Confinement: la police a plus de pouvoirs et l’aide de citoyens «sentinelles»

MONTRÉAL — Les différents corps policiers un peu partout au pays obtiennent des pouvoirs accrus, une plus grande flexibilité dans l’organisation du travail et même l’aide de citoyens «sentinelles» à mesure que les gouvernements resserrent leurs directives de confinement obligatoire pour stopper la propagation de la COVID-19. Et restreignent certaines libertés individuelles.

Le Québec et l’Ontario ont ordonné lundi la fermeture de toutes les entreprises classées «non essentielles», tandis que l’Île-du-Prince-Édouard et la Ville de Vancouver ont imposé de nouvelles sanctions aux contrevenants. À Terre-Neuve-et-Labrador, le gouvernement encourage les citoyens à dénoncer les citoyens ou les entreprises soupçonnés d’enfreindre les directives des autorités de la santé publique.

Le Service de police de la Ville de Montréal a commencé à fonctionner en mode «état d’urgence» lundi matin. Le porte-parole André Durocher a expliqué que ce recours, prévu dans la convention collective, permet notamment à l’état-major de faire travailler des policiers jusqu’à 12 heures par quart et de réaffecter du personnel d’autres services pour patrouiller dans les rues de Montréal.

À Québec, la porte-parole Sandra Dion a indiqué que les policiers municipaux interviennent depuis le week-end pour disperser les rassemblements «illégaux» à l’intérieur et à l’extérieur et pour forcer les entreprises récalcitrantes à fermer. Selon Mme Dion, les policiers sont intervenus le plus souvent après avoir reçu une dénonciation citoyenne. Et les contrevenants collaborent jusqu’à maintenant, a-t-elle dit.

Le premier ministre du Québec, François Legault, espérait lundi pouvoir maintenir la même approche et compter sur la bonne volonté des citoyens. Mais il a aussi rappelé que l’état d’urgence sanitaire décrétée par son gouvernement le 14 mars dernier accorde aux corps policiers «toutes sortes de pouvoirs» pour faire appliquer les directives des autorités.

Loi des mesures d’urgence ?

M. Legault a dit croire mardi qu’il serait «prématuré» pour le gouvernement fédéral d’avoir recours à la Loi sur les mesures d’urgence, qui permettrait à Ottawa d’outrepasser certains pouvoirs des provinces. Cette loi, adoptée en 1988 mais jamais invoquée depuis, remplace la Loi sur les mesures de guerre, appliquée au Québec il y a 50 ans pendant la crise d’Octobre.

Guy Ryan, un officier à la retraite de la police de Montréal, qui a travaillé en mode «état d’urgence» pendant la crise du verglas de 1998, estime que les autorités locales ont pour l’instant suffisamment de pouvoirs pour faire appliquer les mesures liées au confinement. Par contre, la loi fédérale «écraserait» toute l’autorité que le Québec a conférée à ses corps policiers.

Pour l’instant, le fait que des citoyens collaborent largement avec la police et l’aident à appliquer les nouvelles directives, plus strictes, comme au Québec, montre à quel point les gens ont peur, croit Amy Swiffen, professeure de sociologie et d’anthropologie à l’Université Concordia, de Montréal. «Oui, (la COVID-19) constitue une menace pour la santé publique, mais quand les gens se sentent menacés (…) ils se rallient autour d’un leader fort et appuient des mesures vraiment extrêmes parce que ça les rassure.»

La professeure Swiffen rappelle tout de même que si les récentes mesures gouvernementales en matière de santé publique semblent reposer sur des données scientifiques solides, il faudra demeurer vigilants pour s’assurer que les décisions politiques continueront de s’appuyer sur la science. Et l’on ne saura probablement qu’après la crise si la police a obtenu trop de pouvoirs ou si les gouvernements sont allés trop loin, estime-t-elle.

«Dans un monde idéal, la police est juste et raisonnable dans ses pratiques, et le gouvernement est impartial, se fonde sur des preuves et jette du lest au moment opportun», a estimé la sociologue. «Mais ce sont des êtres humains.»

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