Peter Sloly est accusé de vouloir faire porter le blâme à ses adjoints

OTTAWA — Lors d’un témoignage dramatique lundi, l’ancien chef de la police d’Ottawa, Peter Sloly, a appelé son ancien patron Bill Blair, qui est maintenant ministre fédéral, au sujet de ses affirmations selon lesquelles la police locale n’a pas suivi la procédure appropriée pour obtenir l’aide dont elle avait besoin pendant le «convoi de la liberté». 

Un résumé de l’entrevue du ministre de la Protection civile Bill Blair avec des avocats de la Commission d’urgence sur l’ordre public a été lu à haute voix lors d’une audience de l’enquête publique sur l’utilisation de la Loi sur les mesures d’urgence par le gouvernement fédéral, lundi. 

Alors que le maire d’Ottawa, Jim Watson, avait écrit directement aux gouvernements de l’Ontario et du Canada pour demander plus d’agents de police pendant les manifestations qui ont duré plusieurs semaines, Bill Blair a suggéré que cela n’était pas conforme au protocole. 

Le document indique que, selon M. Blair, le Service de police d’Ottawa et le conseil municipal étaient censés s’adresser à la Police provinciale de l’Ontario pour demander plus d’agents avant de s’adresser à la GRC, conformément aux règles énoncées dans la Loi sur les services policiers de la province. 

Mais dans son témoignage à l’enquête, M. Sloly a déclaré que le ministre Blair n’avait jamais respecté cette règle lorsque M. Blair dirigeait la police de Toronto. «C’est un peu déroutant parce que pendant tout mon temps au service de police de Toronto lorsque (M. Blair) était le chef, cela n’a jamais été le cas», a soutenu M. Sloly, lundi. 

Peter Sloly a été l’adjoint de M. Blair au service de police de Toronto de 2009 à 2015 avant de devenir chef policier d’Ottawa en 2019. M. Sloly a démissionné de son poste de chef de la police d’Ottawa au plus fort des manifestations du «convoi de la liberté», alors que fusaient les critiques sur la gestion policière des manifestants qui ont paralysé la capitale pendant trois semaines. Il a démissionné le 15 février, au lendemain de la décision du premier ministre Justin Trudeau d’invoquer la Loi sur les mesures d’urgence. 

Peter Sloly a déclaré que, sur la base de son expérience pratique acquise au cours de plusieurs décennies de travail policier, il se rendrait toujours auprès de la juridiction policière la plus proche susceptible d’offrir son aide. 

Le résumé de l’entrevue de M. Blair suggère également que la GRC et la police de l’Ontario étaient réticentes à envoyer plus d’agents sans un «plan approprié» en place. Mais M. Sloly a affirmé que le ministre n’avait jamais soulevé cette préoccupation avec lui lors des multiples réunions qu’ils avaient eues à l’époque. 

Le ministre Blair devrait comparaître comme témoin devant l’enquête dans quelques semaines. 

Bouc émissaire 

La situation à Ottawa pendant la manifestation ressemblait à une boîte prête à exploser, a expliqué M. Sloly au cours de deux jours de témoignage devant la commission. 

Les rues étaient bloquées par les manifestants, ce qui a créé une expérience traumatisante pour les résidents locaux, a-t-il dit. La police d’Ottawa a eu du mal à suivre le nombre considérable d’enquêtes en cours pendant ce qui a dû ressembler à une période non contrôlée par la loi pour les résidents et les entreprises, a-t-il ajouté. 

«C’est l’une des raisons pour lesquelles, dans nos demandes, nous avons demandé des enquêteurs supplémentaires, des analystes de la criminalité. Nous ne pouvions tout simplement pas suivre le volume de demandes, nous avions besoin de répartiteurs supplémentaires», a expliqué M. Sloly. 

«La capacité de recevoir des plaintes et d’en assurer le suivi a été considérablement réduite pendant mon mandat et je pense que cela a duré des semaines, voire des mois, après la fin de tous ces événements.» 

Un avocat qui représente la police d’Ottawa a suggéré lundi que plusieurs jours après le début des manifestations dans la capitale fédérale, l’hiver dernier, l’ancien chef Peter Sloly craignait de perdre son emploi et cherchait un bouc émissaire. 

M. Sloly a catégoriquement nié la suggestion de Me David Migicovsky, qui contre-interrogeait le chef démissionnaire lundi matin à la commission d’enquête publique sur l’état d’urgence. 

La commission d’enquête publique, présidée par le juge Paul Rouleau, se penche sur le recours par le gouvernement fédéral à cette loi d’exception, jamais utilisée jusque-là. 

La Loi sur les mesures d’urgence, adoptée en 1988, peut être utilisée lorsqu’une situation urgente, critique et temporaire menace la vie, la santé ou la sécurité des Canadiens, si l’on pense que les provinces n’ont pas la capacité ou l’autorité de réagir et que la crise ne peut être gérée efficacement avec les lois existantes. 

M. Sloly avait amorcé vendredi son témoignage devant la commission Rouleau. Dans un autre échange lors de l’audience de lundi matin, Me Migicovsky a soutenu que M. Sloly cherchait à blâmer Steve Bell, qui était alors son chef adjoint, pour avoir échoué à élaborer un plan afin de se préparer aux manifestations. 

L’avocat du Service de police d’Ottawa a cité des notes d’une autre adjointe au chef Sloly, Patricia Ferguson, qui portait une accusation similaire. Dans des notes datées du 14 février, la cheffe Ferguson soutient que M. Sloly tentait de dénicher des courriels pour démontrer que ses adjoints l’avaient «volontairement exclu de la cueillette d’informations» sur la manifestation qui se préparait. 

Ces notes ont été déposées en preuve à la commission d’enquête. M. Sloly a répondu lundi que cette accusation était «absolument inexacte» et qu’il en était outré. 

Une nomination à son insu 

L’ancien chef a par ailleurs confirmé lundi qu’il avait joué un rôle plus direct dans la réponse de la police au «convoi de la liberté» parce qu’il avait commencé à douter un peu de ses chefs adjoints. 

M. Sloly a expliqué qu’il s’était inquiété lorsque ses adjoints ont nommé un nouveau commandant des opérations sans l’en informer, mais il assure qu’il n’a jamais complètement perdu confiance en eux. L’officier nommé à son insu à ce poste, a-t-il dit, faisait toujours l’objet d’une enquête pour la façon dont il avait dirigé les opérations après qu’une fête de rue, en 2021, soit devenue incontrôlable à la suite d’un match de football de l’Université d’Ottawa. 

Plusieurs témoins ont reproché jusqu’ici à M. Sloly d’avoir semé la confusion et le dysfonctionnement au sein de la police d’Ottawa pendant la manifestation, en ne respectant pas la chaîne de commandement. 

Il répond aujourd’hui que toutes ces accusations sont venues de seconde main. «Absolument tout ce qui a été affirmé venait d’une rumeur ou de quelque chose qui avait fait le tour du poste. C’est tout que j’ai entendu jusqu’ici», a-t-il déclaré à la commission. 

L’enquête a jusqu’à présent mis en lumière des conflits et de la confusion au sein des services de police et à tous les ordres de gouvernements après l’arrivée du «convoi de la liberté» dans la capitale fédérale fin janvier.

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