Conflit sur la pêche au homard en Nouvelle-Écosse: la GRC arrête deux personnes

WEYMOUTH, N.-É. — La GRC a indiqué vendredi que deux personnes avaient été arrêtées et accusées de voies de fait pour des affrontements violents qui ont été signalés sur un quai de l’ouest de la Nouvelle-Écosse, autour d’une petite opération autochtone de pêche commerciale au homard hors saison.

Certains pêcheurs allochtones soutiennent que ce commerce autochtone est illégal parce que la saison de pêche régulière est maintenant fermée, mais la Première Nation de Sipekne’katik affirme qu’elle peut pêcher en tout temps, en vertu d’un droit issu d’un traité ancestral et validé par la Cour suprême en 1999.

Les images partagées sur les réseaux sociaux montrent ce qui semble être des dizaines de pêcheurs rassemblés près du quai. La Gendarmerie royale du Canada (GRC) précise que personne n’a été blessé dans les affrontements au quai de Weymouth et que les deux suspects ont été arrêtés et escortés hors des lieux. Ils ont ensuite été remis en liberté sur promesse de comparaître.

Le détachement de Meteghan de la GRC avait répondu jeudi à des plaintes concernant des méfaits et des menaces, après que trois équipes de pêcheurs autochtones ont quitté le port de Saulnierville pour installer des casiers à homard dans la baie St. Marys. Des pêcheurs autochtones ont soutenu que des cordes attachées à leurs casiers avaient été sectionnées.

La caporale Jennifer Clarke avait indiqué que la GRC disposait d’un bateau en mer et d’un hélicoptère au-dessus de la baie. Elle a précisé que la police fédérale discutait avec la communauté et celle de Sipekne’katik, ainsi qu’avec des représentants de Pêches et Océans Canada. «Nous resterons à Saulnierville pour assurer la sécurité du public et de la police et pour maintenir la paix, a déclaré la porte-parole dans un communiqué. La GRC prendra les mesures nécessaires en cas d’activités criminelles.»

La ministre fédérale des Pêches, Bernadette Jordan, a affirmé vendredi que la «priorité absolue» de son gouvernement était de veiller à la sécurité de toutes les personnes concernées.

«En ce moment, il est impératif que toutes les parties — et le public — collaborent pour réduire les tensions sur l’eau, et au sein de nos communautés, pour favoriser la compréhension entre les uns et les autres, puisque c’est par cette même compréhension que nous créerons l’espace nécessaire à un dialogue constructif et se déroulant sous le signe du respect», a-t-elle déclaré par communiqué.

La ministre fédérale a dit inviter les dirigeants des Premières Nations et de l’industrie à «(la) rencontrer dès que possible».

«L’objectif est, et a toujours été, de mettre en œuvre les droits des Premières Nations, et de garantir que chacun participe à une pêche constructive et productive, au profit de toutes les communautés de la Nouvelle-Écosse», a-t-elle fait valoir.

«Troubles politiques»  

Le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, a écrit sur Facebook que les Mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse se battent pour leurs droits issus de traités et qu’Ottawa devait soutenir ces droits.

L’Assemblée des chefs mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse a déclaré l’état d’urgence en raison des «troubles politiques» et de la violence. L’organisme a annoncé qu’un centre de commandement serait établi dans un endroit non divulgué pour soutenir les pêcheurs et leur famille.

Une cérémonie avait eu lieu jeudi à Saulnierville 21 ans jour pour jour après que la Cour suprême du Canada a confirmé le droit des communautés autochtones de l’est du pays de chasser et de pêcher pour «s’assurer une subsistance convenable». Le 17 septembre 1999, le plus haut tribunal du pays a statué que Donald Marshall Jr. avait le droit, en vertu d’un traité ancestral, de pêcher les anguilles quand et où il le voulait — sans permis. L’arrêt Marshall a également conclu que les communautés Mi’kmaq, Malécites et Passamaquoddy de l’est du Canada pouvaient chasser, pêcher et se rassembler pour gagner «un moyen de subsistance convenable» — pour se procurer les «biens nécessaires».

Le tribunal a cependant clarifié son arrêt deux mois plus tard en précisant que le droit issu du traité était tout de même assujetti à la réglementation fédérale. Les pêcheurs non autochtones de l’ouest de la Nouvelle-Écosse soutiennent que cette précision est essentielle pour comprendre leur opposition à une pêche au homard autochtone autoréglementée, qui n’est pas assujettie à la réglementation fédérale.

Leur propre plan de gestion

Le chef de la Première Nation de Sipekne’katik, Michael Sack, a déclaré que sa communauté avait patiemment rédigé pendant des années son propre plan de gestion de la pêche au homard, qui prévoit des règles de conservation. Jeudi, cinq pêcheurs autochtones ont obtenu de leur communauté des permis de pêche pour 50 casiers chacun.

La Première Nation a indiqué vendredi qu’elle avait passé deux décennies à discuter avec divers ordres de gouvernement pour définir le concept de «subsistance convenable», au coeur du litige.

«Nous avons partagé le plan de gestion de Sipekne’katik avec le ministère des Pêches à la suite d’un vaste engagement communautaire sur ce qu’impliquerait une pêche fondée sur des traités, indique le communiqué. Nous voulons travailler avec tous les niveaux de gouvernements non autochtones et les intervenants pour nous assurer que nos droits issus de traités et nos droits constitutionnels sont respectés.»

Le ministre provincial des Pêches, Keith Colwell, a prévenu cette semaine que la Nouvelle-Écosse poursuivrait quiconque achète du homard pêché hors saison.

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