crise ? Avez-vous jeté un coup d’œil à l’Alberta, où l’on double le nombre de patients dans les unités de soins intensifs ? Ça n’arrive pas en Ontario », a plaidé Christine Elliot.

Kenney a cédé aux pressions

Un porte-parole de la ministre fédérale de la Santé a indiqué que Patty Hajdu s’était entretenue mercredi soir avec son homologue albertain, Tyler Shandro, et lui avait offert l’aide fédérale. Or, il s’agit là d’un revirement majeur depuis avril, lorsque le premier ministre, Jason Kenney, debout devant un mur d’équipement de protection individuelle, vantait les succès de sa province et annonçait fièrement que l’Alberta envoyait des fournitures au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique.

La semaine dernière, face à la pression croissante des experts en santé publique, M. Kenney a annoncé des restrictions plus sévères. Les rassemblements à l’intérieur sont maintenant interdits et certains élèves reviennent à l’enseignement à distance. Les bars, restaurants et lieux de culte demeurent toutefois ouverts.

Le docteur James Talbot, professeur de santé publique à l’Université de l’Alberta, croit que le gouvernement conservateur hésite à imposer un autre confinement, même si le traçage des contacts est devenu impossible avec l’augmentation des infections.

« Il y a un certain nombre de choses qui interfèrent avec notre capacité à maîtriser la situation », explique le docteur Talbot, un ancien médecin hygiéniste en chef de la province. La lassitude au sein de la population s’accroît avec le retour du temps froid, qui empêche les gens de se rencontrer aussi souvent à l’extérieur, dit-il.

« Par ailleurs, certaines consignes sont incohérentes », selon le professeur Talbot. Il souligne par exemple que les bars et les restaurants sont ouverts alors que les gens ne peuvent même pas recevoir chez eux. « Lorsque les gens pensent que quelque chose est injuste ou n’a pas de sens, ils décident simplement de ne pas suivre les règles. Et tant que vous ne pourrez pas regagner leur confiance, la situation continuera de s’aggraver. »

En Saskatchewan, les sports d’équipe sont maintenant suspendus et les rassemblements à domicile sont limités à cinq personnes.

Le Manitoba a été la première province des Prairies à imposer des mesures de santé plus strictes, il y a deux semaines, alors qu’elle affichait le taux d’infection par habitant le plus élevé au pays. Les commerces ne peuvent pas vendre d’articles non essentiels et les rassemblements à domicile sont interdits. Mais selon la docteure MacDonald, ces restrictions ont été mises en place lorsque les taux augmentaient déjà de façon exponentielle, alors « vous pouvez les stabiliser légèrement, mais pas les faire baisser très rapidement ».

Le docteur Talbot croit, lui, qu’il n’est pas trop tard pour renverser la tendance et sauver autant de vies que possible. Mais il soutient que les restrictions doivent rester en place jusqu’à l’arrivée d’un vaccin, l’année prochaine.

« Si nous contribuons tous et si nous sommes efficaces, le virus nous le fera savoir en infectant moins de personnes dans deux semaines. »

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Il faut savoir aussi que la construction des pipelines et l’exploitation des sables bitumineux a continué et qu’il y a des camps de travail avec des centaines de travailleurs dans une certaine promiscuité. Pendant que le reste du pays était confiné, les travaux continuaient car ils étaient officiellement « essentiels » pour profiter de la pandémie pendant que les opposants étaient confinés à la maison.

Est-ce que cela a contribué au prix élevé de contagion à payer par ces provinces pétrolières ?

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Étant resident de l’Alberta, , j’avoue oui, les travaux sur pipelines et autres activités liées parfois aux industries du pétrole/gaz ont continuées et pourrait être « en partie une cause ». Mais les activités économiques et industrielles ont aussi continué dans d’autres provinces.
La majorité des cas d’éclosion de la Covid-19 ont été. dans les grands centres urbains (Calgary et Edmonton) et pas dans les chantiers de pétrole\gaz.
Ne mélangeons pas la campagne anti-oléoduc avec le fait que le gouvernement UCP (en Alberta), de Jason Kenney n’a pas eu le « couilles » d’agir avec des décisions, qui lui aurait causé un certain coût avec sa base politique – surtout rurale et conservatrice; souvent associé avec les activités dans les secteurs petrolières/gazifères.
A-t-on arreté les travaux dans les chantiers hydroélectriques ou les alumineries du Québec ou les industries d’automobiles en Ontario?
Les maires de Calgary et Edmonton (représentant plus que 60% de la population de l’Alberta) et plus de 500 medecins, entre autres, demandent des restrictions/règles de confinement plus sévères de la part du gouvernement Kenney depuis les débuts/mi-novembre – mais notre Premier Ministre a l’oreille sourde, parlant plus de conséquences économiques et sociales que de prévention. Cela peut expliquer sa chute de popularité dans les sondages en Alberta.

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