Commission Charbonneau: Sylvie Roy à l’origine de l’effet «boule de neige»

MONTRÉAL – Aux yeux de deux ex-témoins-vedettes de la Commission Charbonneau, la députée Sylvie Roy aura été le catalyseur de la volonté politique ayant mené au déclenchement d’une enquête publique sur les malversations dans l’industrie de la construction.

Mais malheureusement, selon le syndicaliste Ken Pereira et l’ex-entrepreneur Lino Zambito, Mme Roy, décédée dimanche à l’âge de 51 ans, n’a pas reçu tout le crédit qu’elle méritait.

Au cours d’entretiens avec La Presse canadienne, lundi, ceux-ci ont souligné le travail «colossal» de la députée de la circonscription d’Arthabaska — dans le Centre-du-Québec — à une époque où de nombreux élus doutaient de la pertinence d’une enquête publique sur la construction.

«Bien avant Jacques Duchesneau (élu sous la bannière caquiste en 2012), il y avait une femme qui criait haut et fort à tous les jours et qui a fait avancer le dossier et c’est Sylvie Roy», a rappelé M. Pereira.

«Du moment que M. Duchesneau est arrivé, on peut dire que la voix de Mme Roy a été éteinte», a-t-il ajouté.

Non seulement Mme Roy demandait depuis 2009 — avant que l’Action démocratique du Québec (ADQ) soit absorbée par la Coalition avenir Québec (CAQ) — une enquête publique sur l’industrie de la construction, mais elle maîtrisait très bien son dossier, a ajouté le syndicaliste, qui a entre autres dénoncé les comptes de dépenses de l’ancien directeur général de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis.

Pour ces raisons, c’est Mme Roy qui a été à l’origine de l’effet «boule de neige» à l’Assemblée nationale à l’égard de ce dossier, a insisté pour sa part M. Zambito.

«Sans la commission, l’industrie ne serait pas où elle est aujourd’hui, a-t-il dit. Je pense que son travail a été colossal par rapport à tout ça. Les retombées de la commission ont profondément changé l’industrie.»

À force de taper quotidiennement sur le même clou, ce sont tous les partis d’opposition qui ont fini par réclamer une enquête publique avant de faire plier le gouvernement libéral de l’époque dirigé par Jean Charest, a ajouté M. Zambito.

Pour les dénonciateurs qui se manifestaient sur la place publique à travers les médias, M. Zambito a estimé que le travail accompli par Mme Roy à l’Assemblée nationale leur a permis de voir la «lumière au bout du tunnel».

Même l’ancien vérificateur général du Québec Renaud Lachance — également l’un des commissaires de la Commission Charbonneau — s’est permis de saluer la contribution de la députée.

«Elle était une députée prenant à coeur son rôle de parlementaire, a-t-il indiqué dans une déclaration transmise par courriel. Elle a fait de la question d’intégrité et de saine gestion des fonds publics parmi ses grandes valeurs et pour cela, moi à titre d’ancien vérificateur général et à titre de citoyen du Québec, je la remercie profondément.»

M. Lachance n’a pas voulu accorder d’entrevue. Du côté de la Commission de la construction du Québec, la présidente-directrice générale, Diane Lemieux, n’était pas disponible pour réagir.

Même la FTQ-Construction, qui a été parfois écorchée par Mme Roy avant de finalement se ranger derrière ses revendications, a vanté la persévérance de cette dernière.

«Nous n’avons pas toujours été en accord avec les positions de Mme Roy, a convenu le directeur général du syndicat, Yves Ouellet. Mais quelqu’un qui ne pose pas de questions, ça ne fait pas avancer les choses.»