COP27: un fonds historique approuvé pour les pays victimes de la crise climatique

CHARM EL-CHEIKH, Égypte — Les participants à la COP27 ont approuvé dimanche matin (heure locale) un accord historique qui créerait un fonds pour indemniser les nations pauvres victimes de conditions météorologiques extrêmes aggravées par la pollution au carbone des pays riches, mais un accord global plus large était encore en suspens en raison d’une dispute sur les efforts de réduction des émissions. 

Après l’approbation de la décision sur le fonds, les pourparlers ont été suspendus pendant 30 minutes afin que les délégués puissent lire les textes d’autres mesures sur lesquelles ils devaient voter.

La décision prévoit de mettre en place un fonds pour ce que les délégués appellent «les pertes et dommages». C’est une grande victoire pour les pays les plus pauvres qui ont longtemps réclamé de l’argent – parfois considéré comme des réparations – car ils sont souvent victimes d’inondations, de sécheresses, de canicules, de famines et de tempêtes aggravées par le climat, bien qu’ils aient peu contribué à la pollution qui réchauffe la planète. 

On parle aussi depuis longtemps d’une question de justice climatique.

«C’est ainsi que notre périple vieux de 30 ans a finalement, nous l’espérons, abouti aujourd’hui, a déclaré la ministre pakistanaise du Climat, Sherry Rehman, qui a souvent pris la tête du mouvement en faveur des pays les plus pauvres du monde. Un tiers de son pays a été submergé cet été par une inondation dévastatrice et elle et d’autres responsables ont averti que «ce qui s’est passé au Pakistan ne restera pas au Pakistan».

La ministre de l’Environnement des Maldives, Aminath Shauna, a déclaré samedi à l’Associated Press que pour des pays comme le sien, cela signifie qu’ils auront une mosaïque de solutions qu’ils préconisent. 

Des experts se prononcent 

Des experts ont salué la décision comme historique.

«Ce fonds pour les pertes et dommages sera une bouée de sauvetage pour les familles pauvres dont les maisons sont détruites, les agriculteurs dont les champs sont ruinés et les insulaires chassés de leurs maisons ancestrales», a affirmé Ani Dasgupta, président du groupe de réflexion environnemental World Resources Institute, quelques minutes après l’approbation tôt le matin. «Ce résultat positif de la COP27 est une étape importante vers le rétablissement de la confiance avec les pays vulnérables.»

C’est le reflet de ce qui peut être fait lorsque les nations les plus pauvres restent unifiées, a fait valoir Alex Scott, experte en diplomatie climatique au sein du groupe de réflexion E3G.

«Je pense que c’est énorme que les gouvernements se réunissent pour travailler au moins sur la première étape de (…) comment traiter la question des pertes et dommages», a déclaré Mme Scott. Mais comme toutes les questions financières sur le climat, c’est une chose de créer un fonds, c’en est une autre de faire entrer et sortir de l’argent, a-t-elle nuancé. Les pays développés n’ont toujours pas tenu leur promesse de 2009 de dépenser 100 milliards $ par an dans d’autres aides climatiques – conçues pour aider les pays pauvres à développer l’énergie verte et à s’adapter au réchauffement climatique. 

L’accord «offre l’espoir aux personnes vulnérables qu’elles obtiendront de l’aide pour se remettre des catastrophes climatiques et reconstruire leur vie», a souligné Harjeet Singh, responsable de la stratégie politique mondiale au Climate Action Network International.

«Les pertes et les dommages sont un moyen à la fois de reconnaître les dommages passés et de compenser ces dommages passés», a déclaré Justin Mankin, climatologue à Dartmouth, qui a calculé les montants en dollars pour le réchauffement de chaque pays. Ces préjudices sont scientifiquement identifiables».

«À bien des égards, nous parlons de réparations», estime pour sa part Sacoby Wilson, professeur de santé environnementale et de justice à l’Université du Maryland. «C’est un terme approprié à utiliser», a-t-il soutenu, car les pays riches du Nord ont bénéficié des combustibles fossiles, tandis que les pays du Sud, plus pauvres, subissent les dégâts des inondations, des sécheresses, des réfugiés climatiques et de la famine.

La Chine a la responsabilité de payer sa part 

La présidence égyptienne, qui avait été critiquée par toutes les parties, a proposé un nouvel accord sur les pertes et dommages samedi après-midi et en quelques heures, un accord a été conclu, mais le délégué norvégien a déclaré que ce n’était pas tant dû aux Égyptiens que les pays qui travaillaient ensemble.

L’envoyée allemande pour le climat Jennifer Morgan et la ministre chilienne de l’Environnement Maisa Rojas, qui ont mené l’accord jusqu’à l’ordre du jour et jusqu’à la ligne d’arrivée, se sont serrés dans leurs bras après le vote. 

Selon l’accord, le fonds tirerait initialement des contributions des pays développés et d’autres sources privées et publiques telles que les institutions financières internationales. 

Alors que les grandes économies émergentes telles que la Chine ne seraient initialement pas tenues de contribuer, cette option reste sur la table et sera négociée au cours des prochaines années. Il s’agit d’une demande clé de l’Union européenne et des États-Unis, qui soutiennent que la Chine et d’autres grands pollueurs actuellement classés comme pays en développement ont le poids financier et la responsabilité de payer leur part.

Le fonds serait largement destiné aux nations les plus vulnérables, bien qu’il y ait de la place pour les pays à revenu intermédiaire qui sont gravement touchés par les catastrophes climatiques pour obtenir de l’aide.

Les délégués ont commencé à remplir la salle de réunion à 4 heures du matin, heure locale, dimanche, sans avoir vu la décision de couverture générale.

À l’approche de la dernière session, l’Inde a fait des demandes pour modifier l’accord de l’année dernière qui appelait à une réduction progressive du «charbon non traité» pour inclure à cette réduction progressive le pétrole et le gaz naturel, deux autres combustibles fossiles qui produisent des gaz piégeant la chaleur. Les nations européennes et d’autres continuent de faire pression pour ce libellé, l’Arabie saoudite, la Russie et le Nigeria ont insisté pour le garder à l’écart.

Selon le ministre norvégien du changement climatique, Espen Barth Eide, il faut durcir le ton à l’égard des émissions de combustibles fossiles et maintenir l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 degré Celsius par rapport à l’ère préindustrielle, comme convenu lors du sommet sur le climat de l’année dernière à Glasgow.

«Certains d’entre nous essaient de dire que nous devons en fait maintenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5 degré et que cela nécessite des mesures. Nous devons par exemple réduire notre utilisation de combustibles fossiles», a déclaré le ministre Eide. Mais il y a un très puissant lobby des combustibles fossiles (…) qui essaie de bloquer tout libellé que nous produisons. Donc c’est assez clair.»

Les pays développés et les pays en développement étaient très préoccupés par les propositions visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. 

Les responsables ont déclaré que le libellé proposé par l’Égypte revenait sur certains des engagements pris lors de la conférence des Nations unies sur le climat de l’année dernière visant à maintenir en vie l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré Celsius depuis l’époque préindustrielle. 

Le monde s’est déjà réchauffé de 1,1 degré Celsius depuis le milieu du XIXe siècle.

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