COP15: réaffecter 500 milliards $ de subventions gouvernementales nocives

MONTRÉAL — Les pays réunis à Montréal pour la COP15 doivent s’entendre pour rediriger des centaines de milliards de dollars de subventions «nocives» vers des activités et des mesures qui vont favoriser la biodiversité. Le succès de la COP15 dépend en grande partie de cet engagement selon le secrétariat de la Convention sur la diversité biologique (CDB) de l’ONU.

Le CDB évalue à 700 milliards $ par année, le montant nécessaire au financement des activités économiques et des mesures de protection qui permettront de renverser le déclin de la biodiversité.

La somme est astronomique, mais la majorité de celle-ci ne requérait pas d’argent neuf, il suffirait plutôt de rediriger des subventions gouvernementales déjà existantes, mais qui détruisent la biodiversité, vers des «activités positives pour la nature», comme le proposent les objectifs 18 et 19 de l’ébauche de la déclaration qui fait l’objet des négociations qui ont cours à Montréal.

«Vous savez, pour beaucoup de technocrates et de politiciens, lorsqu’il est question de mettre en œuvre une politique, leur réflexe est de penser à l’aide publique au développement et ce genre de choses, mais ce que nous avons constaté», c’est que l’aide publique au développement «ne représente qu’une fraction» de ce qui doit être mis en place pour financer le plan qui doit mettre fin au déclin de la biodiversité, a résumé Shaughn McArthur, de l’organisation canadienne Nature United.

L’ébauche de la déclaration propose de supprimer progressivement les subventions qui nuisent à la biodiversité d’au moins 500 milliards $ par an et les « réaffecter » à la nature.

Le montant de «500 milliards» est toutefois entre deux crochets, ce qui signifie qu’il ne fait pas l’unanimité pour l’instant.

Lorsque les délégués des 196 pays ont écrit cette ébauche, ils se sont basés en grande partie sur un rapport intitulé «Financing Nature: Closing the Global Biodiversity Financing Gap», écrit par l’institut Paulson, un groupe de réflexion basé à Chicago, avec l’aide de l’organisation Nature United, basée à Ottawa.

«La réforme des subventions représente la plus grande opportunité de combler le déficit de financement de la biodiversité. Près de 542 milliards $ américains sont dépensés chaque année en subventions agricoles, forestières et reliées à la pêche, qui sont nuisibles à la nature», selon le rapport.

Celui-ci souligne la nécessité de faire des choix politiques et d’investissements plus intelligents, en déplaçant le flux de capitaux des comportements nuisibles vers des résultats qui profitent à la nature.

Parmi les subventions gouvernementales nocives, les auteurs identifient particulièrement le financement de la déforestation à des fins agricoles.

Par exemple, dans plusieurs pays, l’élevage de bovins et la culture de soja pour nourrir les bêtes, se font au détriment des forêts.

Le financement des intrants dans l’agriculture, comme les herbicides et les pesticides, est également montré du doigt.

La surutilisation d’engrais, le financement de la surpêche qui épuise les stocks de poissons, et les subventions aux industries fossiles sont d’autres exemples qui figurent dans le rapport sur lequel s’appuie la stratégie qui est négociée à Montréal.

«Sans apporter de changements substantiels aux secteurs qui dégradent la nature, la communauté internationale n’arrêtera pas la perte de biodiversité, quelle que soit l’importance des actions dans d’autres domaines», peut-on lire dans le rapport de l’Institut Paulson.

Un fonds de 200 milliards

En plus des 500 milliards $ qui seraient issus des subventions gouvernementales néfastes, les délégués des 196 pays discutent également d’un montant d’argent qui proviendrait des pays les plus développés et qui serait acheminé vers des pays du sud.

Certains pays du sud ont fait valoir qu’ils n’avaient pas les ressources financières nécessaires pour mettre en place les méthodes d’agriculture, de pêche et de foresterie durables qui devraient figurer dans la déclaration finale.

«Le financement de 200 milliards viendrait de plusieurs sources, du financement public, de l’aide internationale ou d’entreprises privées», a expliqué Eddy Pérez, du Réseau Action Climat, à La Presse Canadienne.

L’apport du privé

Des délégués de différents pays ont souligné la nécessité, depuis le début de la conférence, de la participation du secteur privé dans la mise en place des mesures pour freiner le déclin de la biodiversité.

Selon Shaughn McArthur, de l’organisation Nature United, «il se passe quelque chose depuis le début des négociations» qui «n’était pas arrivé dans les COP» précédentes sur la biodiversité.

«Il y a un intérêt important de la part du secteur privé», selon lui.

Invité à élaborer le sujet, il a expliqué que par exemple, la Banque TD et la Banque Royal du Canada, qui sont parmi les plus grands fournisseurs de capitaux au monde pour l’industrie des combustibles fossiles, montrent de l’intérêt pour rediriger leur flux financier vers des activités qui sont moins dommageables pour l’environnement, mais que ces institutions attendent également des «mécanismes» et des «politiques claires».

«Nous essayons de profiter de cet intérêt pour les aider» à apporter «les changements dans leur mode de fonctionnement afin de contribuer aux objectifs de cette conférence», a expliqué Shaughn McArthur.

135 ministres arrivent à Montréal

L’ébauche de la déclaration doit être présentée aux ministres des différents pays jeudi, alors que débutera ce qu’on appelle le «segment de haut niveau» où les représentants politiques travailleront à mettre la touche finale à l’accord.

Il est prévu que 135 ministres de différents pays arrivent à Montréal d’ici jeudi.

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