Coronavirus: Aide d’Ottawa et possibilité d’invoquer la loi sur les mesures d’urgence

Ottawa fait ses derniers calculs avant d’annoncer des mesures d’aide financière en réponse à la pandémie de coronavirus, et explore la possibilité d’invoquer la Loi sur les mesures d’urgence.

Les ministres du gouvernement de Justin Trudeau assurent que ces mesures d’urgence seraient «un dernier recours». M. Trudeau, lui, dit qu’il examine cette option «très soigneusement».

Ottawa annoncera mercredi son plan d’aide financière pour les entreprises et les citoyens et fera savoir d’ici vendredi de quelle manière on assouplira les dates d’échéance pour les paiements d’impôts.

«Tout le gouvernement travaille ensemble pour maintenir la force de notre économie», a déclaré le premier ministre, mardi, en fin d’avant-midi, de chez lui où il est toujours en isolement volontaire puisque sa conjointe Sophie Grégoire Trudeau a reçu un diagnostic de la COVID-19.

Le Parlement devra probablement siéger pour une courte période, avec un groupe restreint de députés, pour adopter des mesures législatives liées à l’assurance-emploi, a indiqué M. Trudeau.

«Nous considérons la loi sur les mesures d’urgence», a fait savoir le président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos, lors d’une conférence de presse qui a suivi la sortie de M. Trudeau. Il a dit qu’Ottawa consulte en ce moment les provinces sur cette perspective.

«Nous sommes conscients que c’est une mesure de dernier recours», a souligné la vice-première ministre Chrystia Freeland. Elle a précisé que pareil geste ne pourrait être posé sans consultation auprès des provinces.

Sa collègue à la Santé, Patty Hajdu, est convaincue qu’on n’aura pas à en arriver là.

«J’ai été très encouragée par les conversations que j’ai avec mes homologues des provinces et des territoires. Il est clair que les provinces et les territoires prennent leurs responsabilités sérieusement (…) et ont eu une bonne collaboration au niveau local, de la part des leaders municipaux», a noté la ministre Hajdu.

«Nous verrons s’il y a des brèches, si on doit prendre d’autres décisions… Essayons d’éviter la Loi sur les mesures d’urgence», a-t-elle ajouté.

Rentrer au Canada

M. Trudeau a rappelé qu’en temps normal, quelque trois millions de Canadiens sont à l’extérieur du pays.

Lundi soir, Ottawa a annoncé des prêts allant jusqu’à 5000 $ pour les citoyens qui cherchent à rentrer au pays et qui éprouvent des difficultés à trouver un billet d’avion à un prix raisonnable.

Le premier ministre assure explorer toutes les options et discuter avec des lignes aériennes. «On est en train de regarder ce qu’on peut faire pour faciliter le retour du plus grand nombre de Canadiens possible dans le plus court délai possible», a-t-il dit.

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a évoqué «un genre de pont» pour, éventuellement, aller chercher des Canadiens coincés à l’extérieur. Des discussions, encore «en phase préliminaire» avec les lignes aériennes, sont tenues en ce moment, a réitéré le ministre Garneau. «J’ai bon espoir qu’on va dans cette direction-là», a-t-il dit mardi après-midi.

Dès mercredi, seuls les Canadiens et les Américains qui ne présentent aucun symptôme de la maladie pourront embarquer dans des vols à destination du Canada. Quatre aéroports — Montréal, Toronto, Vancouver et Calgary — accepteront ces vols internationaux. Ces mesures ne s’appliquent pas aux vols en provenance des États-Unis. La frontière canado-américaine demeure ouverte à tous.

Le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, a indiqué que les migrants qui traversent la frontière irrégulièrement, comme au Chemin Roxham, sont déjà examinés pour détecter des symptômes possibles de la COVID-19. Mais au lieu de les laisser continuer jusqu’à Montréal, après les premières vérifications, le gouvernement fédéral va dorénavant les installer dans des refuges pour les 14 jours d’isolement recommandés à tous les voyageurs.

Encore des questions sur la frontière canado-américaine

Tout comme la veille, Justin Trudeau a eu à justifier sa décision de ne pas fermer la frontière aux touristes américains. Il n’attend pas une permission de Donald Trump, «pas du tout», a-t-il répondu à une question de journaliste. Il a encore une fois parlé du niveau d’intégration des deux économies et de la nécessité de protéger les chaînes d’approvisionnement.

Sa vice-première ministre, elle, en a appelé au sens des responsabilités des voisins.

«Ce n’est pas le temps pour nos amis américains de venir juste pour une visite», a supplié Chrystia Freeland.

Mme Freeland a confié avoir eu une conversation lundi soir avec le premier ministre de Colombie-Britannique. John Horgan, inquiet du nombre de cas au sud de sa province, dans l’État de Washington, voudrait fermer sa frontière avec cet État aux touristes américains.

«Nous sommes conscients que la situation pour la Colombie-Britannique est particulièrement aiguë», a déclaré la ministre Freeland.

Nombre de cas

L’Agence de la santé publique du Canada comptait plus de 450 cas confirmés au pays, mardi. Au Québec, on en était à 63 cas confirmés, et à 193 en Ontario.

L’administratrice en chef de l’Agence de la santé publique du Canada, Theresa Tam, a confirmé un premier mort en Ontario. C’est la cinquième victime au pays depuis le début de cette crise.

Mardi matin, le premier ministre ontarien Doug Ford a déclaré l’état d’urgence dans sa province. En après-midi, son collègue albertain Jason Kenney faisait de même.

Parcs fermés et artistes en chômage

Dès mercredi et jusqu’au 30 avril, les installations physiques de Parcs Canada seront fermées. Aucun visiteur ne sera admis.

Pour les artistes en chômage forcé, le ministre du Patrimoine n’avait, pour l’instant, que de bons mots.

«Nous sommes pleinement conscients de l’impact des décisions des autorités publiques sur les travailleurs autonomes, les organisations communautaires et le secteur de la culture et du sport plus particulièrement. On ne vous oublie pas», a fait savoir Steven Guilbeault.

Le ministre a remercié ceux qui ont continué à diffuser leur art virtuellement. «Notre culture continue à vivre en ligne et sur les plateformes», s’est-il réjoui.

Comme chaque jour depuis le début de la crise, Justin Trudeau et ses ministres ont répété les conseils d’usage et rappelé la nécessité de la distanciation sociale.

«Nos médecins et nos infirmières ont besoin de votre aide. Vos voisins ont besoin de votre aide. Les gens les plus vulnérables dans vos communautés ont besoin de votre aide. Autant que possible, restez chez vous. Sortez seulement si vous devez absolument sortir», a plaidé le premier ministre.

«On ne sait pas combien de temps ça va prendre; si ça va être des semaines, si ça va être des mois. Mais nous allons être là, les uns pour les autres (…) pour passer à travers ce moment extrêmement difficile et exceptionnel», a-t-il dit.

«Soyez gentils les uns avec les autres», a demandé la ministre de la Santé. «Demandez des nouvelles des gens vulnérables, par téléphone…», a-t-elle conseillé avant de prendre une pause pour refouler ses larmes.