Contrats du gouvernement avec McKinsey: l’opposition à Ottawa réclame une enquête

OTTAWA — Les partis d’opposition à Ottawa veulent forcer la tenue d’une enquête parlementaire sur les contrats octroyés par le gouvernement fédéral à la firme McKinsey.

Le chef de l’opposition conservatrice, Pierre Poilievre, en a fait l’annonce mardien se présentant devant les journalistes sur la colline du Parlement.

La semaine dernière, on apprenait que le gouvernement Trudeau avait dépensé plus de 84 millions $ entre mars 2021 et novembre 2022 pour des contrats attribués à la firme de consultants.

Selon des documents fournis en réponse à une question écrite d’un député conservateur — et consultés par La Presse Canadienne —la Défense nationale fait partie des ministères qui ont souvent eu recours aux services de la firme, ayant notamment dépensé plus de 18 millions $ pour sept contrats.

M. Poilievre estime que le gouvernement doit fournir des réponses dans ce dossier, et avec l’appui des autres partis d’opposition, il déposera une motion pour que le Comité permanent des opérations gouvernementales enquête.

«La motion que nous allons déposer va obliger le gouvernement à rendre publics tous les documents, tout le bilan du travail, tout l’argent impliqué, toutes les conversations, tous les textos, les courriels», a-t-il expliqué.

En plus des informations rapportées par La Presse Canadienne, Radio-Canada a publié un article sur le fait que le recours par Ottawa aux services du cabinet-conseil a bondi depuis l’arrivée au pouvoir de Justin Trudeau.

Le quotidien torontois «The Globe and Mail» avait déjà relevé cette tendance au début de 2022, rapportant que les dépenses associées à cette firme sont montées en flèche entre la dernière année au pouvoir de l’ex-gouvernement conservateur de Stephen Harper et l’arrivée en poste des libéraux.

Dans son récent article, Radio-Canada indique qu’une compilation de données permet de conclure que les libéraux «ont dépensé 30 fois plus d’argent à ce cabinet-conseil que les conservateurs de Stephen Harper, tout en passant moins de temps au pouvoir».

Mardi, le chef conservateur n’a pas fermé la porteà réclamer une éventuelle commission d’enquête publique.

«On va commencer avec un comité parlementaire, a-t-il soutenu. Dépendant de ce qu’on apprend, peut-être qu’il va être nécessaire d’avoir d’autres enquêtes pour nous donner la vérité.»

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet évoque aussi qu’«il faudra (peut-être) considérer l’hypothèse d’une enquête indépendante».

Il a réitéré mardi cette position du Bloc québécois, expliquant que cela pourrait, à son avis, être nécessaire si les libéraux refusent de fournir au comité parlementaire l’«entièreté des contrats non caviardés».

M. Blanchet a aussi critiqué la tendance à la sous-traitance du gouvernement Trudeau à laquelle il conclut, à la lumière des informations qui ont fait les manchettes sur les nombreux contrats accordés à la firme McKinsey.

«Les questions que ça soulève pour nous, ce n’est pas sur la firme multinationale, a-t-il soutenu en mêlée de presse. C’est : Pourquoi le gouvernement du Canada a cédé ses prérogatives par contrat à une entreprise privée étrangère? En quoi est-ce que ça sert le bien commun? Nous seulement une sous-traitance des orientations, mais une sous-traitance de l’exécution à bien des égards.»

Le Nouveau Parti démocratique (NPD), qui réclame aussi une enquête parlementaire, a souligné qu’il s’inquiète également de l’aspect de sous-traitance.

«Le Canada dispose d’une solide fonction publique qui peut faire le travail à une fraction du coût des contrats octroyés. Il n’y a donc aucune raison pour que M. Trudeau choisisse de remettre des poches d’argent à ses amis milliardaires à la place», a déploré, dans une déclaration écrite, le porte-parole néo-démocrate en matière d’éthique, Matthew Green.

Appelé à réagir à la demande d’enquête exprimée par les principaux partis d’opposition, le bureau de la ministre de l’Approvisionnement, Helena Jaczek, a assuré, par courriel, que les libéraux allaient «travaill(er) avec le comité si une motion est adoptée à ce sujet».

«La ministre Jaczek prend ces préoccupations au sérieux. Nous continuons à maintenir les normes les plus élevées d’ouverture, de transparence et de responsabilité fiscales», a-t-on déclaré.

L’équipe de Mme Jaczek a aussi souligné n’avoir reçu aucune demande officielle du comité en question, pour l’heure.

Dans une déclaration accessible en ligne, le cabinet-conseil McKinsey a reconnu qu’il est vrai que le gouvernement canadien a davantage recouru à ses services au cours des dernières années qu’auparavant. L’entreprise établie à New York a tenu à affirmer que tout a été fait dans les règles de l’art.

«Bien que le volume de nos mandats pour les ministères du gouvernement canadien ait augmenté au cours des dernières années, tout comme le volume des mandats de consultation donnés en impartition en général, des renseignements inexacts ont circulé sur la façon dont nos services ont été retenus et sur la nature de nos mandats», a-t-on soutenu.

On a ajouté que le «travail auprès du gouvernement canadien est entièrement non partisan et se concentre sur des points de gestion fondamentaux, tels que la numérisation et l’amélioration du fonctionnement».

Finalement, McKinsey a précisé qu’elle ne formule «aucune recommandation sur les politiques en matière d’immigration ou sur quelque autre sujet que ce soit». Dans son récent article, Radio-Canada a rapporté que le ministère de l’Immigration est celui qui a le plus souvent eu recours aux services de la firme depuis 2015, «avec 24,5 millions $ accordés pour des conseils en gestion».

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