Commerce et protectionnisme: des premiers ministres canadiens iront à Washington

WASHINGTON — Une délégation de premiers ministres des provinces sera à Washington en fin de semaine pour renforcer les liens commerciaux transfrontaliers avec leurs homologues des États américains, sur fond de nouvel accord de libre-échange nord-américain.

Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, qui préside cette année le Conseil de la fédération, dirigera cette délégation composée des premiers ministres du Québec, de l’Ontario, de l’Alberta et du Nouveau-Brunswick.

Les premiers ministres provinciaux participeront à la réunion d’hiver de l’Association des gouverneurs des États américains, une rencontre de trois jours qui commence vendredi. Le gouverneur du Maryland, Larry Hogan, qui préside l’association cette année, présentera alors son initiative phare sur le développement des infrastructures. La vice-première ministre canadienne, Chrystia Freeland, sera également présente pour des rencontres avec des responsables américains en marge de la réunion officielle.

La délégation canadienne voudra notamment discuter de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), le «nouvel ALENA» que le président Donald Trump a signé la semaine dernière et qui doit encore être ratifié à la Chambre des communes. Mais les délégués canadiens voudront aussi mettre en garde leurs homologues américains contre le retour, cyclique, du protectionnisme aux États-Unis. Cette barrière commerciale prend la forme du «Buy American», ressuscité pour la dernière fois par Barack Obama en 2009 dans un plan de relance conçu pour aider le pays à sortir de la récession.

«Nous travaillons avec le gouvernement fédéral pour faire en sorte que le Canada soit exempté des dispositions d’achat américain au niveau fédéral», déclarait la semaine dernière à Toronto le premier ministre ontarien, Doug Ford, à un auditoire de chefs d’entreprise.

Bloomberg News rapportait mardi que la Maison-Blanche songeait à se retirer d’un accord d’approvisionnement public de 1700 milliards $ conclu avec les membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), y compris le Canada. Cet Accord sur les marchés publics prévoit, comme l’ancien ALENA, que les entreprises canadiennes ont accès aux marchés publics des autres partenaires. Or, ces dispositions ont été exclues de l’ACEUM.

Devenir indispensables

Les dispositions protectionnistes inspirées par le «Buy American» ont toujours été un problème pour les entreprises canadiennes, même dans le cadre de l’accord de l’OMC, rappelle Dan Ujczo, avocat en commerce international chez Dickinson Wright à Columbus, en Ohio. Dans d’autres cas, comme les contrats de défense, il existe des accords distincts qui demeurent intacts, a-t-il ajouté.

«La clé, c’est d’avoir des entreprises américaines qui dépendent des produits canadiens dans leurs chaînes d’approvisionnement, croit-il. Nous l’avons fait pendant la relance d’Obama, ce n’est pas nouveau.»

Mark Agnew, directeur des affaires internationales à la Chambre de commerce du Canada, soutient qu’un retrait américain de l’accord de l’OMC serait «problématique», puisque les marchés publics sont déjà exclus de l’ACEUM. On ne sait pas si le président Trump est sérieux, mais «étant donné qu’il a déjà donné suite à certaines menaces, notre point de vue est de ne pas rejeter d’emblée ce scénario».

Au-delà des nouveaux accords commerciaux, le sentiment protectionniste continue de croître, a reconnu le premier ministre Moe mercredi. Il est donc essentiel de poursuivre le dialogue avec des partenaires commerciaux clés sur des questions qui sont couvertes par l’ACEUM et d’autres qui en sont exclues, comme l’éternel différend sur le bois d’oeuvre.

Pour s’assurer que l’ACEUM soit ratifié aux Communes, le premier ministre Justin Trudeau a par ailleurs demandé jeudi matin aux maires des plus grandes villes du pays, réunis à Ottawa, de faire pression sur les députés conservateurs. Le maire d’Edmonton, Don Iveson, qui préside le Caucus des maires des grandes villes, a assuré le premier ministre que son organisation était «solidement» derrière lui. «Les maires ont travaillé trop fort avec votre gouvernement pour qu’il y ait des retards ou des absurdités partisanes en ce qui concerne l’adoption rapide» de l’ACEUM, a-t-il déclaré.

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