Comparé à Pol Pot: St-Pierre Plamondon part en croisade contre le salissage

QUÉBEC — Comparé au dictateur cambodgien Pol Pot, le chef du Parti québécois (PQ), Paul Saint-Pierre Plamondon, part en croisade contre ce qu’il considère être une campagne systématique de salissage du camp fédéraliste envers les souverainistes québécois.

«Je ne vivrai pas là-dedans. Je suis prêt à mettre toutes les énergies» pour combattre les manoeuvres d’intimidation de certains fédéralistes, a assuré le chef péquiste, lundi, en entrevue à La Presse Canadienne, outré d’avoir été comparé à un dictateur sanguinaire, le week-end dernier, sur Twitter. 

Partisan de la «tolérance zéro pour l’intimidation», il exige des excuses publiques pour les insultes reçues, mais il n’ira pas jusqu’à réclamer des congédiements ou intenter des poursuites en diffamation, a-t-il précisé en entrevue téléphonique. 

Durant le week-end, sur Twitter, un expert rattaché à l’Université Concordia, Kyle Matthews, a jugé bon de rebaptiser le chef péquiste «Pol Pot Plamondon». M. Matthews dirige un institut d’études sur les droits de la personne et les génocides rattaché à l’Université Concordia, à Montréal.

«Me comparer à Pol Pot, l’un des pires génocidaires, c’est inacceptable. Je répondrai à tous ceux qui appellent à la haine des indépendantistes», a écrit M. Saint-Pierre Plamondon, sur son fil Twitter.

«Je sers une cause qui est noble», a-t-il renchéri, en entrevue, bien déterminé à mettre fin au «bullying» de fédéralistes qui entretiennent «une longue tradition de salissage du Parti québécois et des indépendantistes».

Le nouveau chef du PQ dénonce ce qu’il qualifie d’«acceptabilité sociale» et de «tolérance» au Canada anglais envers le discours de haine et de «dévalorisation» des Québécois souverainistes.

Informé de la controverse, M. Matthews a finalement décidé de retirer son gazouillis, de présenter ses excuses, en qualifiant son commentaire de «sarcastique». Il a dit regretter son «choix de mots». Le chef péquiste accepte les excuses de M. Matthews et ne réclame pas de sanction à son égard. 

En fin de journée lundi, le chef péquiste devait s’entretenir avec le recteur de l’Université Concordia pour faire valoir son point de vue sur l’importance «de prévenir l’intimidation», en tant qu’institution.

À la tête des Khmers rouges, durant la guerre civile au Cambodge, Pol Pot aurait fait entre 1,5 million et 2 millions de victimes, dans les années 70.

Le chef péquiste réfute les arguments de ceux qui se réclament de la liberté académique ou encore de la liberté d’expression pour justifier l’écart de langage de M. Matthews.

«Il faut distinguer la liberté d’expression de la diffamation», affirme-t-il. 

«Certains milieux universitaires sont très homogènes sur le plan idéologique. Il y a de moins en moins de diversité idéologique. Et ceux qui essaient d’incarner une diversité idéologique, ils sont rapidement démonisés», déplore-t-il. 

Ce n’est pas la première fois qu’un leader souverainiste québécois est comparé à un dictateur sanguinaire.

Le père de la loi 101, Camille Laurin, avait été caricaturé en nazi, et René Lévesque comparé à Hitler. L’ex-ministre péquiste Louise Beaudoin avait été caricaturée en officier des SS. Quelques années plus tard, Jacques Parizeau et Lucien Bouchard se sont retrouvés devant les tribunaux, et avaient gagné leur cause en diffamation, outrés d’avoir été comparés eux aussi au leader nazi Adolf Hitler.

L’affaire avait débuté en 1993, quand un citoyen montréalais, Richard Lafferty, avait comparé les deux leaders souverainistes à Hitler dans un bulletin mensuel expédié à ses abonnés. L’histoire s’était rendue jusqu’en Cour suprême et s’est conclue par une entente à l’amiable. Un tribunal inférieur avait accordé 200 000 $ de dommages aux deux politiciens devenus entre temps premiers ministres.

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