COP25: le Québec peut prendre la relève du Chili

QUÉBEC — Le gouvernement caquiste semble réticent à proposer le Québec pour prendre la relève du Chili en vue d’accueillir la COP25, le grand sommet annuel des Nations unies sur les changements climatiques prévu en décembre.

Les trois partis d’opposition à l’Assemblée nationale ont ainsi demandé au gouvernement caquiste mercredi de proposer la candidature du Québec, après le désistement du pays d’Amérique du Sud.

«C’est tard»

«Le mois de décembre, c’est tard, c’est tard», a répondu laconiquement le premier ministre François Legault, en marge d’une activité protocolaire au Salon rouge mercredi.

Le Parti libéral (PLQ), Québec solidaire (QS) et le Parti québécois (PQ) invitent François Legault à contacter le fédéral rapidement pour formuler l’invitation officielle à l’ONU.

QS a transmis une lettre au cabinet du premier ministre l’incitant à contacter son homologue Justin Trudeau «dans les plus brefs délais», compte tenu des «échéanciers serrés».

En effet, le Chili a annoncé mercredi qu’il ne pouvait plus accueillir ce grand rendez-vous international, en raison des troubles sociaux qui secouent le pays.

Ce n’est pas la première fois que les partis d’opposition unissent leur voix pour que le Québec soit l’hôte d’une COP. À l’automne 2018, ils avaient fait pression sur le nouveau gouvernement Legault pour qu’il se propose, mais il avait balayé la suggestion.

Une COP «décisive» et «symbolique»

En entrevue avec La Presse canadienne mercredi, la porte-parole libérale en matière d’environnement, Marie Montpetit, a affirmé que le Québec doit sauter sur cette nouvelle occasion pour reprendre son rôle de leadership environnemental parmi les États fédérés dans le monde et souligner ainsi les liens qui l’unissent au Chili.

«La COP doit avoir lieu, elle est décisive, elle a une symbolique et une signification importante, à la suite des grandes marches des millions de personnes partout dans le monde», a-t-elle expliqué, en rappelant que le thème de cette COP25 est «Time for action» (c’est le temps d’agir).  

Selon Mme Montpetit, François Legault doit donc contacter son homologue fédéral Justin Trudeau pour qu’il propose la candidature du Québec.

«C’est une occasion réelle pour M. Legaut de démontrer sa véritable volonté d’agir contre les changements climatiques», a-t-elle fait valoir, en ajoutant que «c’est un test de leadership».

Québec solidaire

Québec solidaire a renchéri. Selon la députée de Mercier, Ruba Ghazal, il était «inacceptable» d’aller à la COP25 au Chili, dans un pays qui réprime les manifestations avec les forces armées.

Le Québec peut très bien prendre la relève en reportant de quelques semaines le grand rassemblement, le temps de l’organiser. «C’est possible si le gouvernement le veut vraiment», a-t-elle affirmé dans un entretien téléphonique.

«Par ses infrastructures et son expertise en environnement de renommée mondiale, le Québec a tous les atouts nécessaires pour être l’hôte de cette importante conférence. Si le Québec a déclaré l’urgence climatique et fait de la lutte contre les changements climatiques une priorité nationale, son leadership climatique reste encore à prouver», peut-on lire dans la lettre transmise à M. Legault et obtenue par La Presse canadienne.

Ce vaste forum international qui attire des milliers de délégués et spécialistes est une occasion d’ouvrir les yeux du gouvernement caquiste, qui pourrait ainsi apprendre des scientifiques et augmenter les objectifs de réduction des gaz à effet de serre (GES), a laissé entendre Mme Ghazal.

Parti québécois

De son côté, le porte-parole en environnement du PQ, le député Sylvain Gaudreault, a rappelé qu’en vertu des règles, c’est au tour d’un pays d’Amérique d’accueillir la COP cette année: or peu de pays peuvent organiser et accueillir un tel événement dans un si court laps de temps et, par ailleurs, rares sont ceux qui sont aussi en avance que le Québec en matière d’énergie renouvelable et de lutte aux changements climatiques sur le continent, a-t-il plaidé.

«Quand on y va par élimination, on tombe rapidement sur le Québec», a-t-il expliqué en entrevue. Le gouvernement Trudeau doit écouter la demande éventuelle du Québec, s’il faut avec la pression du caucus nouvellement élu du Bloc québécois, et la relayer à l’ambassadeur canadien à l’ONU, a-t-il poursuivi.

«Le problème, c’est que le Québec ne siège pas à l’ONU, c’est un bel exemple de ce qu’un statut de province nous empêche de faire», a-t-il conclu, en plaidant pour l’indépendance.