Confinement: honnêteté et transparence sont essentielles de la part des dirigeants

MONTRÉAL — Les responsables doivent absolument faire preuve d’honnêteté et de transparence s’ils veulent que la population respecte les mesures de confinement et de distanciation sociale nécessaires pour combattre la pandémie, explique un chercheur de l’Université de Toronto.

Cette bonne volonté populaire n’est toutefois pas sans fin, prévient le professeur Nicola Lacetera, qui enseigne à l’École de gestion Rotman.

«Pour que nous acceptions de collaborer à quelque chose qui engendre différents coûts pour nous, il faut que nous ayons confiance envers le gouvernement et il faut que nous pensions qu’il dit la vérité, qu’il est transparent, a-t-il dit.

«Si les gens ne vous croient pas, ils ne croiront pas les faits scientifiques, ils ne croiront pas qu’il est trop risqué de sortir, ils ne croiront pas les données, et à ce moment-là tout flanche, et c’est la dernière chose qu’on souhaite.»

Depuis le début des mesures de confinement en mars, l’équipe du professeur Lacetera a mené trois enquêtes auprès de quelque 3000 personnes.

Ils ont constaté une nette évolution de la position des gens.

«Lors de notre premier sondage, à la mi-mars, presque la totalité des personnes interrogées pensaient que le confinement continuerait après le 4 avril, a-t-il dit. Lors de notre dernier sondage, la semaine dernière, la majorité des gens croyaient que ça ne durerait pas après le 4 mai.»

On dirait vraiment que les gens en ont assez et ils veulent croire que la fin s’en vient, a-t-il ajouté, ce qui pourra engendrer une déception si une prolongation est annoncée. «Les gens pourront dire, ‘ok, assez c’est assez’», a-t-il prévenu.

Honnêteté et transparence

Si quelqu’un pense, ou si on l’amène à penser, que la fin du confinement approche, et que la durée se prolonge pour une raison quelconque, cela aura un impact négatif sur le respect ou l’intention de respecter les mesures de confinement.

«Cette ‘mauvaise surprise’, si on peut l’appeler comme ça, décevra la population qui aura alors plus tendance à abandonner, a dit M. Lacetera. Quand les gens entrevoient la fin et qu’il y a une prolongation, cela aura comme impact que la population sera nettement moins prête à respecter les mesures de confinement.»

Ses collègues et lui ont d’ailleurs constaté que ce sont ceux qui sont les plus prêts à respecter les mesures de confinement qui seront les plus enclins à ne plus collaborer. D’une certaine manière, dit-il, «ils sont épuisés».

«Ce phénomène était le plus prononcé lors de notre dernier sondage, a-t-il ajouté. Les gens s’attendent vraiment à ce que le déconfinement commence le 3 ou le 4 mai. Quand on leur propose un scénario qui retarde cette date, (…) les participants étaient beaucoup plus susceptibles de dire qu’ils n’en pouvaient plus et qu’ils allaient abandonner le respect des mesures de confinement.»

Dans un système démocratique où il est impensable de déployer l’armée dans les rues pour empêcher les gens de sortir, et où la principale méthode de coercition prend la forme d’amendes, les responsables dépendent essentiellement de la bonne volonté et de la collaboration de la population, rappelle-t-il.

«De ce point de vue là, c’est logique pour le gouvernement de dire que ce sera peut-être long, qu’il y a de l’incertitude, qu’on ne sait pas, pour empêcher que les attentes soient trop élevées, ce qui engendrerait de la déception», a estimé M. Lacetera.

Hommes et femmes, jeunes et vieux

Règle générale, les hommes sont nettement moins susceptibles de respecter entièrement les mesures de confinement et de distanciation sociale que les femmes, a-t-il dit.

«La tendance des hommes à ‘tricher’ est plus prononcée, et c’est aussi quelque chose que d’autres chercheurs dans d’autres environnements ont constaté, a indiqué M. Lacetera. Les femmes ont tendance à être un peu plus éthiques et à respecter davantage les mesures. On ne voit pas vraiment de différence en ce qui concerne l’âge.»

Cela étant dit, on doit se demander pendant combien de temps encore est-ce qu’on pourra dire, «encore un peu plus longtemps, encore un peu plus longtemps»? Pendant combien de temps est-ce qu’on pourra ne pas annoncer de date de fin du confinement avant que ça finisse par avoir des répercussions sur le moral?

«Ça ne peut pas durer éternellement, pour plusieurs raisons, a prévenu M. Lacetera. Même au moment du déconfinement, la confiance et la transparence auront la plus grande importance parce qu’on aura encore besoin de la collaboration de la population.»