Conflits: un expert canadien témoigne devant l’ONU

NEW YORK — Mubin Shaikh a avoué mardi au Conseil de sécurité des Nations unies être hanté par les images du garçonnet qui utilise un couteau reçu de ses parents pour décapiter son ourson en peluche.

M. Shaikh est un musulman canadien qui a été radicalisé à l’adolescence, qui a visité des régions contrôlées par les talibans, mais qui s’est détourné de cette idéologie «empoisonnée» après les attentats terroristes du 11 septembre 2001. Il est maintenant un expert de la lutte contre l’extrémisme violent et dit qu’il utilise cette vidéo, dans laquelle on voit que le couteau est aussi long que le bras de l’enfant, pour former policiers et agents du renseignement.

«Que va devenir ce garçon à l’âge de dix ans? À 15 ans? Est-ce qu’il se rendra à 20 ans?, a demandé M. Shaikh lors d’une rencontre du Conseil de sécurité consacrée aux enfants et aux conflits armés. C’est un reflet bien réel d’où nous en sommes aujourd’hui et de ce à quoi nous serons confrontés demain.»

Il a ajouté que les groupes armés recrutent délibérément les enfants pour perpétrer des attaques, renflouer leurs rangs et faire la promotion de leur idéologie.

«Les enfants sont plus faciles à recruter et à endoctriner par la force, a dit M. Shaikh. (Et) les forces de sécurité se méfient moins des enfants, ce qui en fait des espions, des messagers et des kamikazes très utiles.»

Il a prévenu que l’utilisation des enfants par de tels groupes est une «menace croissante».

Il a appelé à une intervention coordonnée des gouvernements, de l’ONU et de la société civile pour empêcher le recrutement et démobiliser et réhabiliter les enfants radicalisés.

«Il y a un élément à ne pas perdre de vue: la violence des jeunes est un continuum, qu’il s’agisse d’extrémisme religieux ou racial, des gangs de rue, de banditisme, de piraterie — vous êtes confrontés aux mêmes problèmes, on vole l’innocence des enfants et on les abandonne à la mort», a déclaré M. Shaikh devant la plus puissante de toutes les agences onusiennes.

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a révélé que l’ONU a vu l’an dernier un nombre sans précédent d’enfants tués en Afghanistan, deux fois plus d’enfants recrutés pour combattre en Syrie et en Somalie, et une violence sexuelle répandue contre les enfants au Congo, au Nigeria, au Soudan du Sud et ailleurs.

«Des dizaines de millions d’enfants de partout dans le monde ont aussi été chassés de chez eux par les conflits — leurs familles souvent séparées, leur enfance fracassée, leur avenir mis en péril», a-t-il dit.

La représentante spéciale de l’ONU pour les enfants et les conflits armés, Virginia Gamba, a prévenu que «les enfants ont été le carburant de la guerre» en 2016 et «que leur sort n’est pas plus reluisant en 2017».

«En 2016, nous avons enregistré plus de 20 000 violations touchant des enfants, a-t-elle révélé. Cela représente un nombre horrible de garçons et de filles qui ont été victimes d’actes indescriptibles, surtout de la part de groupes armés, mais aussi aux mains des forces gouvernementales et de combattants armés inconnus.»

M. Guterres a dit que seulement la moitié des milliers d’enfants qui ont été libérés des rangs des combattants l’an dernier ont été réunis avec succès avec leurs familles et réintégrés dans leurs communautés.