Consultation sur le racisme: Couillard accepte de revoir la formule

QUÉBEC — De guerre lasse, le premier ministre Philippe Couillard accepte finalement de revoir la formule choisie pour analyser le phénomène du racisme systémique au Québec.

Mais on ignore pour l’instant quels changements au juste seront apportés au processus en cours, controversé depuis le début.

Jusqu’à maintenant, malgré les nombreuses critiques, au premier chef des partis d’opposition, M. Couillard a toujours refusé de remettre en question le processus de consultation commandé par son gouvernement et entamé il y a quelques jours.

D’abord dénoncé par la Coalition avenir Québec et le Parti québécois, qui y voyaient une forme injuste de procès des Québécois, ce projet de consultation a aussi ses détracteurs au sein même du caucus libéral, désormais.

Mardi, deux députés libéraux, Michel Matte et Patrick Huot, s’interrogeaient publiquement à savoir dans quelle mesure cette consultation avait pu jouer un rôle dans la défaite cuisante du PLQ dans la circonscription de Louis-Hébert, en banlieue de Québec. Ils disaient estimer que les électeurs n’aimaient pas l’idée de passer pour des racistes.

«On a entendu le message. Il n’est pas question de faire le procès de qui que ce soit», a dit le premier ministre Couillard, d’entrée de jeu, lors d’une mêlée de presse mercredi matin, en marge d’une rencontre avec son caucus.

«On va bien réfléchir ensemble à la façon d’aller aux résultats», a-t-il ajouté, s’engageant à ramener la consultation «dans la bonne direction».

Il n’a cependant pas dit de quelle façon et n’a pas évoqué l’idée d’annuler carrément l’exercice.

La pertinence de l’objectif poursuivi n’est cependant pas remise en cause, a précisé le premier ministre.

En point de presse, le chef de la CAQ, François Legault, a dit ne pas comprendre pourquoi le premier ministre s’entêtait à ne pas annuler carrément cette initiative controversée.

Le Québec, a-t-il fait valoir, n’a pas besoin d’une nouvelle «crise identitaire» créée de toutes pièces par le gouvernement libéral.

Le premier ministre n’est pas au bout de ses peines car les organismes qui luttent contre la discrimination lui reprochent, au contraire, de s’ingérer dans le processus et de vouloir l’édulcorer pour des raisons partisanes.

La Table de concertation contre le racisme systémique, qui regroupe un ensemble d’organismes, s’est réunie à Montréal mercredi pour réaffirmer «la nécessité de tenir une commission indépendante».

Les membres de la table ont jugé la sortie du premier ministre mercredi matin «déplacée», a fait valoir la porte-parole et présidente de Québec inclusif, Émilie Nicolas, en entrevue téléphonique.

Selon la Table, l’avenir de la consultation «n’est plus de son ressort», mais bien de celui de la Commission des droits de la personne, un organisme indépendant qui a reçu un mandat du gouvernement.

Or, le premier ministre est en train de transformer l’exercice en activité «partisane», en évoquant un changement de direction au lendemain d’une défaite électorale et des critiques formulées par ses députés, a-t-elle fait valoir.

La consultation menée sur la discrimination systémique et le racisme au Québec prendra la forme de consultations en régions en octobre suivies d’un grand forum réunissant des experts et des acteurs du milieu.

Ce forum devait avoir lieu en novembre, mais sa tenue a été reportée mercredi et se tiendra finalement les 4 et 5 décembre à Montréal.

L’exercice est organisé par la Commission des droits de la personne, avec le soutien du ministère de l’Immigration.

Le budget consenti à l’exercice a bondi de 500 000 $ à 900 000 $ depuis juillet.

Au départ, 15 groupes devaient tenir des consultations locales, mais il y en aura en fin de compte une trentaine, répartis dans 13 régions. Ce sont ces organismes qui organisent les consultations locales.

Ces dernières pourront prendre différentes formes: journées de réflexion, groupes de discussion, ateliers et cueillette de témoignages.

Les personnes qui le désirent peuvent aussi déposer un mémoire en ligne.

La Commission des droits de la personne doit remettre son rapport en février et le gouvernement prévoit déposer un plan d’action par la suite.

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