Transferts en santé: le comportement de Trudeau est «insultant», dit Legault

VICTORIA — Il est «très insultant» que le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, «refuse de rencontrer ses vis-à-vis» des provinces et de surcroît transmette des messages par l’entremise des médias, a résumé mardi le premier ministre du Québec, François Legault, lors de la conférence de clôture du Conseil de la fédération.

«C’est un peu insultant de déléguer les messages via M. Duclos, le ministre de la Santé fédéral, a-t-il déclaré. D’abord, comment se fait-il qu’il y ait un ministre de la Santé fédéral alors que c’est un champ de compétence des provinces et des territoires?»

Cela fait trois ans et «36 rencontres téléphoniques» avec M. Trudeau que les premiers ministres des provinces et territoires réclament de s’asseoir à table avec lui pour discuter d’une augmentation des transferts en santé de manière récurrente et sans condition.

«On n’est plus capable de continuer à payer 78 % (de la facture), a ajouté M. Legault. Il me semble que le message est clair.»

Il y a eu une coopération sans précédent avec le fédéral durant la pandémie, a dit le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, qui préside la rencontre.

«Et maintenant, huit mois plus tard, on communique par l’entremise des médias. Où est passé l’amour? Ça allait si bien. C’est vexant», s’est-il désolé alors que le rideau tombait sur une deuxième et dernière journée de pourparlers, qui sont dominés par la crise des soins de santé à travers tout le pays.

L’attitude du gouvernement Trudeau est «plutôt malhonnête», a renchéri le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford. Le premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard, Dennis King, a quant à lui appelé à «mettre de côté ce niaisage».

Encore mardi, malgré l’appel répété des provinces, le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos, ne proposait toujours pas de date pour la tenue de négociations avec les provinces sur une augmentation des transferts en santé.

Dans une émission d’affaires publiques, le ministre fédéral des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, a affirmé mardi qu’il y aura «bien sûr» des conditions «attachées» à une augmentation du financement de la santé.

Il a également laissé entendre que sans condition, les gouvernements provinciaux pourraient utiliser les fonds fédéraux pour réduire leurs dépenses, couper les impôts ou distribuer «des chèques de 500 $», une référence directe à une décision récente de Québec.

En réaction, M. Legault a souligné que les 500 $ sont non récurrents et que «les Québécois paient plus d’impôt» que dans les autres provinces de manière générale.

Tout en refusant des conditions, les provinces assurent que les fonds seraient dépensés en santé. L’Alberta serait «absolument» prête à offrir la garantie de ne pas réduire ses dépenses en santé en échange de financement «si c’est une condition du fédéral», a d’ailleurs soutenu le premier ministre albertain, Jason Kenney.

«Il faut présenter les conditions dans le contexte des négociations, pas par un débat dans les médias, a-t-il ajouté. Les Canadiens ne veulent pas d’une chicane politique. (…) Au moins, (que Justin Trudeau vienne) s’asseoir avec les premiers ministres, discuter de cette idée.»

M. Legault a quant à lui noté que «c’est clair» que les provinces doivent dépenser de plus en plus en santé. «Il y a un vieillissement de la population qui fait que la croissance des dépenses est supérieure à la croissance des revenus», a-t-il déclaré.

Devant l’hôtel où se tient la rencontre, des manifestants réclamaient un meilleur accès à des médecins de famille et portaient bien peu d’intérêt à la façon dont les premiers ministres et le fédéral régleraient leur problème.

«Nous voulons des médecins, dit Jill Munn en entrevue avec La Presse Canadienne. C’est inacceptable. Trouvez comment y arriver, que ce soit le gouvernement fédéral ou le gouvernement provincial, peu importe comment ils concluent une entente. (…) C’est leur travail, pas le mien.»

À ses côtés, une autre manifestante, Doris McLennan, disait ne pas croire que les provinces obtiendront davantage du fédéral et doivent améliorer leur gestion des deniers publics afin de corriger la situation.

Dans un communiqué, la Coalition canadienne de la santé publique, un groupe militant, se dit déçue de l’absence de progrès lors de la réunion. Selon la Coalition, Ottawa doit investir davantage et les premiers ministres doivent assurer une plus grande reddition de compte et transparence en ce qui concerne les fonds consacrés aux soins de santé.

De l’avis du Bloc québécois, Ottawa cherche à se «défiler de ses responsabilités» et s’ingérer dans les juridictions des provinces. C’est «d’un culot sans nom», a écrit le porte‑parole du Bloc en matière d’affaires intergouvernementales, Mario Simard, dans un communiqué.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a de son côté réclamé que le gouvernement Trudeau «mette en œuvre sans délai un plan d’action visant à résoudre la crise du système de santé canadien». Selon le NPD,  M. Trudeau manque de leadership en refusant de s’asseoir avec les premiers ministres.

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