Conflit à ABI: le ministre du Travail interviendra au retour des Fêtes

TROIS-RIVIÈRES, Qc — Le ministre du Travail, Jean Boulet, confirme que le conflit de travail à l’Aluminerie de Bécancour est toujours dans l’impasse et déplore le «manque de volonté réelle» des deux camps de mettre fin à plus de 11 mois de lock-out.

Vendredi marquait la date butoir fixée par le gouvernement pour l’obtention d’une entente négociée sous la supervision du conseil de médiation présidé par l’ex-premier ministre Lucien Bouchard.

Le ministre Boulet affirme avoir créé «les conditions les plus favorables possible» au respect de cet échéancier et déplore que les deux parties soient restées campées sur leurs positions.

Il compte attendre le rapport du conseil de médiation pour déterminer la marche à suivre, au retour de la période des Fêtes.

Le ministre privilégie pour l’instant la soumission d’une hypothèse de règlement par le conseil de médiation, mais n’écarte pas d’autres scénarios comme une reprise des pourparlers par le biais de «mécanismes alternatifs».

Il dit toutefois ne pas avoir l’intention d’imposer l’arbitrage, car il ne croit pas pouvoir obtenir le consentement des deux parties.

Ce conflit de travail oppose le Syndicat des Métallos, affilié à la FTQ, et ABI, propriété à 75 pour cent d’Alcoa et à 25 pour cent de Rio Tinto. Le régime de retraite des travailleurs ainsi que l’ancienneté concernant les mouvements de main-d’oeuvre en constituent les principaux enjeux.

Les 1030 syndiqués de l’aluminerie sont en lock-out depuis le 11 janvier dernier, au lendemain du rejet des offres patronales.

Hydro-Québec écope

Selon les Métallos, le lock-out a déjà privé Hydro-Québec de plus de 200 millions $ en revenus.

Le contrat d’ABI lui permet, en cas de force majeure, de ne pas consommer toute l’électricité qu’elle s’est engagée par contrat à acheter. Or, un lock-out serait considéré comme un cas de force majeure, «même si c’est une décision unilatérale de l’employeur», dénonce le président de la section locale du syndicat, Clément Masse.

Le porte-parole de Québec solidaire en matière de travail, Alexandre Leduc, estime que le gouvernement devrait menacer de retirer cette clause d’un prochain contrat.

«Hydro-Québec a préparé toute son infrastructure pour pouvoir fournir ce bloc d’énergie à bas prix et là, l’entreprise ne l’achète plus, a-t-il exposé en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne. Alors les Québécois, propriétaires d’Hydro-Québec, perdent de l’argent.

«C’est correct que ça existe des tarifs préférentiels pour des grosses entreprises comme ça, a-t-il enchaîné. C’est un élément de concurrence qu’on a au Québec, mais il ne faut pas que ça serve à financer un lock-out pour des entreprises qui font beaucoup d’argent et qui ne sont pas en position d’exiger d’énormes sacrifices à leurs employés.»

Le député d’Hochelaga-Maisonneuve reproche au gouvernement caquiste de s’inscrire dans un élan de «laisser-faire libéral» en refusant d’agir sur cet aspect du dossier.