Composer de la musique pour des jeux vidéo n’est pas une mince affaire

MONTRÉAL — Une relation née de la préparation d’un cours universitaire s’est transformée en succès d’affaires pour deux professeurs québécois. Mathieu Lavoie et François-Xavier Dupas ont fondé un studio de composition sonore et musicale de jeux vidéo qui, mentionnent-ils, a signé en moins de 10 ans plus d’une centaine de projets au Québec et à l’étranger.

Derrière la musique des jeux comme «Dungeons and Dragons: Dark Alliance», «Star Trek Fleet Command» ou «Ultimate Chicken Horse», se trouve le travail de Vibe Avenue, qui a pignon sur rue à Montréal, dans l’arrondissement de Verdun.

Avant de propulser leur propre boîte en janvier 2013, MM. Lavoie et Dupas ont collaboré pour lancer un premier cours de création sonore de jeux vidéo à l’Université de Montréal (UdeM).

Connu pour avoir cofondé le studio de jeux vidéo Beenox à Québec, où il composait la musique et les sons, Mathieu Lavoie avait été appelé à remplacer celui qui devait initialement donner le cours.

Afin d’avoir des exemples à montrer à ses étudiants, il a demandé à François-Xavier Dupas – récemment arrivé de la France pour suivre une maîtrise en musique de film —s’il voulait être payé à jouer à des jeux vidéo pour dénicher des extraits. Une offre que ce dernier a acceptée sans trop d’hésitation.

«You Tube n’était pas garni d’exemples de jeux comme il est aujourd’hui. Alors, ça prenait quelqu’un pour capturer des jeux vidéo», explique M. Lavoie, aujourd’hui professeur au département de musique de l’UQAM.

Dans le cadre du cours, les deux chercheurs ont également invité de nombreux professionnels de l’industrie du jeu vidéo, leur permettant de se bâtir rapidement un réseau de contacts dans le milieu.

«Un point tel qu’on est devenus très experts nous-mêmes. Peut-être que notre curiosité intellectuelle ou notre côté académique nous a encouragés à pousser la machine un peu plus loin. On est devenu très fort en musique interactive et en intégration», relate M. Lavoie.

C’est François-Xavier Dupas qui a donné l’impulsion pour créer l’entreprise et mettre à profit leurs connaissances hors du contexte académique.

«Je trouvais qu’on avait des aptitudes complémentaires, qu’on avait beaucoup de forces en tant qu’équipe», fait valoir M. Dupas, professeur de musique à l’UdeM.

«Vibe, on l’a créé pour pouvoir travailler sur des projets qui nous passionnent», ajoute M. Lavoie.

Cette combinaison s’est avérée payante. L’équipe compte désormais une quinzaine d’employés, en plus de collaborateurs réguliers. Elle s’est installée progressivement en 2021 dans un nouveau studio conçu spécialement pour la production audio et musicale.

Le lieu est bondé d’innombrables instruments, dont certains plus exotiques, favorisant l’inspiration et la créativité, soutiennent les deux compositeurs.

Selon l’esthétisme musical recherché, chaque note peut provenir d’une performance enregistrée en studio, alors que d’autres fois, des instruments virtuels ou électroniques sont privilégiés.

La musique dans un jeu vidéo peut avoir un rôle narratif, d’accompagnement ou de complément pour exprimer un non-dit. Dans tous les cas, son intégration demeure importante.

«Ça doit être organique. Ça doit vraiment épouser les mécaniques du jeu, mettre en valeur les actions du joueur en temps réel», indique M. Dupas, qui a travaillé comme pianiste et harmoniciste.

Les compositeurs entrent d’ailleurs souvent tout au début du processus de création d’un jeu. Un seul projet peut prendre en moyenne jusqu’à deux ou trois ans, contrairement à la production de musique de film qui est une question de semaines.

«Dans bien des cas, on nous contacte en nous disant voici l’idée qu’on pense avoir de notre jeu et ils nous posent la question: ‘qu’est-ce qu’on a de besoin’», mentionne Mathieu Lavoie.

Un échange d’idées et d’inspiration mutuelle s’installe entre les studios de jeux vidéo et Vibe Avenue qui peut faire également l’enregistrement de voix. Le milieu universitaire dans lequel les deux entrepreneurs évoluent représente aussi un vecteur de créativité et un bassin de jeunes talents.

Plusieurs de leurs employés sont des diplômés de programmes de musique de l’UQAM ou de l’UdeM, qui offrent chacun un cours en musique de jeux vidéo.

«Enseigner à l’université, c’est une source d’inspiration. C’est aussi une manière de rester connecté avec beaucoup de nouveautés du côté scientifique et de la recherche. Ce n’est pas une béquille qui nous enlève du temps», fait valoir M. Lavoie.

Rayonnement naturel

La plume sonore et musicale de Vibe Avenue résonne à l’international alors que la compagnie reçoit des offres de manière spontanée, notamment de la Chine, des États-Unis, de l’Irlande, l’Espagne et l’Allemagne

«On a reçu un courriel de Turquie disant: ‘on a entendu votre travail sur tel jeu, aimeriez-vous travailler sur le nôtre’? (…) Je pense que c’est un peu une conséquence du rayonnement naturel de tous les projets qu’on a fait, de plus en plus il y a des contrats comme ça qui arrivent», témoigne M. Dupas.

Les deux co-fondateurs espèrent poursuivre cette expansion à l’étranger, tout en ayant une croissance saine. Le domaine des jeux vidéo offre de multiples opportunités, affirment-ils.

D’autres secteurs, comme le cinéma, la publicité et la télévision où Vibe Avenue a décroché des contrats, ouvrent également la porte à d’autres possibilités intéressantes.

MM. Lavoie et Dupas observent que de plus en plus un seul projet peut se décliner en différents médiums. Ils y voient un potentiel pour Vibe Avenue qui a les connaissances et les outils pour créer un son cohérent entre chacune des plateformes.

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Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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