Contaminants miniers: des chefs veulent que les Américains adoptent la ligne dure

WASHINGTON — Des chefs autochtones au Canada et aux États-Unis souhaitent que le gouvernement américain presse Ottawa à lancer une enquête conjointe sur le déversement de contaminants miniers en Colombie-Britannique.

Une délégation des Premières Nations et de défenseurs de l’environnement ont rencontré pendant deux jours des membres du Congrès et des représentants du gouvernement.

Des communautés autochtones en Colombie-Britannique et dans les États américains de Washington, de l’Idaho et du Montana souffrent depuis plusieurs années des déversements de toxines dans les bassins hydrographiques en provenance des exploitations charbonnières de la vallée de l’Elk.

Le géant minier Teck Resources a déjà dépensé 1,2 milliard $ afin de régler ce problème. Il envisage d’investir 750 millions $ supplémentaire au cours des deux prochaines années, dit le porte-parole Chris Stannell.

L’entreprise souligne que ce projet figure déjà parmi les programmes de gestion de la qualité de l’eau les plus collaboratifs sur la planète. À celui-ci s’ajoutent un programme de traitement des eaux et des mesures d’atténuation qui, selon elle, ont déjà démontré leur efficacité.

Sélénium

Rich Janssen, directeur du département des Ressources naturelles de la Confédération des tribus de Salish et de Kootenai, dans le Montana, souligne que les niveaux de sélénium sont toujours trop élevés, selon des tests.

M. Janssen veut être clair: les groupes autochtones ne désirent pas que l’on mette un terme aux activités minières dans la région de l’Intérieur en Colombie-Britannique. Ils ne cherchent pas non à attirer l’attention des médias en organisation des manifestations ou en installant des barricades.

Ils craignent que l’essor des activités minières en Colombie-Britannique aggrave les problèmes environnementaux de leurs territoires traditionnels, notamment en Alaska. Les mines d’or et de cuivre à ciel ouvert y menacent le saumon.

«Nous reconnaissons que Teck tente de garder l’eau propre après l’avoir utilisé lors du traitement du charbon, mais elle n’est pas prête à partager ses données, déplore M. Janssen. Quand on réalise des tests du côté américain, nous constatons une augmentation du sélénium. Cela entraîne déjà des conséquences dans nos eaux.»

La coalition espère qu’une pression des autorités fédérales américaines convaincra le Canada de participer à une enquête bilatérale en vertu du Traité des eaux limitrophes de 1909.

M. Janssen reproche au Canada de se traîner les pieds dans ce dossier.

«On a l’impression que le Canada ne veut pas suivre cette route. Il crée de l’obstruction.»

L’ambassade canadienne à Washington a rencontré mercredi la délégation. Elle s’est contentée de dire que la rencontre avait permis de mener «une discussion constructive sur les répercussions des activités minières». Les officiels canadiens disent espérer poursuivre leurs engagements. 

En juin, le secrétariat d’État américain a affermi la position de la coalition en réaffirmant son appui à une enquête conjointe sur les répercussions transfrontalières des activités minières au Canada.

Une entente bilatérale visant à examiner le problème «permettait de combler le besoin de recommandations impartiales et d’une communication transparente», a déclaré le secrétariat d’État.

Le gouvernement canadien mettra en place des règles en vertu de la Loi sur les pêches afin d’atténuer les impacts des activités minières dans les cours d’eau, dit Samantha Bayard, une porte-parole du ministère de l’Environnement et des Changements climatiques.

Ces mesures comprendront la mise sur pied d’une base nationale de données sur les normes de qualité concernant les substances nocives comme le sélénium, mentionne Mme Bayard.

Le gouvernement fédéral examine une variété de solutions pour atténuer la pollution transfrontalière.

Vendredi, le ministre des Ressources naturelles, Jonathan Wilkinson, a annoncé une nouvelle politique fédérale sur les minéraux critiques, comme le lithium, le graphite, le nickel, le cobalt, le cuivre et des éléments de terre rare. 

Ce secteur représente «une occasion générationnelle» pour le Canada, a déclaré le ministre. M. Wilkinson a promis un partenariat «significatif et continu» avec les Autochtones afin d’atteindre «les ambitieux objectifs du Canada en matière de climat et de protection de la nature».

Fort bien, mais le Canada devra régler ses vieux problèmes avant d’en créer un nouveau, dit Robin Irwin, le directeur du département des Ressources naturelles d’Upper Similkameen.

«Avant de lancer l’exploitation de ces grandes mines à ciel ouvert, quand est-ce nettoierez-vous les centaines de gâchis que vous avez déjà créés ?», demande-t-il.

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