Commission sur la DPJ: une réflexion sur le poids des liens du sang aura lieu

MONTRÉAL — Laisser un enfant avec ses parents biologiques à tout prix ou le placer en famille d’accueil? Cette question de société sur l’importance des «liens du sang» fera partie des réflexions de la Commission spéciale sur la protection de la jeunesse, qui entre dans sa phase d’analyse après avoir terminé ses audiences publiques jeudi.

En conférence de presse vendredi matin, la présidente de la commission, Régine Laurent, a livré des constats tirés des expériences partagées par tous ceux qui ont témoigné devant elle au cours des derniers mois.

Parmi ces premiers constats, elle retient notamment celui-ci: il y a une réflexion à avoir sur le poids à donner aux liens du sang par rapport au critère de l’intérêt de l’enfant, qui doit soutenir toutes les décisions prises pour lui, a rapporté Mme Laurent, en soulignant que la commission n’a pas pris de position à ce sujet.

Il y a une vaste analyse à faire, a-t-elle dit.

Car des jeunes de la DPJ, tout comme des chercheurs, ont témoigné que le va-et-vient incessant — les essais et erreurs et retours en famille d’accueil quand la famille d’origine ne réussit pas à prendre soin de ses petits — peut être néfaste pour leur développement et leur besoin de stabilité.

Certains experts ont dit qu’il fallait mettre l’accent sur ce qui est réellement dans l’intérêt de l’enfant, pour qu’il soit dans un milieu bienveillant où il pourra s’attacher.

L’élément déclencheur de cette commission spéciale a été la mort d’une fillette de Granby, retrouvée dans un état lamentable en avril 2019 et décédée peu après, même si elle avait fait l’objet de signalements auprès de la DPJ et de suivis depuis des années.

«Il y a malheureusement eu plus de ces drames au Québec depuis la mort de Tililly», le nom créole donné par Mme Laurent à la petite fille de Granby.

Les audiences avaient débuté en octobre et se sont terminées jeudi, en mode virtuel.

Des citoyens, des experts et des groupes ont déposé au total 225 mémoires. Mais des témoignages ont aussi été envoyés par courriel et via une ligne téléphonique.

Reste à trouver les meilleurs filons de solutions.

Mme Laurent a tenu à remercier les professionnels qui ont eu le courage de témoigner «malgré la pression de certains milieux de travail». Certains avaient rapporté ne pas être libres de parler.

D’autres constats

Mme Laurent estime que la DPJ devrait être l’unité des «soins intensifs» du système de protection de l’enfance, et non une porte d’entrée pour obtenir des services qu’ils n’obtiennent pas autrement, ce qu’elle est devenue au fil du temps.

«C’est un non-sens», a lancé la présidente vendredi.

Il doit s’agir d’un «moyen ultime», insiste-t-elle. Les enfants pris en charge par l’État devraient être l’exception, une minorité.

«C’est clair qu’il faut agir en amont, dit-elle, on va travailler dans le sens de la prévention.»

Et pour cela, il faut penser au financement des organismes communautaires, qui sont en première ligne, dit-elle. Leur financement a été effrité au cours des années.

Avec des services adéquats offerts aux jeunes, il devrait y en avoir de moins en moins qui auront besoin d’être pris en charge par la DPJ.

La présidente et son équipe passent maintenant en mode réflexion et analyse de tout ce qui leur a été soumis.

Mme Laurent a rapporté vendredi que ce qui l’a le plus choquée et ébranlée tout au long des mois d’audiences est la détresse et la souffrance.

Celles des jeunes et des enfants dans le système de la protection de la jeunesse et celles aussi des intervenantes et travailleurs sociaux.

Les jeunes qui sont passés par la DPJ lui ont parlé d’instabilité, de problèmes d’attachement, de la difficulté d’être bousculés d’une famille d’accueil à l’autre.

Quant aux intervenants, ils ont exprimé le désir de bien faire leur travail, mais ont dit en être incapables, vu la cadence et le nombre de jeunes dont ils doivent s’occuper.

Mme Laurent croit qu’elle aura l’écoute du gouvernement Legault et que l’argent sera au rendez-vous pour apporter les changements nécessaires.

«Ma voix forte va demeurer», a-t-elle assuré, soulignant qu’elle voit mal comment le gouvernement pourra laisser de côté les familles et les enfants les plus vulnérables.

Elle se dit encouragée par le dépôt, en décembre dernier, d’un rapport préliminaire contenant des recommandations. «Les indications qu’on a eues, c’est que le gouvernement en tient compte», a-t-elle affirmé vendredi.

Un rapport final doit être remis au gouvernement le 30 novembre.