Conçus et nés en pleine pandémie: comment la COVID-19 a transformé la grossesse

Les bébés venus au monde ce mois-ci ont été conçus en pleine pandémie de COVID-19.

C’est le cas du nouveau-né de Michelle Farrugia, qui a vécu toute sa grossesse à l’ère du nouveau coronavirus. 

La jeune femme était en vacances en République dominicaine avec son mari lorsque la crise sanitaire a frappé en mars. Le couple est rentré de toute vitesse à Bowmanville, en Ontario, au moment où le nombre d’infections commençait à grimper à travers le monde. 

Peu de temps après, au milieu de l’agitation et du stress des premiers jours de la pandémie, Michelle Farrugia a découvert qu’elle était enceinte de leur premier enfant. «Nous étions tellement excités, puis la réalité nous a rattrapés: »Oh mon dieu! Je vais être enceinte pendant une pandémie »», se souvient-elle. 

«Nous ne pensions absolument pas que nous serions encore là-dedans neuf mois plus tard.»  

Son mari et elle ont accueilli le petit Nolan James Weldon le 3 décembre, environ une semaine plus tôt que prévu. 

Ce ne sont pas toutes les grossesses qui ont eu la chance comme la sienne d’être épargnées par la COVID-19. Le Canada a recensé plus de 2000 infections chez des personnes enceintes depuis le mois de mars.

Les résultats préliminaires d’une enquête nationale montrent que les personnes atteintes pendant la grossesse couraient un risque accru d’hospitalisation (11% des cas étudiés du 1er mars au 30 septembre) et d’admission aux soins intensifs (2,3%) par rapport aux autres femmes dans les mêmes tranches d’âges. L’enquête a également révélé que 15% des bébés de femmes ayant contracté la COVID-19 au Canada étaient nés prématurément, soit environ le double de la moyenne nationale.

Les complications graves sont rares, souligne la Dre Deborah Money, qui dirige le projet de recherche. La plupart des personnes enceintes qui contractent la COVID-19 souffrent de symptômes légers, puis s’en remettent bien, rapporte la professeure d’obstétrique et de gynécologie à l’Université de la Colombie-Britannique.

Une partie des hospitalisations pourrait s’expliquer par la prudence, avance-t-elle, les personnes enceintes étant plus susceptibles d’être admises à l’hôpital lorsque quelque chose ne va pas.

Il n’est pas non plus surprenant de voir chez elles des formes plus graves de la maladie, car d’autres virus respiratoires se comportent également ainsi. «On croit que c’est probablement une combinaison des changements dans la réponse immunitaire et des changements physiologiques liés à la grossesse, explique la Dre Money. Et plus tard pendant la grossesse, il y a une capacité pulmonaire quelque peu limitée quand l’utérus fait pression là-haut.»

Il est également rare qu’un bébé contracte la COVID-19, que ce soit dans l’utérus ou peu de temps après la naissance, bien que ce ne soit pas du jamais-vu. Un nouveau-né a été déclaré positif en novembre à Calgary, et il a passé deux semaines en convalescence à l’hôpital.

Michelle Farrugia n’a heureusement pas eu à s’inquiéter de tout cela, mais le contexte pandémique a tout de même eu un impact sur sa grossesse.

Les rendez-vous médicaux pouvaient rarement se dérouler en personne au début de la crise, à moins qu’un risque plus élevé de complications ait été démontré. Et lorsque des rendez-vous avec présence physique étaient nécessaires, ceux-ci avaient lieu avec les visages couverts et de manière distancée. Certaines juridictions demandaient aux patients de se limiter à un accompagnateur, tandis que d’autres les priaient de se présenter seuls.

Michelle Farrugia a eu un rendez-vous de télésanté avec son médecin généraliste après avoir passé un test de grossesse à domicile le 1er avril, mais elle n’a pas rencontré de professionnel de la santé avant sa première échographie, à 12 semaines. Ne pas savoir comment se portait initialement son bébé était anxiogène pour elle.

«On apprend qu’on est enceinte, mais on ne peut pas être examinée sur le coup pour voir s’il y a un battement de coeur ou quoi que ce soit, se remémore-t-elle. Alors on essaie juste de prendre soin de son corps en espérant que tout aille bien.»

Son mari était avec elle au moment de l’accouchement, mais aucun visiteur n’était autorisé à l’hôpital. Avec la naissance de leur garçon si proche de Noël, Michelle Farrugia se dit déçue de ne pas pouvoir souligner le premier temps des Fêtes de son fils aux côtés de sa famille.

Cristina Pereira, de Brampton, en Ontario, a vécu une expérience similaire. Son deuxième enfant est né dimanche par césarienne planifiée. Elle n’a pas pu célébrer la naissance de la petite Claudia avec les siens comme elle l’avait fait pour son fils Samuel, il y a trois ans.

Inquiète pour la santé de sa famille et privée de vie sociale, elle confie qu’il a été éprouvant de vivre son troisième trimestre dans une zone chaude — un quartier de Brampton a enregistré un taux de positivité de près de 20% le mois dernier. 

Cristina Pereira dit avoir traversé sa deuxième grossesse dans l’isolement, et elle se demande maintenant ce que lui réserve son congé de maternité, en plein reconfinement. «Je ne peux pas me joindre à des groupes de mamans ou des activités parascolaires pour mes enfants et mon propre bien-être.»

La Dre Vanessa Poliquin, obstétricienne-gynécologue et professeure adjointe à l’Université du Manitoba, affirme que l’isolement social soulève des préoccupations en matière de santé mentale prénatale et postnatale. Elle rappelle à ses patients de prendre soin d’eux et les exhorte à utiliser autant que possible les plateformes virtuelles pour interagir avec leur réseau de soutien.

En ce qui concerne les traitements ou les vaccins contre la COVID-19, les personnes enceintes ont été en bonne partie tenues à l’écart des essais cliniques, ce qui complique la tâche des organisations de santé pour déchiffrer les données par rapport à ce groupe de la population.

La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) a récemment publié une déclaration selon laquelle «le risque connu de ne pas recevoir le vaccin contre la COVID-19 l’emporte sur le risque théorique non étudié de se faire vacciner pendant la grossesse ou l’allaitement» pour les personnes qui présentent un risque élevé d’infection ou de morbidité. Ces recommandations pourraient toutefois être appelées à évoluer «à mesure que d’autres données probantes deviennent disponibles».

Comme le relève la Dre Poliquin, «la grossesse et le fait d’être un nouveau parent pour un petit humain sont sources de stress dans les meilleures conditions, mais c’est exacerbé maintenant».

Laisser un commentaire